CHAPITRE IV
ses engagements. Il en vint, lui qui avait si longtemps dominé la Chambre, à subir la loi de la majorité et à présenter comme sienne la seule doctrine que les députés consentissent à applaudir.
Il fallait résumer le discours en une franche déclaration : « Jamais, s'écria M. Rouher, jamais l'ItaUe ne s'emparera de Rome ! Jamais la France ne supportera une telle violence faite à son honnem* et à la catholicité ! » Sur ces mots, il descendit de la tribune, épuisé de son effort et acclamé frénétiquement.
On avait obtenu une parole formelle en faveur de Rome. Les exigences croissant avec le succès, on voulut de nouvelles précisions. Les applaudissements à peine calmés, Berryer, le vieux champion de la foi chrétienne et royaliste, s'approcha de M. de Moustier et de M. Rouher : « Par le mot « Rome », dit-il, entendez-vous la ville seule, ou tout le territoire pontifical ? — Nous entendons tout le territoire actuel, » répondirent les ministres, et M, Rouher dut remonter à la tribune, afin de notifier cette réponse à la Chambre.
Cette fois, le gouvernement et le Corps législatif étant absolument d'accord, l'interpellation de Chesnelong sur la question romaine, origine de cette grave discussion, n'avait plus d'objet. De concert avec ses amis, il consentit à la retirer ; mais, désirant couper court à toute tentative de retour en an-ière, il voulut expliquer lui-même à la Chambre son changement d'attitude.
« M. le ministre d'État, dit-il, a déclaré que jamais le gouvernement français ne consentirait à laisser l'Italie s'emparer de Rome, et, dans une déclaration complémentaire, il a ajouté que le teriitoire actuel du Saint-Père serait aussi inviolablement préservé que la ville de Rome elle-même. M. le ministre d'État a déclaré, en outre, que l'attitude passée, que l'acte récent du gouvernement de l'empereur indiquent assez les vues qu'il apportera dans
la conférence, et j'en tire cette conséquence que, pi un nouvel acte international intervient, cet acte consacrera la souveraineté temporelle du Saint-Père, sans infirmer en rien ce qui est garanti par la Convention du 15 septembre. Il a déclaré enfin que, dans le cas où la conférence n'aboutirait pas, la Convention du 15 septembre serait maintenue, et que le gouvernement français déploierait toujours la même énergie pour garantir la loyale interprétation de cette Convention et en assurer la fidèle exécution. Eh bien ! en présence de ces déclarations, comme de celles qui les ont complétées et que je ne rappelle pas, nous n'avons que des remerciements à adresser au gouvernement, et nous retirons nos interpellations, parce que la réponse du gouvernement nous a donné la satisfaction que nous désirions obtenir.
« Voici, dans un dernier mot, ce qui nous paraît résulter, et de nos interpellations et de la réponse qui leur a été faite : La révolution en Italie est carrée ; elle dit : Je veux Rome ! Eh bien, le gouvernement, par ses déclarations, et la Chambre, par l'adliésion éclatante qu'elle leur a donnée, s'accordent pour répondre : Vous ne l'aurez jamais ; vous trouverez toujours sur votre chemin l'empereur et la France à côté du pape, comme un obstacle que vous ne briserez pas. Messieurs, cette parole de préservation, la Chambre l'a déjà saluée de ses applaudissements ; j'ose dire que la France la saluera des mêmes acclamations (1). »
Ces paroles répondaient au sentiment de tous les diplomates et de tous les catholiques de France : « A quoi bon la conférence ? disait peu après M. de Bismarck. Au lieu de nous soumettre un programme, M. Rouher
(1) Parolia prononcées par M. Cheanclong, député au Corpa législatif, dans la séance du ô décembre 18G7, sur hs mêmes interpellations. — Orthez, Coude-Duniesnil.