‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 45 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le discours fut couvert d'applaudissements ; de plus, après avoir écarté l'interpellation de Jules Favre, la Chambre renvoya au gouvernement celle de Chesnelong et de ses amis, ce qui était la seule manière de marquer qu'elle y adhérait. Pour la seconde fois, l'orateur catholique avait triomphé,. par l'ascendant de son ardente parole et la puissance de sa foi, du sophiste aidé de toutes les ruses du métier jointes au prestige du talent.

Au nom de la gauche, Jules Simon donna la réplique à Chesnelong, mais sans modifier l'opinion de la Chambre ; puis ce fut au ministre des Affaires étrangères, M. de Moustier, de se prononcer sur les projets du gouvernement. Il le fit en termes ambigus, qui ne satisfirent personne, sauf peut-être l'empereur, qui, mis en demeure de dépouiller le personnage à double face qu'il jouait depuis de longs mois, luttait désespérément afin de prolonger l'équivoque. Elle avait décidément trop duré, non seulement pour les catholiques, mais pour tous les députés soucieux de l'honneur du pays.

On sait avec quel éclat M. Thiers avait, une première fois, défendu la cause du pape au Corps législatif. A ses yeux, les circonstances donnaient des chances de succès à une nouvelle intervention. Le 4 décembre, il monta à la tribune, et, rendant justice aux dispositions qui avaient décidé l'expédition de Mentana, proposa, siu" les affaires italiennes, une politique qui, au moins par les apparences, côtoyait de ])rès celle de l'empereur. La majorité bonapartiste applaudit. Se voyant maître de la Chambre, M. Thiers passa des concessions aux insinuations, puis aux conseils, et finit par prendre Tattitude, non plus d'un orateur d'opposition, mais d'un chef de cabinet dictant ses volontés.

Après avoir démontré qu'il faut en finir avec la

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révolution italienne, il indique expressément au gouvernement ce qu'il doit dire à la cour de Florence.

c( Vous n'avez jamais voulu comprendre mon langage? jamais ? Eh bien, cette fois je vais tâcher de le rendre tellement clair, que ceux mêmes qui ne veulent pas comprendre seront forcés de comprendre. Sachez bien que, dans aucun cas, je ne vous abandonnerai le pape... J'ai eu le tort de vous laisser envahir, non seulement les Marches et la Romagne, mais l'Ombrie, qui était nécessaire au pape pour vivre... Ce qui lui reste, il le conservera, et, que je sois à Rome ou que je sois à Civita-Vecchia, ou à Toulon, tenez pour certain que, dans aucun cas. ni par les moyens moraux, ni par les moyens immoraux, vous ne jDourrez le lui enlever. Jamais, dans aucun cas ! »

Et, avisant le ministre d'État, M. Rouher, à qui s'adressait particuhèrement la leçon, il ajoutait : « Savezvous ce qu'on dirait dans le monde, si vous laissiez consommer le crime de l'Italie ? On dirait ceci : La conduite de la France à l'égard du pape a été une longue perfidie. »

La Chambre applaudissait à outrance.

Impossible au ministre Rouher de se soustraire à des engagements positifs. Il consulta longuement l'empereur, et, le lendemain, parut à la tribune, décidé à prononcer les paroles que semblait réclamer le Corps législatif. Il n'avait qu'un moyen de ravir à M. Thiers son succès. C'était de s'approprier tout ce que la majorité avait applaudi. Il commença par stigmatiser, avec plus de véhémence encore que ]\I. Thiers, les menées révolutionnaires au-delà des monts. Garibaldi, Rattazzi, Victor- Emmanuel lui-même furent rudement traités. Plus la réprobation était énergique, plus retentissaient les acclamations. Effrayé de sa marche en avant, le ministre semblait-il vouloir, de-ci de-là, revenir à la politique tortueuse du maître, l'Assemblée se refroidissait tout à coup, et son iïnpéricux silence obligeait l'orateur à accentuer

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