CHAPITRE IV
s'expliquer par la réserve commandée à sa situation, et qui tenaient souvent aussi à l'indécision de ses desseins. )) (1)
L'empereur était, de fait, indécis sur Fattitude à prendre vis-à-vis du mouvement garibaldien. S'il se sentait engagé d'honneur à couvrir Rome, et s'il ne lui déplaisait pas d'afficher devant l'Europe une énergie capable de racheter sa passivité dans les affaires allemandes, il lui répugnait, d'autre part, en cas de résistance de l'Italie, de faire la guerre à une nation qu'il avait créée et de paraître ainsi détruire son œuvre.
Au reste, les avis de Chesnelong étaient combattus, dès le lendemain de l'entretien de Biarritz, par le chevalier Nigra, chargé par son gouvernement d'empêcher à tout prix une nouvelle occupation française du territoire pontifical, et de faire substituer, en faveur du Souverain Pontife, l'intervention du gouvernement de Florence à celle de Napoléon. Pendant plusieurs semaines, les amis de la papauté vécurent dans une attente pleine d'angoisse.
Chesnelong écrivait alors : « J'ai les yeux tournés vers Paris avec une fiévreuse anxiété, et les hésitations du gouvernement me font peur pour l'honneur de la France. Dieu veuille nous épargner la honte d'une odieuse félonie !... Mais j "espère ; je comprends même l'hésitation dans une certaine mesure. Il y a eu un tel enchevêtrement, que toutes les résolutions sont graves de conséquences formidables. Le pire serait de subir la violation des engagements pris envers la France et la mise en échec du vieil honneur français par une bande de forbans. Ce serait le derniei degré de Taplatissement et une abdication fatale ! Que Dieu inspire l'empereur ! » (2)
(1) Mémoires) inédiU>, t. I, p. 104.
(2) Lettre inédite, du 20 octo))re 1807, à M. Clianipetier de Ribes.
Dieu lui inspira de faire embarquer enfin un corps expéditionnaire pour arrêter l'insolence de Garibaldi. dont l'Italie était décidément complice. La petite armée du général de Failly se joignit, le 3 novembre, aux troupes pontificales commandées par le général Kanzler. Le jour même, les Garibaldiens étaient défaits à Mentana, et le pape, délivré de ces sinistres agresseurs, rentrait en possession paisible de son reste de souveraineté.
Au lendemain de ce grand acte, le Corps législatif reprenait ses séances. Dans le discours d'ouverture, l'empereur parla noblement de la nouvelle intervention de la France. Fier du succès de nos armes, il ne semblait pas, au surplus, décidé à se compromettre davantage vis-à-vis de l'Italie, et. revenant à sa politique de bascule, il sembla annoncer que les troupes d'expédition ne tarderaient pas à être rappelées en France ; quant aux garanties du pouvoir pontifical, les puissances européennes auraient à les rechercher de concert, au cours d'une conférence réunie à cet effet.
C'était la remise en question du sort de la papauté. Ainsi ne l'entendaient, ni Chesnelong, ni ses amis.
Le cercle de son intimité s'élargissait de plus en plus. Outre MjVI. Larrabure et Etcheverry, il comprenait notamment un député de l'Orne qui devait devenir un dts principaux appuis de la cause catholique, M., le baron de Mackau.
Sept ou huit autres députés s'étant joints à eux, ils demandèrent à interpeller le gouvernement sur sa politique à l'égard de Rome. Ils se plaignaient que l'empereur ne voulût pas assez faire en faveur du pape. Estimant, au contraire, qu'il avait trop fait, Jules Favre et son groupe avaient, eux aussi, déposé une demande d'interpellation, afin d'envenimer les récriminations de la gauche contre rÉghse et le pouvoir qui refusait de Fabandonner.