‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 282 sur 302 · SUR LA LIBERTÉ DU CONCILE DU VATICAN · texte numérisé non relu

SUR LA LIBERTÉ DU CONCILE DU VATICAN

Paris, le 12 mars 1870.

« Madame,

» Je suis profondément touché de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. C'est le malheur de notre temps que les âmes les plus loyales, en s'inspirant des mêmes intentions et en poursuivant le même but, ne peuvent pas réaUser toujours et en tout l'accord comi^let dans les idées et l'union parfaite dans la conduite. Toutes les questions sont aujourd'hui complexes ; le trouble des faits passe dans les intelligences ; il est plus difficile de connaître son devoir que de le faire. De Mackau est assurément le jugement le plus sûr, l'esprit le plus droit, le cœur le plus noble et le mieux inspiré que je connaisse ; quand je me sens confirmé dans mon opinion par la sienne, je n'hésite jamais ; quand je me trouve en dissentiment avec lui, je me prends à douter de mes appréciations ; ma confiance dans la certitude de ses idées et de ses sentiments n'est égalée que par ma profonde amitié ])Our sa personne, et je ne saurais dire plus. Vous êtes. Madame, et votre lettre me l'aurait appris si je. ne l'avais

déjà su, une grande et admirable ciirétienne ; votre foi est aussi ardente qu'éclairée ; elle est l'inspiration de votre vie, et elle s'épanouit en vertus fortes à la fois et aimables, qui éveillent, dans tous les cœurs qui s'approchent du vôtre, un sentiment irrésistible de respect et de sympathie. Je suis un très médiocre chrétien, mais néanmoins un homme de foi sincère et de convictions désintéressées. Je ne cherche que la vérité et ne veux que le bien ; et, si loin que je sois de vous par les imperfectioixs de ma nature, je m'en rapproche pourtant par la sincérité de l'âme et l'ardeur du dévouement dans des intentions communes; et nous voilà presque en désaccord, en matière grave, sur un point fondamental ; pas autant qu'il le semble cependant, et je serais heureux qu'après nous être mieux expliqués, nous arrivassions à nous entendre.

» Précisons bien le point du débat. Les invectives passionnées de M. VeuiUot, les défaillances du P. Gratry, les récriminations amères de M. de Montalembert, les ardeurs théologiques de certains évêques de toutes les écoles ne sont, après tout, que de regrettables incidents d'une lutte lamentable. Je ne prends parti ni poiu" les uns, ni contre les autres ; je ne me préoccupe que de la dignité de l'Eglise et de la liberté de nos consciences. Je ne me pose ni comme gallican, ni comme ultramontain, je place la question sur le terrain accepté par la foi de tous les catholiques, sans distinction d'école.

» Nous ne sommes pas en présence du pape voulant élever, en vertu d'une infaillibilité encore contestée, une vérité généralement crue à la hauteur d'un dogme défini. Nous sommes en présence d'un concile, régulièrement convoqué par le pape, présidé par lui, délibérant de concert avec lui sur les choses de la foi, et en présence de cette doctrine, sans laquelle toute base du catholicisme s'écroule, que les décisions émanées de ce concile et confirmées par le pape, sur toute matière concernant la foi ou les mœurs, s'impaseront avec une autorité infaillible à la conscience de tous les fidèles. Lorsque le concile aura jiarlé, pour nous catholiques, la discussion sera close. Soumission ou séparation, nous n'aurons pas d'autre alternative. Voilà notre croyance ; et, sur ce point, nous sommes pleinement d'accord.

)) Quel est le caractère de l'infaillibilité assurée par les promesses divines à la foi du concUe ? Dérive-t-elle d'une inspiration directe tombant de l'Esprit-Saint sur l'intelligence

