‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 40 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

concours, et ce concours est honorable, parce qu'il est absolument désintéressé. » Puis, se tournant vers la gauche, dont l'attitude l'avait spécialement blessé : « Mon mandat vaut le vôtre, Messieurs... Si le pouvoir a été favorable à mon élection, vous avez eu, vous, toutes les ressources réunies de l'opposition (1). »

Le débat sur les affaires extérieures, ouvert le 14 mars 1867, allait montrer une fois de plus comment Chesnelong savait défendre contre toutes les influences la liberté de ses opinions. La discussion qui se déroula devant le Corps législatif établit avec évidence qu'après avoir fait l'unité italienne au détriment de la France, la politique impériale venait de laisser faire contre nous, et en y coopérant indirectement, l'unité allemande. Rouher eut beau la défendre avec autant de souplesse que d'énergie, il ne parvint pas à modifier l'opinion de l'Assemblée.

Fallait-il répondre à ce plaidoyer, et condamner devant le pays des agissements qui, après l'avoir amoindri pouvaient l'exposer aux dermers périls ? Un homme illustre qui, sans prendre rang dans une fraction déterminée de la Chambre, était le principal orateur de l'opposition, M. Tlîiers, le crut.

Sa longue harangue, où il détailla jusqu'à la satiété tout ce qu'on aurait dû faire et tout ce qu'on n'avait pas fait, produisit sur la Chambre une impression de fatigue ; seule, la fameuse phrase qu'il jeta en quittant la tribune : « Il n'y a plus de faute à commettre », souligna d"un trait énergique la gravité de la situation.

Plus d'un député avait mis en doute l'opportunité de son discours. On se disait que, tant de choses

(1) Cité par M. de Marcey, op. cit., t. I, p. 8U.

CHE3NKLCNG. — C.

étant consommées, peut-être le silence, l'attitude résignée, le recueillement, valaient-ils mieux que le rappel de fautes impossibles à réparer, ou l'expression de regrets nécessairement inefficaces. Tel fut le sentiment de Chesnelong. Très sévère pour la politique extérieure des dernières années, il vota silencieusement l'ordre du jour pur et simple demandé par le gouvernement, afin de ne pas trop irriter en France la fierté nationale par la constatation de notre abaissement diplomatique, et consentit à jeter un voile sur les fautes, pour ne pas. accroître les risques.

D'ailleurs, l'occasion de parler ne se fit pas attendre. Il s'agissait, cette fois, de défense religieuse. L'heure était venue de protéger les Frères des Écoles chrétiennes contre les entreprises de M. Duruj^ récemment préposé à l'Instruction publique.

LilH'e-penseur militant, actif jusqu'à l'agitation, honnête pourtant et faisant d'ordinaire plus de bruit que de mal, ce ministre, dont Rouher disait : « C'est un hanneton dans un tambour, » s'était mis en tête d'astreindre au service militake tous les instituteurs congréganistes, non employés dans les écoles publiques. Le projet était dangereux. Que, plus tard, on expulsât les religieux des écoles de l'État, ils étaient tous condamnés à passer par la caserne, et le recrutement de leur institut était sérieusement entravé.

Avec plusieurs de ses collègues catholiques, Chesnelong présenta un amendement établissant, au sujet de l'engagement décennal qui dispensait les instituteurs du service militaue, une capacité identique en faveur des écoles publiques et des écoles libres, pourvu que celles-ci fussent bien tenues et eussent un nombre suffisant d'élèves. Son discours, d'une logique serrée, très nourri de faits historiques, eut le don d'irriter le ministre : « Le pays, péclara M. Duruy, ne comprendra jamais qu'avec dix

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