‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 31 sur 302 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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de ses électeurs d'Orthez, qui l'avaient si cordialement adopté. Mais M. Larrabure, comprenant que le souci du bien public avait dicté la demande du souverain, sacrifia, une fois de plus, ses projets de retraite, en y mettant toutefois cette condition, que Chesnelong consentirait à poser sa candidature dans l'arrondissement d'Orthez.

Au retour d'un voyage, celui-ci trouva un télégramme du préfet, qui lui demandait un entretien.

Tl partit aussitôt pour Pau; il fallait, en effet, s'expliquer. L'idée d'un siège au Corps législatif trouvait depuis peu moins d'opposition en famille ; mais accepter une candidature officielle de la part de l'empereur, qu'il était disposé à combattre sur la question romaine, le pouvait-il loyalement ?

Il ne cacha pas à M. d'Auribeau que, s'il avait été député au cours des sessions précédentes, il se serait associé aux votes de l'opposition catholique du Corps législatif. Il ajouta, au surplus, que, détestant la Révolution et désirant fermement l'affermissement de l'Empire, il ne lui marchanderait jamais son loyal concours pour le maintien de l'ordre. Il laissa même entendre que, si l'on comptait vraiment sur lui pour un service à rendre au pays, il accepterait l'appui moral du pouvoir dans la lutte électorale, mais en réservant, pour l'avenir, l'intégrité de ses convictions religieuses et la pleine indépendance de ses votes.

M. d'Auribeau prévoyait cette réponse et y avait déjà préparé l'empereur. Ctîlui-ci comiaissait Chesnelong par les conversations de son préfet. Au fort des difficultés que lui suscitait la question romaine, il ne lui déplaisait pas, pour rallier des sympathies qu'il sentait hésitantes, de patronner une candidature essentiellement catholique. Et comme M. d'Auribeau, tout en vantant les qualités de son ami. avait fait remarquer son peu de souplesse en matière de convictions, le souvorciiîi avait

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répondu : « On nous en envoie bien assez des autres... Ayons-en au moins un de ceux-là. »

— « L'empereur vous prend tel que vous êtes », telle fut la conclusion de l'entretien du préfet de Pau avec Cliesnelong.

Restait à obtenir l'assentiment de l'aïeul, si opposé, deux ans auparavant, à tout projet de candidature. Depuis lors, il avait réfléchi. Voyant son petit-fils Joseph si activement dévoué et si apte aux affaires, il n'avait plus d'inquiétude pour l'avenir de sa maison ; d'autre part, il n'était insensible ni au désir d'étendi'e, en vue du bien public, le champ d'action de son fils, ni au surcroît d'honneur que l'entrée de Charles dans la vie politique pourrait apporter à son nom. Lorsque celui-ci lui demanda l'autorisation de se prêter aux desseins de l'empereur, il le bénit d'une main tremblante, et une larme d'attendrissement scella son acquiescement à la candidature proposée. « Cette larme, écrira plus tard le député d'Orthez, je la sens toujours sur mon front. » . D'ailleurs, la précoce maturité de son fils aîné, associé dès lors, non seulement à sa vie d'afifaires, mais à la plupart de ses intimes pensées, permettait à Charles Cliesnelong de s'éloigner du foyer : Joseph y serait désormais le fidèle gardien de ses traditions.

Deux jours après, Larrabure et Chesnelong recevaient une invitation, de la part de l'empereur, pour un déjeuner intime à Biarritz : le souverain voulait achever la conquête de son candidat.

Napoléon III reçut les deux amis avec une parfaite bonne grâce. Les ayant fait asseoir près d'une cheminée où s'étageaient des bûches non enflammé^es : « J'aUume mon feu moi-même, dit-il. C'est très amusant, quand on a des i pignes » des Landes ( 1 ) ; leur crépitation est une musique, une musique jiarfumée... »

(1) C'est lo nom donné, dans le pays, à la pomme de pin.