des Pères du concile et y produisant un effet d'irradiation intuitive qui dispense nos évêques et le pape lui-même de tout effort propre, de toute recherche personnelle, de tout échange d'idées, de tous les moyens ^ordinaires et humains d'investigation ? Il me semble que vous m'attribuez cette peasée ; c'est que ma parole saas doute aura été obscure et confuse. Je crois avec l'Église et comme elle : 1'^ que l'infaillibilité résulte d'une assistance divine, non d'une inspiration directe, et qu'elle n'affranciiit pas les guides de notre foi des préparations convenables pour aider à la constatation et à la manifestation de la vérité ; 2^ que cette assistance n'est promise que sur les décisions touchant à la foi ou aux mœurs ; 3" que l'œuvre de l'Église n'est pas de créer des vérités nouvelles, mais de garder, avec une sûreté infaillible, le dépôt des vérités révélées, de constater à cet égard le vrai sens des Écritures et les enseignements de la Tradition, de condamner les fausses interprétations, de définir les croyances obscures, douteuses ou contestées, et de faire passer, par ces décisions, des opinions jusque-là plus ou moins libres à l'état de doctrines réprouvées, ou de dogmes dont la croyance est obUgatoire. La vérité en soi ne subit pas de changement ; elle est aujourd'hui ce qu'elle était hier. Il n'y a de modification que par rapport au croyant ; celui-ci pouvait discuter la veille : il est tenu de s'incliner le lendemain. Le caractère et l'effet de l'infaillibihté. c'est cela ; rien de plus et rien de moins. En l'attribuant au pape,elle n'aura pas d'autre portée. Le pape ne sera pas un être miraculeusement inspiré : mais il devra être considéré comme divinement as.sisté.lorsqu'après s'être entouré des moyens d'information convenables, et s'adressant, comme docteur suprême, à l'Église universelle, il constatera, sur des points contestés de dogme ou de morale, la vérité révélée telle qu'elle résulte des Livres saints et de la Tradition. Cette infaillibilité, ainsi compri.se. ainsi limitée, devant laquelle, en fait, quoi qu'on dise, prélats et fidèles se sont toujours inclinés, cessera-t-eUe d'être une croyance libre, bien que généralement et pieusement acceptée, pour devenir un dogme obligatoire i C'est toute la question, et vous conviendrez qu'elle est étrangement grossie, singulièrement dénaturée, et qu'on en fait sortir des conséquences qu'elle ne renferme pas. Quoi qu'il en soit, sur l'étendue et la portée de l'infaillibilité de l'Église, pas de divergence entre nous ; s'il y avait malentendu, ce que je crains, le>

explications qui précèdent attestent la conformité de nos pensées.

» Que conclure de tout cela ? C'est c^ue le concile doit, avant de rendre ses décisions, invoquer les lumières divines, se livrer à une étude approfondie, s'éclairer par une discussion loyale, mais que Vassistance divine ne manquera plus à son œuvre, et attachera à ses résolutions le cachet surnaturel de l'infaillibilité. Le concile, ce n'est pas le cénacle des apôtres recevant, par un miracle instantané, le don des langues et l'intuition spontanée de toute vérité, la plénitude immédiate de toute grâce ; mais ce n'est pas non plus une assemblée ordinaire, présentant simplement par une vaste réunion de lumières et de vertus des probabilités même exceptionnelles de vérité pour ses décisions ; la science humaine, la bonne foi humaine, les recherches et les investigations humaines y font leur œuvre grande et féconde ; la passion humaine elle-même peut s'y mêler dans une certaine mesure ; mais l'Esprit -Saint plane au-dessus de tout cela ; son assistance assure le dégagement certain de la vérité et imprime aux résolutions suprêmes le sceau divin d'une infaillibilité que les facultés humaines, même les plus éminentes et les mieux dirigées, ne sauraient jamais revendiquer pour le résultat de leurs travaux. C'est par là que le concile, malgié l'élément humain qui y a sa place, ne saurait être assimilé à un Corps législatif, qu'il doit dès lors être traité avec plus de déférence, cj[ue les évêques réunis en concile ont une grâce d'assistance spéciale, qui les y a accueilhs et qu'ils n'y ont pas apportée. C'est à ce point de vue que, dans ma pensée, les manifestations épiscopales qui ont précédé le concile, en tant qu'elles étaient un appel au public pour créer à la porte de l'assemblée une force d'opinion extérieure en vue de peser sur les décisions ultérieures du concile luimême, m'ont paru manquer de convenance, pour employer le terme le plus adouci ; que les polémiques engagées sur les questions débattues dans le concile m'ont semblé et me semblent encore parfaitement déplorables ; que les publications qui déshonorent d'avance, par des argumentations injurieuses, des opinions qui demain peut-être seront des dogmes consacrés par d'infaillibles décisions me paraissent odieuses et nialfaii^antes. 11 y a dans tout cela une diminution de foi et de respect, une atteinte à la .sécurité des âmes croyantes qui, je l'avoue, ne me laissent ni indifférent, ni

peut-être impartial. Qu'on traite aiasi un Corps législatif, à la bonne heure : c'est son lot ; le dénigrement ne s'attaque qu'à l'homme. Mais que des catholiques asent de semblables procédés à l'égard d'une assemblée où Dieu a sa part d'assistance et de coopération, voas serez certainement d'accord avec moi pour réprouver cette absence de respect.

