‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 38 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Sans vouloir renier ses origines, il tint, du moins, à préciser la nuance d'idées et d'aspirations qu'il représentait

Le Corps législatif était divisé en quatre groupes. La gauche se composait d'environ vingt députés, qui, avec leurs haines violentes contre l'empereur, leurs passions antireligieuses et leurs tendances radicales, formaient, à vrai dire, un parti d'opposition révolutionnaire. Un sophiste habile et disert, capable de sentiments élevés, mais esclave de vils préjugés et de vulgaires passions, Jules Favre, conduisait périodiquement cette fraction du parlement à l'assaut de l'Église et de l'établissement impérial. Pour des députés de cette trempe, Chesnelong ne pouvait être que l'adversaire soigneusement tenu à distance.

Tout autres étaient ses relations avec le centre gauche, groupe d'honnêtes gens qui aspirait à la transformation du régime quasi dictatorial de 1852 en monarchie parlementaire. Il y avait trop de points de contact entre le caractère de Chesnelong et la nature droite et intègre d'un chef comme M. Buffet, pour qu'il ne se sentît pas attiré vers lui. Au reste, il voisinait d'instinct avec des hommes fatigués de l'absolutisme et séduits par un idéal de liberté.

Cette aversion pour la dictature l'éloignait de la droite bonapartiste, groupe impérieux et intransigeant qui, sous la conduite de Granier de Cassagnac et de Jérôme David, préconisait le régime de la force et blâmait toute concession.

Entre cet exclusivisme autoritaire et le parlementarisme un peu impatient du centre gauche, le centre droit formait une réunion de gens de bien, modérés d'idées, honnêtes d'intentions, dévoués à l'Empire sans servilisme, déplorant certaines défaillances, mais préoccupés

de réparer les fautes plutôt que de les critiquer bruyamment.

Avec des députés comme M]\I. Schneider, Alfred Leroux, Segris, Busson-Billault et Louvet. Chesnelong se sentait, pour ainsi dire, en famille. La présence parmi eux de M. Larrabure aurait, d'ailleurs, suffi à déterminer son choix.

C'est parmi les membres du centre droit qu'il avait voulu siéger dès son entrée au Corps législatif. Mais ses discours sur des questions purement religieuses et économiques n'avaient pas révélé jusqu'alors ses tendances politiques; il allait fournir au centre droit, au milieu des tempêtes qui commençaient à ébranler l'Empire, l'appoint de sa clairvoyance et de son courage.

Au moment où s'ouvre la session de 1867, le Corps législatif se trouve en présence d'une situation intérieure profondément modifiée. Pour faire digression aux échecs de sa politique en Italie, au Mexique et en Allemagne, comme pour se donner le droit de demander au pays un accroissement de forces militaires en vue des besoins plus pressants de la défense nationale, l'empereur a voulu offrir au pays, dans l'extension de ses libertés, un dédommagement à l'aggravation de ses sacrifices.

La discussion de l'Adresse supprimée et remplacée par le droit d'interpellation, la participation de tous les ministres aux discussions dos Chambres, ( 1 ) une loi sur la presse supprimant le pouvoir discrétionnaire du gouvernement et attribuant la répression des délits aux tribunaux correctionnels, enfin le droit de réunion réglé législativemont et contenu dans les seules limites imposées par le souci de la sécurité publique, telles étaient les importantes réformes proclamées par la

(1) Soûl ju.sq II 'alors lo niinistro d'État ('«fait fiilciidu dans les dc'-bats du Corps I<'>c;i8la(if ot du St^nat.

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