‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 30 sur 302 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

1' Vous ferez acte de dévouement . à ces nobles et grandes causes en précisant nos devoirs dans cette question. De plus, j'en suis profondément convaincu, vous serez dans la ligne que devraient suivre tous les vrais amis du gouvernement de l'empereur. Que l'empereur abandonne Rome, la Révolution battra des mains, mais elle ne sera, le lendemain, ni moins hostile, ni moins acharnée. Le gouvernement ne gagnera rien, de ce côté, qui puisse compenser les mécontentements profonds, graves, sérieux, durables, que cette déplorable mesure susciterait. J'en vois sortir la profonde désorganisation du parti gouvernemental, la déviation du gouvernement, entraîné par l'impulsion des faits, hors des voies de modération et de sagesse où il a trouvé jusqu'ici sa sécurité et sa grandeur. Que Dieu détourne ces présages ! mais il y a des questions si vastes, qu'elles touchent à tout. Celle de Rome est, à mon avis, l'une de ces questions, et la plus hauts. Puisse donc le Corps législatif, par la manifestation de ses impressions, arrêter l'empereur sirr la pente où de faux amis le poussent, et où tous les vrais amis du souverain et du pays le verraient avec douleur s'engager, par un dernier acte qui serait le prélude de très grands malheurs ! ( 1 ) »

P^n lisant cette lettre, M. Larrabure dut se dire qu'un catholique de cette trempe ne serait jamais serviteur sans conditions du régime impérial ; mais, d'autre part, émerveillé par ce sens politique qui voyait si juste et si loin, il s'afïermit dans la conviction que, malgré les obstacles, il faudrait tôt ou tard amener Chesnelong sur son vrai champ d'action, le Corps législatif.

De fait, la Convention du 15 septembre était à peine signée, que les ministres et députés italiens aflfichaient l'intention do la violer. Le maire d'Orthez avait bien jugé.

(1) Lettre inédite, ilii 21 mnr.s IKiifi

Trois mois plus tard, en juillet 1865, M. Larrabure crut le moment venu de tenter auprès de Chesnelong un nouvel effort.

Le député de Pau, M. O'Quin, donna sa démission pour devenir receveur-général des Basses-Pyrénées. Ce devait être, pour l'arrondissement et même pour le Corps , législatif, une perte vivement sentie.

Issu d'une famille irlandaise depuis longtemps établie en Béarn, ancien condisciple de Chesnelong au collège de Pau, Patrick O'Quin avait honoré son mandat par l'indépendance de ses votes, la droiture de son caractère et la sagacité supérieure de son esprit. L'empereur l'appréciait, et lui cherchait un digne successeur.

Or, peu de temps avant la démission de M. O'Quin, ^L Larrabure avait été, à son corps défendant, nommé maire de Pau. Sa connaissance des affaires, jointe à sa gracieuse bienveillance pour tous l'avait très vite rendu populaire, et l'étendue de ses relations lui avait valu, dans l'arrondissement tout entier, une influence exceptionnelle. Il avait des chances sérieuses d'être élu député de Pau, pour peu qu'il se prêtât à changer de circonscription.

L'empereur était à Biarritz, au moment où se préparait l'élection. Sous l'inspiration de M. d'Auribeau, qui passait d'ordinaire à la villa Eugénie tout le temps de la villégiature impériale, il appela auprès de lui M. Larrabure, et lui demanda de donner sa démission de député d'Ortliez pour se présenter à Pau, en remplacement de M. O'Quin.

C'était vouloir river par un nouveau lien le maire de J'au à la vie parlementaire qu'il avait résolu d'abandonner ; c'était surtout le mettre en délicate posture via-à-vis

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