» Mais si cette action du dehors sur le dedans me semble fâcheuse et déplacée, je veux, assurément comme vous, pour les Pères du concile la plus entière liberté de discussion, d'appréciation et de vote. Elle a existé jusqu'ici ; rien ne me prouve qu'elle soit compromise pour l'avenir. Qu'il y ait là, comme dans toutes les réunions d'hommes, malgré le caractère sacré et la mission sainte de l'assemblée, des ardeurs réciproques, des courants contradictoires d'idées et de passions, des entraînements et des exagérations en divers seiLS, je n'en serais point surpris. C'est la lutte ; et la lutte même est un indice et un résultat de la liberté. Qu'il y ait une majorité impatiente des résistances, et une minorité irritée de son infériorité numérique, s'accusant réciproquement d'intolérance et de pression, c'est le spectacle inévitable de toutes les assemblées oii des aspirations contraires se rencontrent et se trouvent. Déplorons ces choses ; faisons la part des faiblesses humaines ; mais, souffrez que je l'ajoute, n'alloas pas jusqu'à dire cette parole d'une gravité immense : h Le concile » n'est pas libre ; il délibère sous une pression qui lui ravit 1) l'indépendance de ses décisions et la liberté d'une discus- » sion nécessaire. » La conséquence serait formidable, et il ne faudrait pas que le froissement d'une défaite prévue allât jusqu'à infirmer l'autorité du concile et de ses résolutions. L'exagération de la plainte préparerait un terrain de protestation aux mécontents, et Dieu sait où de telles attaques nous conduiraient. Que le sentiment connu du pape exerce une influence sérieuse, puissante, mais très légitime api es tout sur les irrésolutions des neutres et des hésitants, on ne peut justement ni s'en étonner, ni s'en plaindre. Mais Pie IX est un grand saint ; et ce n'est pas lui, à coup sûr, qui voudrait, si je puis le dire, frauder le Saint-Esprit par une contrainte morale sur les évêques, et investir le Saint- Siège d'une prérogative entachée de violence et d'intrigue à son origine. Ce qu'il y a à Rome, c'est une lutte animée entre évêques, et l'action naturelle d'un pouvoir aimé et vénéré ; c'est le mouvement de la liberté tempérée et contenue par le

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respect. Ayons confiance, et gardons-nous d'affaiblir l'autorité du concile par des doutes sur sa liberté.

» Mais où je cesse, pardomiez-le-moi, de partager v^os idées, c'est lorsque, vous autorisant de cette prétendue pression exercée sur les évêques, vous acceptez et désirez peutêtre l'intervention du gouvernement français pour faire contrepoids aux influences romaines. A la vérité, vous ne parlez que de représentations respectueuses, non sur la question du dogme en soi, mais sur son inopportunité et sur les conséquences fâcheuses de sa définition.

)) A l'ouverture du concile, l'envoi d'un ambassadeur spécial n'aurait eu aucun caractère de protestation contre l'œu\Te de l'auguste assemblée, et aurait pu être justifiée par d'anciennes traditions. Je ne m'en serais pas autrement alarmé, bien qu'à mon avis l'abstention qui fut gardée m'ait paru bien préférable, et beaucoup plus conforme aux conditions actuelles des rapports de l'Eglise et de l'État. Lorsque les rois étaient les évêques du dehors, lorsque les dogmes cathohques étaient des lois de l'Etat, lorsque l'État et l'Église étaient en quelque sorte sohdarisés, la présence des souverains ou de leurs ambassadeurs dans les conciles se déduisait naturellement de cet état de choses. Aujourd'hui, il n'en est plus ainsi ; l'État n'est pas dans l'Église ; l'Eglise n'est pas dans l'Etat ; ce sont deux puissances parallèles et indépendantes, dont le domaine mixte est réglé par des conventions concordataires. Les questions purement spirituelles ne regardent pas l'État; les questions mixtes, en ce qui concerne la France, ont leur droit spécial, consacré par un traité. L'État n'a pas d'intérêt à protéger; mais n'avoir pas envoyé d'ambassadeur au début, et en envoyer un au moment où la question de l'infaillibilité du pape vient d'être posée, n'est-ce pas essayer de peser sur la décision du concile relativement à cette question dogmatique ? Il y a, dans l'intention évidente de la mesure, comme une protestation anticipée contre une résolution prévue et un essai de pression jiour la conjurer. — En fait, ou l'ambassadeur se bornera h faire dans le concile un discours latin contre l'oi^portunité de la définition, et se retirera ensuite, comblé des déférences extérieures de l'assemblée et sans avoir exercé d'action sérieuse sur les intentions : le gouvernement français aura commis une maladresse impuissante, sans autre résultat que d'avoir suscité une difficulté pour les rapi^nts avec Rome et d'avoir

