‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 34 sur 302 · CHAPITRE IH · texte numérisé non relu

CHAPITRE IH

vais très souvent dans ta famille pour causer de toi, mon cher Charles. Erntstine (1), ton père, tes enfants-, ta sœur, sont bien heureux. Je jouis de leur bonheur, et m'associe à leur joie si légitime. Ernestine, toujours pieuse et bonne, attribue tout son bonheur à Dieu. Il faut voir avec quelle émotion ton père parle de toi. J'entrais au moment où il lisait lui-même à toute ta famille ton discours dans le Moniteur. Je pense que c'était le plus beau jour de sa vie. Du reste, je te dirai que je ne l'ai jamais vu aussi dispos, aussi alerte, aussi bien portant. On le dirait rajeuni de vingt ans. Je ne saurais assez te le répéter : ils sont bien heureux (2). »

De tels témoignages, très doux au cœur du fils, ne grisent pas le député. Il se défie de ses forces, et, sachant que la bienveillance des parents et amis peut tromper sur la valeur d'une œuvre, il consulte, à propos de son discours, deux bons juges en matière rehgieuse, son confesseur et l'abbé Barbe. Celui-ci est, comme tout le monde, fort content des débuts de Chesnelong, mais il a le courage de lui rappeler qu'il débute, et que, pour jouer un grand rôle, il lui reste beaucoup à acquérir. Les lignes suivantes resteront, pour le nouveau député, un perpétuel Sursum corda :

« Votre avenir me préoccupe. Vous avez devant vous trente ans de carrière politique, s'il plaît à Dieu. Il faut que les saintes causes de la religion et de la patrie, quand elles seront en jeu, vous trouvent toujours sur la brèche. Votre succès d'aujourd'hui engage et fixe votre destinée. Or, votre éducation politique est incomplète. Mettezvous à l'œuvre. Les données de la science, vous les puiserez à deux sources : les hommes spéciaux et les livres.

(1) ^ladaino Chesiielcuig.

(2) Lottivinédito, du 10 mars ISr.t».

» Avec votre puissance d'assimilation, il vous sera facile de vous initier aux secrets des maîtres, en les faisant parler. Une heure de conversation sur un grand problème avec un homme comme M. Thiers. par exemple, vous en apprendra plus que huit jours d'études. » (1)

Et il lui recommande, pour l'économie sociale, les livres modernes les plus autorisés.

Ces conseils ne visaient que la formation de l'homme politique. Or, Tancien commerçant d'Orthez sentait toujours en lui l'étoffe d'un homme d'affaires, et il ambitionnait, nous le savons, de servir son pays sur le terrain des intérêts matériels, aussi bien que dans le domaine des idées.

Le souci de l'économie, qu'il avait manifesté comme maire d'Orthez, l'avait suivi au Corps législatif ; il prétendait en faire bénéficier les finances de l'État. Selon lui, l'économie s'imposait d'autant plus strictement, que l'expédition du Mexique avait fait large brèche au budget, et que l'Exposition universelle annoncée pour 1867, sans parler de complications politiques toujours menaçantes, faisait prévoir de nouvelles et importantes dépenses. Dominé par ces préoccupations, il étudiait depuis longtemps, au sein de la Commission du budget, un projet d'amortissement de la dette publique.

Depuis plusieurs années, les anciennes lois sur l'amortissement étaient restées sans application; mais le ministre des Finances, M. Achille Fould, venait de proposer une loi nouvelle, tendant à rétablir un amortissement régulier. Le 5 juin 1866, Chesnelong monta à la tribune pour défendre le projet de loi : » La mesure était bonne,

(1) I^'ttiv inécJifo. du .'J innrs ISCiC).

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