‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 47 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

a tranché la question. » (1) Et, le lendemain de la déclaration provoquée par lui, M. Thiers, abordant Mgr Dupanloup, lui serrait la main avec effusion, en lui disant : « Eh bien ! la conférence est inutile : le pape est sauvé ! »

On le croyait alors, et Chesnelong plus que personne. Comment sa loyauté aurait-elle prévu que, moins de trois ans plus tard, l'Italie, profitant de nos revers, violerait, une fois de plus, sa parole, et mettrait la main sur l'héritage momentanément sans défense du vicaire de Jésus-Christ ? (2)

Ces joutes oratoires fortifiaient le talent du député d'Orthez. Le lendemain de son dernier grand discours, le Figaro, dont cette mâle éloquence choquait le dilettantisme avait persiflé le récitateur, incapable, selon lui, de soutenir avantageusement les chocs soudains de l'escrime parlementaire. Quelques jours après, il était contraint de désavouer ce jugement. Chesnelong écrivait alors: (( Obligé de motiver le retrait des interpellations, je suis monté soudainement à la tribune, j'ai dû obtenir le silence d'une Chambre profondément agitée; et le rédacteur du Figaro,(:\m m'avait démoli la veille, m'a reconstruit le lendemain, à sa façon. Ceux de mes collègues qui disaient complaisamment : « Il sait faire un discours écrit,

( 1 ) Dépêche de M. de Launay au général de Menabrea, 20 octobre 1S(17.

(2) Pie IX avait remarqué le dévouement de Chesnelong à sa cause, et en avait exprimé sa satisfaction.

Celui-ci adressait, le 18 décembre, à sa femme, les lignea suivantes :

< Voici ce qu'écrit de Rome un parent, un frère, je crois, de M. de Falloux, prêtre attaché à la cour romaine, à jM. de Mackau. son parent :

< Je suis chargé par le Saint -l'ère de vous envoyer mille bénédictions pour vous tous, mais très particulièrement pour M. Chesnelong, dont le talent a été digne de la sainte cause qu'il a si noblement, si énergiquement défendue. Il a été môme théologien, et du ineilleiu- aloi. > Es-tu contente ? me voilà bien en cour papale. J'espère que ces bénédictions porteront bonheur à nous tous, et en particulier à nos chers enfants. «

mais ce ne sera jamais un lutteur, il manque d'imprévu, » ont reconnu que je n'avais manqué ni d'aplomb ni de spontanéité, ni même d'autorité... et je crois pouvoir dire que Dieu m'a fait un succès franc (1). »

Au reste, les occasions se multipliaient d'assouplir ses facultés.

Quelques jours après la clôture du débat sur la question romaine, s'ouvrit la discussion sur le projet de loi militaire secrètement élaboré depuis Sadowa. Après s'être imprudemment félicité des agrandissements de la Prusse, « dont il ne fallait pas prendre ombrage, » l'empereur sentait le pressant besoin de réorganiser son armée, afin de parer à tout événement.

Lorsque, s'inspirant du système allemand, il fit proposer une loi militaire réduisant la durée du service actif, mais instituant une garde mobile ou armée de seconde ligne, tous les républicains s'élevèrent contre l'augmentation des effectifs. Jules Favre osa dire que compléter les armements de la France, c'était faire de la « politique de haine, » et qu'il fallait y substituer une politique « d'expansion et d'abandon. »

(1) Lettre du 7 décembre 1867, citée par M. de Marcoy, op. cit. t. I, p. 122. — Un témoignage très inattendu vint alors apporter à Cliesnolong un précieux encouragement. Ecrivant à un de ses amis, le 7 décembre 1867, M. de Falloux lui faisait cette reoonmiandation : « Aie la bonté de dire à M. Cliesnelong qu'un admirateur inconnu de lui lui adres.se les remerciements les plus sincères. On ne pouvait plus coniplctement et plus éloquemment répondre à dos passions que je n'aiuraia pas cru voir reparaître à votre tribune avec l'accent qu'elles y ont apporté. Tu poux affirmer à M. Chesnelong que, s'il y a, loin du Corps législatif, quoique vieux député qui regrette de ii'Ctre plus là pour défendre ses vieilles cuiLses, il doit se sentii* bien consolé en retrouvant .ses propres sentiments dans une V)ouche plus jeune et dans un cœur .'îi vaillant. J'aurais aimé i\ féliciter directement M. Chesnelong, mais j'ai craint de lui paraître indiscret, et je suis sûr de no pas le devenir en passant par tes mains. » (Lettre inédite.)

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