excité l'opinion publique en France hors de propos et mal à propos ; ou il portera à Rome des paroles de menaces plus ou moins lointaines et déguisées, et alors la pression aura un caractère odieux et compromettant pour la liberté du concile.

» Eh bien ! il y a là, à mon sens, une question qui touche à la dignité de nos âmes et à la liberté des consciences catholiques, je dirai même à leur fierté ; nous nous incUnons av^ec la soumission de la foi et du respect devant des décisions conciliaires, parce que nous sommes en présence d'une autorité divinement instituée pour être la règle de notre foi et de nos mœurs. C'est l'homme se courbant devant Dieu ; mais la liberté du concile est le gage de notre liberté et de notre dignité. Si derrière le concile il y a, à côté de l'assistance divine et poiu' la neutraliser ou la combattre, une injonction diplomatique, c'est le pouvoir civil franchissant le seuil de l'âme et de la conscience, et pénétrant dans un domaine réservé où la liberté humaine, sous peine d'être atteinte dans son droit le plus sacré, ne doit relever que de Dieu et d'ellemême. Sur le principe, vos sentiments, j'en suis sûr, s'accordent avec les miens, et quant à l'application au cas actuel, je serais étonné que la réflexion ne vous amenât pas à croire que M. Daru, s'il intervdent par une ambassade spéciale, perd une magnifique occasion de s'abstenir.

» Nous n'avons plus la situation d'ÉglLse privilégiée et intimement unie à l'État ; je ne m'en plains pas. Mais ne sacrifions rien de la liberté de cette Église, qui est la liberté même- de notre âme. Elle est hors le privilège, soit ; ne la mettons pas hors le droit commun ; dans un temps où l'athée nie Dieu, où le matériahste nie l'âme, où le librepenseur nie la révélation, où le protestant libéral nie la divinité de Jésus-Christ, qu'il nous soit permis d'affirmer au besoin l'infaillibilité du chef de notre Église ; et que l'État, cjui laisse passer toutes les négations sans s'en émouvoir, ne dresse pas ses batteries poiu: arrêter au passage une affirmation qui confirme la foi de plusieurs et qui ne compromet la sécurité de personne.

» à\Iais le retrait des troupes de Rome ! Ce serait simplement une trahison de l'honneur national, et on aurait à compter avec la France qui. quoi qu'on en dise, est catholique par le fond de ses entrailles.

» Mais la séjiaration de l'Église et de l'État ! Si c'était la suppression du budget ecclésiastique, ce serait 1789 déshonoré

rétroactivement, et une persécution spoliatrice. Si elle s'accomplissait dans des conditions de justice, l'État y perdrait plus que l'Église ; et la menace n'est pas à redouter. En tout cas, plutôt l'épreuve que l'asservissement ; plutôt être l'Église polonaise meurtrie, agonisante et fière que l'Église russe gorgée de biens et payant la prospérité de sa servitude ! C'est assurément votre impression, et, Dieu merci, c'est la mienne.

» En résumé, je crois, pour mon compte, à l'infaillibilité du pape. Il y a peu de mois, je n'avais pas d'opinion arrêtée sur l'opportunité de la définition ; aujourd'hui cette définition me semble nécessaire. Sans les polémiques déplorablement engagées, l'infaillibilité du pape serait restée, n'eût-elle pas été définie, une croyance pieuse ; aujourd'hui l'alternative est forcée ; ou elle deviendra un dogme défini, ou elle sera une opinion meurtrie, vaincue, presque déshonorée. L'autorité du pape serait moralement diminuée ; la dignité et la vitalité des croyances catholiques seraient atteintes. La négation a été si violente et si absolue, que la question ne peut plus rester ouverte ; il faut qu'elle soit fermée par une décision suprême du concile, et elle ne peut l'être, à mon sens, que par une grande et solennelle affirmation, qui consacrera l'accord du droit et d'un fait de dix-huit siècles. Voilà ma pensée comme catholique.

