‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 33 sur 302 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

début plus modeste. Toutefois, après avoir lu le discours que Chesnelong avait écrit en entier, il revint sur ses craintes, et félicita le jeune député d'avoir choisi un tel sujet.

L'orateur avait à répondre à Garnier-Pagès, un de ces solennels sophistes qui, sous prétexte de respect pour la souveraineté spirituelle du pape, prétendaient ne pas vouloir l'abaisser « au niveau des nécessités variables de la politique. »

Chesnelong lui opposa d'abord l'argument classique : « Il est évident de soi que l'indépendance absolue est inséparable de la souveraineté. Pour assurer au pape la première dans son intégrité, il faut nécessairement lui maintenir la seconde ; il faut, pour me servir d'une expression tombée de haut, que le pape soit chez lui. Telle est, en effet, la solution que les siècles ont consacrée, et elle me paraît se présenter avec la puissance et l'évidence d'un axiome. » Et, après avoir montré que le rôle historique de la France lui impose de soutenir cette indépendance, il conclut . (( Donc, Messieurs, je termine par l'expression de cette espérance : si, après que nous avons sacrifié pour l'Italie cinq cents millions et vingt mille de nos soldats, la Révolution italienne venait menacer un trône que la France a relevé, que ses armées protègent encore, qu'il est de son honneur de garantir, j'espère, oui, j'espère sincèrement que le gouvernement de l'empereur ne laissera pas faire, qu'il assurera, quoi qu'il arrive, le maintien du pouvoir temporel du pape à Rome, et que, pour prévenir des complications regrettables, il affirmera sa résolution, en temps et lieu, avec un accent qui tue le doute et sui lequel ne puissent se méprendre ni la Révolution italienne, ni le gouvernement italien. »

Et, pour bien marquer qu'il s'agit de l'honneur de la France plus encore que de rintérèt de l'Église, il ajoute :

« L'Église redescendrait aux catacombes, que je croirais encore à son éternité r »

Le discours devait satisfaire les catholiques par la loyale fermeté des affirmations doctrinales ; il gagna les autres par la modération du ton sur tout le reste. Au Corps législatif, comme au Conseil général des Basses- P5rrénées, Chesnelong venait de se révéler homme de principes, servi par une parole aussi nette que vibrante, avec lequel il faudrait compter.

Il a^Dportait un appoint puissant à la fraction catholi- C£ue de la Chambre, et ce discours l'associa, dans l'opinion, au défenseur attitré des intérêts religieux. M. Kolb- Bernard. Celui-ci fut le premier à saluer, d'un très cordial hommage, le succès de son jeune collègue. C'était le début d'une amitié de trente ans.

Chez les adversaires, ce fut de l'étonnement. presque de la crainte. Jules Favre demanda à un député du centre : « Qui est-ce donc, ce nouveau venu ? — Un marchand drapier d'Orthez. — Morbleu ! comme il vous aune cela ! » (1)

La solide argumentation de Chesnelong, jointe au rappel d'une des grandes pages catholiques de l'hiscoire de France, ava t impressionné la Chambre, au point que l'habile dialectique de Jules Favre, qui intervint dans le sens de Garnier-Pagès, ne put faire voter l'abandon du pape. Deux cent dix-huit députés, contre dix-huit, donnèrent raison au défenseur du pouvoir temporel.

Un tel succès devait transporter d'aise les amis béarnais. Tous applaudirent, depuis le duc de Gramont, ambassadeur à Vienne, jusqu'au pauvre camarade de collège que Chesnelong avait sauvé jadis de l'ignorance et de l'abandon. Mais rien ne l'émut comme le billet suivant, d\in de ses vieux amis d'Orthez : < Je

(1) Article do .M. ck- Cliiye sur AI. Clicsnelon-T, Journal lU- Rinnett, 25 juin JH!J!).

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