CHAPITRE III
a-t-il déclaré plu? tard, je l'avais étudiée dans son principe, dans son mécanisme, dans ses résultats. Je la défendis en l'appréciant sous ces divers aspects. Ce fut mon début dans les questions financières ; la Chambre l'accueillit avec une grande bienveillance (1). »
Ce ne sont pas. cette fois, les accents passionnés du chrétien plaidant pour le pape en détresse, c'est une discussion serrée en faveur d'un projet de loi réellement utile et pratique, « parce que, ne promettant que ce qu'il peut tenir, il pourra tenir ce qu'il promet, et que sa modestie sera ainsi la plus sûre garantie de son efficacité. » (2)
Cette discussion doit avoir un vrai mérite pour retenir l'attention de la Chambre sur une question d'ordre intérieur, alors que la politique internationale éveille, de toutes parts, l'anxiété.
On est à la veille de Sadowa. Le gouvernement a pris une attitude équivoque à l'égard de tous, compromettante pour lui-même. Il ne provoque pas. peut-être, l'alliance prusso-italiemie.mais il la connaît et n'y met pas obstacle. Il proclame officiellement sa neutralité ; mais cette neutrafité est pratiquée de telle façon , que la Prusse se sent encouragée dans ses agressions, et l'Autriche délaissée dans sa résistance. L'empereur ne prend aucune précaution pour que rien ne se fasse sans la France, et surtout pour que rien ne se puisse faire contre elle. Cependant l'expédition du Mexique menace de tourner au désastre, et pèsera désormais d'un poids très lourd sur la dynastie. Enfin, comme si la situation extérieure n'était pas as.>ez angoissante, des bruits alarmants courent sur la santé de Tempereur, et les campagnes, déjà éprouvées par l'insuffisance des récoltes, tremblent d'épouvante depuis
(1) Mémoires inédits, t. I. p. 58.
(2) Cotichipion du Dixcoiirs sur l'atnortisscmcnt.
la récente invasion du choléra. C'est sous l'oppression de ces menaces et de ces malheurs que, le 30 juin, le parlement se disperse.
A peine libre, Chesnelong accourut à Orthez, dans l'espoir d'une diversion à ses sombres pensées. C'est un nouveau deuil qui l'y attendait.
Depuis quelques semaines, son vieux père, si alerte encore l'hiver précédent, fléchissait sous le poids des ans. L'arrivée de Charles, ses démonstrations de tendresse filiale, les ovations des compatriotes au député déjà célèbre déterminèrent une reprise de vie qui et illusion. Pendant quatre mois, le vieillard trouva, dans la présence de tous les siens, un charme d'intimité qui devait être sa dernière joie. A la fin d'octobre, une attaque soudaine vint briser cet organisme si longtemps invulnérable. Trois semaines encore, il attendit l'heure suprême avec la sérénité du chrétien. Enfin, entouré de sa lignée, il s'en alla, comme le patriarche antique, « rejoindre ses pères dans la terre des vivants. » Sa dernière pensée avait été pour les pauvres d'Orthez. Avant de perdre la parole, il avait fait, à leur intention, comme président de la Conférence de saint Vincent de Paul, une commande de couvertures pour l'hiver.
Chesnelong s'était attaché à cette vie finissante d'autant plus tendrement, qu'il la sentait plus près de s'échapper. La séparation fut des plus cruelles. Mgr Lacroix, évêque de Bayonne, put en juger avant tout autre, par la réponse du député d'Orthez à ses condoléances : « Je l'espère avec vous. Monseigneur, Dieu aura fait miséricorde à cette belle âme, tendre et austère, pure et vaillante, à cette âme vraiment chrétienne de mon pauvre pèie. Mais ne plus voir à notre foyer ce bon vieillard qui semblait en être la bénédiction vivante, no plus rencontrer son regard aimé, ne plus entendre sa parole si tlroite et si sensée, ne plus me sentir fortifié par l'expan-