» Liberté entière du concile comme gage de la liberté de nos consciences et de la dignité de nos âmes ; pas d'ambassade ; surtout pas de pression des pouvoirs civils ; pas d'ordre du jour approuvant l'intervention du gouvernement ou protestant par anticipation, sous forme voilée, contre telle ou telle décision du concile. Voilà ma pensée comme député.

» Après cela, si mon curé, qui n'est pas infaillible, blâme en chaire, comme curé, les bals que j'aurai autorisés comme maire, je trouverai qu'il a raison, et je me garderai bien de m'immiscer, ni directement, ni par ambassade, dans ses appréciations sur le danger de certains plaisirs pour certaines âmes et sur l'opportunité de ses plaintes. L'Église n'est pas dans l'État. — S'il m'intime l'injonction d'interdire ces bals par mesure administrative et s'il se brouille avec moi parce que je résiste, j'accepterai sa mauvaise humeur sans me plier à ses exigences. L'État n'est pas dans l'Église. — Distinction du s])irituel et du temporel, indépendance de chacun dans son

domaine propre, domaine mixte réglé par le Concordat, voilà mon terrain.

» Et puis, si mon excellent ami de Mackau, qui n'a pas grande objection contre le fond du dogme, croit à l'inopportunité de la définition et le dit, il a le droit de le penser, et, le pensant, il a le devoir de le dire ; ne pensant pa« comme lui, je dis autrement, et je ne le tiens pas moias pour le plus ferme et le plus sincère des catholiques, et je ne lui suis pas moins dévoué de toute mon âme. Si, pour prévenir la définition à raison de coaséquences graves qu'il prévoit pour la religion elle-même, il désire vme intervention diplomatique du gouvernement français auprès de la cour de Rome, je suis sûr qu'il voudrait la borner à un conseil respectueux. Je crois qu'il se trompe, et que, même dans ces limites, l'intervention n'empêchera rien, et suscitera des difficultés à Rome comme en France. Mais je connais la parfaite loyauté de ses intentions, et je demeure assuré que, si l'intervention apportait un caractère comminatoire, nous nous retrouverions ensemble pour la réprouver d'un vote commun.

)) Par-dessus tout, nous voulons tous trois, vous, madame, lui et moi, la liberté du concile dans le présent ; nous trois, nous nous réunirions dans une adhésion anticipée à toutes les décisions, quelles qu'elles soient et quel que puisse être notre sentiment actuel, et vraiment, nous avons bien raison; car il est impossible que, dans ce monde, la pensée de Dieu ne soit pas quelque part, certaine, régulatrice, souveraine et infaillible ; et, si elle n'était pas dans l'Église, où la trouverions-nous ? Nous sommes donc d'accord sur le fond de nos pensées ; et ces divergences ne portent, ce me semble, que sur des points relativement accessoires. — Je vous demanderai seulement de vous rapprocher de mes impressions sur le fait de la liberté du concile, en ce qui concerne la pression imputée aux influences romaines. C'est un terrain qui me semble très dangereux, non pour vous assurément, madame, dont la foi et la bonne foi sont si admirables, mais pour beaucoup d'âmes moins fermes ou moins croyantes. De la contestation sur la liberté du concile à la protestation contre son autorité, il n'y a qu'un pas; ne livrons pas la première position, pour n'autoriser personne cà s'emparer de la seconde.

» Je suis effrayé, madame, en voyant les feuillets de ma lettre s'accunuiler sur ma table de travail. J'ai bien des excuses à v^us faire pciur une réponse si longue et si confuse.

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J'irai vous les apporter demain soir, dimanche, si vous voulez bien me le permettre, avec l'espérance que vous me pardonnerez aussi la franchise de mes objections ; je vous remercie encore une fois des bonnes paroles d'affection que vous avez daigné m'adresser, et je vous prie, madame, d'agréer, avec l'hommage de mon respect, l'assurance de mon inaltérable attachement pour votre cher mari et pour vous. Vous me permettrez bien de vous confondre dans un même sentiment, et de vous unir dans mon amitié en retour d'une commune bienveillance. »

Ch. Chesnelong.

Extrait d'une conversation du général Ducrot

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