CHAPITRE IV
lettre impériale du 19 janvier, l^^t, pour accentuer davantage encore le caractère de son évolution libérale, le souverain avait offert à Emile Ollivier, l'ancien républicain récemment rallié au centre gauche, le portefeuille de l'Instruction publique (1).
C'est sur cette situation nouvelle que la Chaml)re de 1867, usant pour la première fois de son droit d'interpellation, allait avoir à se prononcer. La politique extérieure, avec ses insuccès troublants et ses menaçantes obscurités, appelait aussi son verdict. L'attitude de Chesnelong allait être, dans les deux cas, bien différente.
La majorité de la Chambre avait accueilli avec étonnement et réserve la réforme du 19 janvier. Pour la droite, elle dépassait les limites des sages concessions ; les républicains de gauche, y voyant un moyen de consolider l'Empire, présentaient comme un leurre les libertés qu'elle promettait. Chesnelong y voyait un acheminement vers un régime de liberté dont pourrait profiter l'Église ; le jour venu de l'interpellation, il résolut de la défendre.
Se séparant plus que jamais de la droite bonapartiste aux tendances césariennes, il chercha à établir que l'Empire devait se confier, d'une part, h la force morale des cro\^ances religieuses, et, de l'autre, aux salutaires énergies d'une liberté loyale et sagement réglée (2).
(1) M. Emile OUivior déclina aloi's cette proposition, qui, le transformant en lieutenant du ministre d'État, M. Roiiher, l'aurait empêché de soutenir ses idées libérales. — Cf. Pierre de la Goree Histoire du Second Empire, t. V. p. 348.
(2) Il écrivait alors à son collègue, ^[. de Mackau : i- Ce que jo voudrais, c'est ime politique moralement conservatrice et sagement libérale, disant nettement ce qu'elle veut et ce qu'elle repousse, procédant par une marche ré;:;ulicrement sui\ie dans une voie nettement tracée, où lo progrès du lendemain fût préparé par lo travail do la veille, ayant de la tenue et de l'esprit de suite, déployant oarrén\ent son drapeau, homogène dans ses actes et dans ses tendances. C'est ainsi qu'on créerait une véritable force de gouvernement. Cette force
Cela ne faisait le compte, ni de l'extrême gauche, ni du cercle de la rue de l'Arcade (1).
Des deux côtés, on se mit à l'invectiver, lui reprochant sa candidature officielle et le servage qu'elle impUquait.
L'orateur pâlit sous l'insulte : « Messieurs, s'écria-t-il, je n'accepte pas que le patronage accordé par le gouvernement aux candidatures puisse être considéré comme un amoindrissement de leur mandat ou un embarras pour leur indépendance... Quant à l'indépendance, c'est une qualité de l'âme, ce n'est pas le privilège d'une opinion... Il y a quelquefois plus d'indépendance à soutenir le gouvernement qu'à le combattre. Notre conscience n'appartient qu'à nous et à Dieu. Personne ne nous l'a demandée, nous ne la livrons à personne. Le gouvernement nous a accordé un appui, nous lui apportons un
pourrait manquer demain, si on ne s'en préoccupait pas dès aujourd'hui.
1.11 y a trois faits qui me frappent avec un caractère saisissant d'évidence. Le premier, c'est que notre société démocratique doit puiser la vie à la grande source des croyances religieuses, si elle veut se fonder dans des conditions durables d'ordre, de dignité morale et d'a\'enir. Le second, c'est que, politiquement, il n'y a, en dehors de l'Empire, que l'anaçchio des compétitions rivales et le chaos dans la ruine. Le troisième, c'est que l'Empire, pour rester en harmonie avec les be-soins du temps présent, doit .se constituer, non pas à l'état d'autocratie césarienne, mais de monarcliie constitutionnelle et progressivement libérale. Je voudrais donc que le gouvernement, secondant le dévelojîpement des influences chrétiennes, et se prêtant avec une sage mesure à celui des institutions libérales, formât ainsi un faisceau de toutes les forces morales et vivantes du pays, en donnant satisfaction à la fois aux hommes qui ne séparent ni la religion de la société, ni la liberté de l'ordre. Et je voudrais que, sur ce terrain, tous les con.'^ervateurs libéraux et tous les libéraux conser\ateurs, sans être désormais, ni arrêtés par des défiances, ni découragés par l'incertitude, ni séparés par dos malentendus, se réunissent loyalement pour soutenir sans arrière pensée le gouvcmomcnt marchant dans les voies d'ordre, d'honnêteté et do vrai progrès. Tout cela serait possible, et tout cela serait le salut de l'avenir. » — Lettre inédite, de février 18G7.
(\) Réunion composée des membres les plus avancés de l'extrême droite bonapartiste.