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TI frotta une allumette, répandit sur les bûches des pommes de pin, puis continua, au bruit de l'incffensive artillerie :

« Je vous remercie l'un et l'autre, Messieurs, d'abord parce que j'aime à vous compter au milieu des miens, et puis parce que votre double sacrifice me rend, et rend à la cause de l'ordre un service signalé dans vos deux arrondissements. «

Il avait insisté sur le mot sacrifice.

— « Sire, répondit Chesnelong, les avances de Votre Majesté m'ont confondu. J'y dois répondre par un redoublement de franchise. J'avais chargé M. d'Auribeau de dire à Votre Majesté...

— M. d'Auribeau m'a tout dit, interrompit l'empereur, et... j'en ai passé par où vous avez voulu. Monsieur Chesnelong, nous avons signé ensemble un-concordat, et je tenais à vous dire que j'en suis heureux. »

Au déjeuner, qui fut des plus simples, l'impératrice se montra fort gracieuse ; elle était, semblait-il, chargée de plaire aussi. Au sortir de la villa, Chesnelong était décidément candidat officiel ; mais il avait fait ses réserves, et sa conscience était en paix (1).

Lorsqu'on sut, en Béarn, qu'il allait aborder la lutte électorale, ce fut, de la paît des catholiques, un tressaillement d'espoir. Plusieurs lui demandèrent, même avant le vote, de devenir, au Corps législatif, le soldat du Saint-Siège.

Il avait pour concuiTent un homme de talent, que l'ambition semblait égarer, M. Louis Lacaze.

Conseiller général depuis 1852, fils et neveu de députés qui avaient représenté, sous la monarchie de Juillet, l'arrondissement d'Oloron, celui-ci avait

(1) Nous avons présenté le récit de l'entrevue de Biarritz d'après l'ouvrage de M. de Marcey, Charles Chesnelon/i, son histoire et celle de son temps, t. J, p. 51 et suiv.

une très forte situation dans cette partie de la circonscription électorale ; aussi, le jour du scrutin, y obtint-il une majorité de 300 voix ; mais son rival, n'ayant été combattu à Orthez que par l'opposition républicaine, y conquit presque tous les suffrages, et fut élu par 18.000 voix contre 6.000. C'était un triomphe.

Parmi les lettres de félicitations qui affluèrent dès le lendemain, nous remarquons le billet suivant de l'abbé Barbe. Il exprime en termes vifs et précis le sentiment de tous ceux qui connaissaient le nouveau député : « Enfin vous y voilà ! et dans des conditions parfaites d'indépendance et d'honorabilité... Vous êtes bien plus le député du pays que du gouvernement ; je tenais à ce que cette vérité sortît éclatante de l'urne électorale. L'Église de France avait perdu son Keller aux élections générales ; la petite ville d'Orthez lui envoie un autre Kellei qui, à bien des titres, pourra, non pas faire oublier le premier, mais nous consoler largement de son silence... Vous êtes prêt ! En avant et bon courage (1) ! »

Chesnelong accepte, sinon les éloges, du moins les encouragements, et, le tumulte de l'élection une fois calmé, il se recueille avant d'entrer dans Tafène. Il se précise à lui-même, avec tout le détail pcssible, l'attitude qu'il devra prendre, et se trace un programme d'action dont il communique les grandes lignes à la personne qui observe avec le plus d'intérêt sa carrière d'homme public, M'i<^ de Guérines : « Au point de vue politique, dit-il, vous savez mon respect et mon attachement pour les Bourbons, dont les destinées ont été si longtemps celles de la Eran(;e. Ma jeunesse s'est écoulée sous le règne de la branche cadette, et. tout en me séparant du

'1) Lottro in<!'dilc, du 11 ii(>\ ctnliro ISCô.

