‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 281 sur 302 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

chez (( un adversaire déterminé du régime républicain, » la logique et la sincérité du politique, la « riche élégance de forme, l'abondance et la clarté d'argumentation, » jointes « à l'élévation de pensée, qui avaient fait la renommée de l'orateur, et qui contribuaient à donner à son discours un relief saisissant, bien fait pour séduire ceux qu'il n'arrivait pas à convaincre. »

L'hommage, il est vrai, ne coûtait guère à M. Fallières. Ils hésitaient d'autant moins, lui et ses amis, à couvrir de fleurs le défunt, qu'ils ne craignaient plus rien de sa puissante parole. Ils ignoraient, sans doute, qu'aucun effort généreux n'est perdu, même en ce monde, et que Chesnelong disparu continuerait à parler par la voix des siens, spécialement par la voix du fils très aimé qui devait recevoir, sept ans après sa mort, la consécration épiscopale. Ils oubliaient aussi que le grand patriote léguait à l'élite du pays qu'il avait passionnément aimé le précieux bienfait de ses enseignements et de ses exemples.

Les uns et les autres resteront une force et une lumière.

Français, après avoir tenté sans succès, mais au prix d'un admirable effort, d'assurer à sa patrie l'abri tutélaire de la monarchie ; après avoir efficacement contribué à restaurer ses finances, il annonça, comme par une vision anticipée des faits, toutes les destructions dues à l'avènement de la République radicale : amoindrissement de la magistrature, frappée par la suppression de son inamovibilité ; aft'aibhssement de la famille, atteinte par le divorce ; ébranlement de la propriété, entamée par l'impôt progressif ; ruine partielle de l'enseignement chrétien, désorganisé par l'expulsion des congi-égations ; détresse du clergé, affamé par la suppression du budget des cultes ; enfin, au terme de cette poussée formidable, sépaiation de lÉghse et de l'État.

Ces attentats prévus, il mit à les conjurer toute sou

ardeur et tout son talent de parole, au milieu de longs et tumultueux débats, où pas un instant son courage ne faiblit, et il laissa, pour continuer son œuvre de résistance, des institutions comme la Société d'Éducation et d'Enseignement, assez pénétrées de son esprit pour en vivre de longues années.

Catholique, il imposa à son activité une triple loi ; travailler sans relâche au triomphe des libertés de l'ÉgHse, soit par lui-même, soit par ses collègues de la droite parlementaire, soit par les jeunes gens gagnés à ses vues d'apostolat ; faire l'union, sur le terrain religieux, entre tous les adeptes de sa foi, quelles que fussent leurs préférences pohtiques ; enfin subordonner toute action de prosélytisme chrétien à la direction du pape et des évêques.

Cette attitude, partiellement et momentanément discutée pendant sa vie, devait recevoir, plus tard, la suprême consécration des éloges de Pie X.

Serviteur infatigable, parfois héroïque, de l'Église et du pays, modèle rarement égalé de vertus privées, Chesnelong restera la type de l'apôtre laïque, si nécessaire à nos générations tourmentées, et du patriote aussi clairvoyant qu'intrépide. Un mot d'un publiciste contemporain (1) pourra résumer le jugement de l'histoire sur sa carrière et sur son œuvre : « Il y a des hommes que leur cause honore et qui honorent leur cause. Dans notre temps, je n'en vois aucun qui, plus que Chesnelong, ait réalisé cette consolante harmonie entre la beauté d'une cause et la beauté d'une vie. »

(1) -M. tle Lacombo, lettre inédite du 10 juin 1892.

Lettre de Chesnelong a M™e de Mackau

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