‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 32 sur 302 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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L'opposition lui savait gré d'une indépendance qu'il avait souvent affirmée par ses discours et par ses actes. Berr3er et Thiers l'avaient en haute estime. Le fait d'avoir sacrifié récemment une situation acquise et d'avoir afïionté une nouvelle lutte électorale pour se rendre aux désirs de l'empereur venait d'accroître encore son crédit. Tous honoraient son caractère, faisaient cas de ses Jumières, et pas un ne résistait à la séduction de sa courtoisie. « Il me mit en rapport avec mes collègues, dit Chesnelong, et je profitai de la bienveillance dont il était l'objet (1). ))

Un incident inattendu allait jeter un nuage d'inquiétude sur ce début dans la carrière.

M. Larrabure, ayant donné sa démission de député d'Orthez dans l'intervalle de deux sessions du Corps législatif, l'avait adressée au président de la Chambre, qui l'avait transmise au ministre de l'Intérieur, sur quoi un décret impérial avait convoqué les électeurs de la circonscription d'Orthez-Oloron, afin de remplacer le démissionnaire. Quelques parlementaii'es formalistes, à la tête desquels se trouvait M. Buffet, prétendirent que la Chambre elle-même avait seule qualité pour recevoir la démission d'un de ses membres, et que, cette démission n'ayant été notifiée qu'au président, l'élection suivante était nulle de plein droit. La personne de ]M. Chesnelong était hors de cause ; il s'agissait d'une simple question de droit éleptoral.

C'est ?<I. Rouher, alors tout-puissant, qui se chargea de répondre à M. Buffet. Quand il eut parlé, pleinement convaincue, la Chambre vota la validation à une grande majorité.

On se rappelle les aptitudes de Chesnelong pour les mathématiques. Sa carrière commerciale n'avait fait que fortifier ses habitudes de calcul, de prévision et d'ordre

(1) Mémoires inàiits, t. 1. p. 1*J.

Larrabure connaissait ses capacités à cet égard ; il l'engagea à poser sa candidature pour la Commission du budget, et, grâce à son appui, Chesnelong fut élu.

Fier de ce témoignage de confiance, celui-ci se mit à étudier en détail l'état des finances-nationales, avec l'ambition de contribuer, par ses efforts en faveur de la régularité et de l'économie, à la prospérité croissante du pays.

Mais il rêvait de débuter devant la Chambre sur une question d'ordre plus général, qui lui permît d'affirmer ses convictions catholiques. L'occasion ne se fit pas attendre.

Les affaires italiennes passionnaient toujours les esprits. Le délai accordé à la France, par la Convention du 15 septembre, pour rappeler ses troupes de Rome allait prochainement expirer, et l'on se demandait si ce départ ne serait pas le signal d'un nouvel assaut contre la principauté temporelle de Pie IX.

L'empereur avait voulu rassurer les esprits en faisant insérer dans le discours du trône un paragraphe où il affirmait que « le maintien du pouvoir temporel du pape était la garantie indispensable de son pouvoir spirituel. »

On prévoyait que, lors de la discussion de l'Adresse, cette phrase donnerait lieu à de virulentes attaques. Chesnelong se fit inscrire pour la défense du paragraphe. De prime abord, il allait entrer dans le vif de cette délicate question romaine qui intéressait le monde entier, et disserter du haut de la tribune, lui encore inconnu, sur les principes qui en régissaient la solution.

L'entreprise était hardie, trop hardie aux yeux de M. Champetier de Ribes. Il eût voulu, pour son ami, un

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