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libéralisme bâtard et anti-chrétien de 1830, j'ai eu de vives sympathies pour cette belle et nombreuse famille si française. Quand la République est venue, je l'ai combattue dans ma modeste sphère ; (1) et, parce qu'avant tout, il y a le pays, j'ai accueilH l'Empire comme une garantie de la sécurité sociale que les institutions républicaines ne sauvegardaient pas. L'Empire a commis des fautes, mais il a rendu des services, et je le considère actuellement comme un rempart nécessaire contre une révolution sociale qui dépasserait en malheurs et en violences la révolution relativement anodine de 1848. Un changement ne se ferait qu'au profit du socialisme révolutionnaire. Les partis d'opposition modérée ont été écrasés entre ces deux forces à toutes les dernières élections ; il faut donc se rattacher à l'Empire pour les services qu'il a rendus, pour les services qu'il peut rendre, et encore pour les choses dont il nous préserve. Et voilà pourquoi je crois lui devoir un appui loyal, honnête, sincère, mais indépendant ; voilà pourquoi j'ai* cru pouvoir accepter une candidature gouvernementale ; voilà pourquoi je prêterai au gouvernement un concours dévoué... jusqu'à la conscience exclusivement. Car, avant tout et par dessus tout, je suis catholique, vous le savez bien — faible et pauvre en œuvres sans doute, — mais inébranlable dans la foi, avec la grâce de Dieu. rt De par cette même grâce, je n'ai déguisé mes convictions jamais ni nulle part. Candidat, c'est ainsi que j'ai été posé, connu, accepté. On sait que j'étais acquis de cœur et d'âme à la cause du pouvoir temporel, que j'étais pour la diffusion des écoles chrétiennes et contre l'instruction obligatoire, pour la liberté d'enseignement, pour la liberté des associations religieuses, ecclésiastiques

(1) Cette phrast montre ce qu'il faut pen.^er du soi-disant républicanisme que ses adversaires lui ont n^proché d'avoir afflché en 1S4S

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OU laïques, etc. Voilà pour les questions pendantes ; s'il en survient d'autres, je resterai à tous risques fidèle à mes principes, et vraiment il me semble que là où j'aurais le courage de mettre ma tête, j'aurai celui de mettre ma parole et mon vote.

» Du reste, je pense, comme vous, que la fermeté n'exclut ni la modération, ni la prudence, et que c'est un devoir aussi de ne pas créer des hostilités à l'Église par une défense intempérante ou par des compromissions équivoques. J'espère me tenir à cette ligne de conduite en honnête homme, dégagé de toute ambition personnelle (1). »

Cette lettre fut mise sous les yeux de Mgr Dupanloup, qui n'avait jamais entendu parler de Chesnelong avant son élection. « Oh ! dit-il en la lisant, quelques hommes comme celui-là... ce serait le salut 1 ^

L'heure était venue de réaliser tant d'espoirs. Quelques jours avant l'ouverture de la session, Chesnelong partit pom- Paris. Jamais il n'avait quitté pour aussi longtemps son vieux père, sa femme et sa jeune famille. Chacun refoula ses larmes, et l'on offrit à Dieu ce grand sacrifice pour le succès de la carrière qui s'ouvrait. Charles ne s'aventurait pas,d"ailleurs,en pays inconnu. A son arrivée, il fut reçu à bras ouverts par son ami Champetier de Ribes, sous le toit duquel il retrouva quelque chose des caresses et des sourires que lui prodiguaient les siens.

D'ailleurs, même au Corps législatif, il n'allait pas être isolé. Les députés catholiques des Basses-Pyrénées, spécialement M. Etcheverry, étaient déjà ses amis ; mais au premier lang des collègues disposés à le servir, il rencontrait I\l. Larrabure.

Celui-ci avait dans la Cliambie une grande situation.

(1) Lf'ttro thi 12 (k'comhro 18G5, citée pnr M. de IMarcey, Charles Chiandong, etc., t. I. p. T)!».

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