‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 48 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Thicrs lui-même, ne croyant pas à la proximité d'une guerre, traitait de fables les récits de Ducrot et de Trochu sur le chiffre formidable des contingents allemands. Le Congrès de la Paix, qui s'était réuni le 8 septembre, comptait nombre d'adhérents sur les bancs de la Chambre.

Contre ces puissances parlementaires, le maréchal Niel avait lutté presque seul pendant l'élaboration du projet de loi. Le jour venu de la discussion devant la Chambre, Chesnelong ne craignit pas de braver l'impopularité pour affirmer ses convictions patriotiques. Regardant Thiers bien en face, il interrogea ses collègues : <( N'est-ce pas un fait, Messieurs, quoi qu'on puisse dire, que la Prusse, dans les dernières campagnes, a pu mettre en ligne une armée de plus de cinq cent mille hommes ? N'est-ce pas un fait que, depuis ses annexions et ses alliances récentes, elle peut disposer de forces plus considérables ? N'est-ce pas un fait qu'avant son dernier désastre, l'Autriche avait des forces au moins égales, et C£ue la Russie en possède de plus considérables encore ? Et, je vous le demande. Messieurs, dans la situation géographique de la France, avec l'étendue de ses frontières et la nécessité d'avoir à se couvi-ir de plusieurs côtés à la fois... ne devons-nous pas tenir à ce que nos forces soient au moins égales à celles des autres puissances européennes ? Certes, ce n'est pas là une pensée d'agression, c'est une pensée de prévoyance patriotique... Un grand pays n'est jamais assuré de la paix, s'il n'a derrière ses paroles la force suffisante pour les appuyer. »

Larrabure avait élit, de son côté : « Je vous le demande en grâce. Messieurs, n'imitons pas (quant aux préparatifs de guerre) l'Autriche, mais la Prusse ; soyons prêts pour Sadowa, la veille, et non pas le lendemain ! »

De telles paroles, jointes aux instances du maréchal Niel, eurent raison de l'optimisme de la Chambre. La loi

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militaire, atténuée il est vrai et incomplète, fut votée le 14 janvier 1868, trop tard pour que le pays pût l'appliquer en temps utile, et être prêt à l'heure du danger. Du moins Chesnelong. conscient du service rendu, revendiquera-t-il fièrement la part qu'il y a prise, lorsque ses électeurs de 1869, aveuglés sur le véritable caractère de son rôle, lui reprocheront son intervention.

Le programme libéral du 19 janvier 1867 comprenait une loi sur la presse et une loi sur le droit de réunion. Le projet de loi sur la presse vint le premier en discussion. Il était très impopulaire auprès des bonapartistes de l'extrême droite, et il fut ardemment combattu par l'un d'eux, M. de Benoist, député de la Meus3. Peu favorable au régime discrétionnaire de 1852, qui, en protégeant le gouvernement contre des critiques parfois justifiées, laissait le champ libre aux attaques les plus iniques contre les croyances religieuses et les principes sociaux, Chesnelong s'était fait inscrire pour défendre la loi proposée, lorsqu'on apprit que l'empereur, ébranlé par l'attitude violente de l'extrême droite, travaillait à faire retirer l'article premier, qui contenait la disposition essentielle.

A cette nouvelle, la majorité se débandé ; tout porte à croire que l'effort libéral va échouer, lorsque Chesnelong, renonçant à son tour de parole, va trouver ses collègues, les raisonne, les encourage, les ramène au combat, si bien que le discouis de M. Rouher, revenu pour soutenir l'ensemble de la loi de la part de l'empereur qui se ravise, est presque universellement acclamé. Autorisation préalable et répression administrative supprimées, cautionnement réduit de moitié sur celui qu'exigeait la loi de 1835, fiscalité atténuée pour le timbre, pénalité des anciennes lois maintenue sans aggravation, telles étaient les conquêtes auxquelles avaient contribué le sangfroid et la persévérance de Chesnelong.

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