‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 50 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

quelque autre député ou ministre qui lui ménageait une soirée où, tout en concertant des plans d'action politique, on goûtait la joie très pure de se sentir compris et sûr d'un appui au jour du combat.

Toutefois, rien ne le console tout à fait de l'absence des siens. Après un court séjour à Paris, en avril 1867, ]\];me Ghesnelong, rappelée à Orthez pour l'éducation de ses plus jeunes enfants, a dû le laisser seul, aux prises avec les affaires.

De plus en plus apprécié à la Chambre, en possession d'un talent qui s'affirme de jour en jour, entouré de l'estime des catholiques, il pourrait jouir du succès si promptement conquis, tout en escomptant un avenir plus brillant encore ; mais il a besoin de plus intimes félicités, et il le déclare à sa femme dans une lettre qui, mieux que toute autre, révèle l'insuffisance des succès humains ;

« Je rentre de la grand'messe de Saint-Roch. Elle a été chantée de façon splendide. Je me suis rappelé mon bonheur de l'an dernier, lorsque vous étiez, Marie et toi. près de moi, et qu'ensemble nous allions à des cérémonies semblables. J'ai senti une larme mouiller ma paupière.

» Vraiment, tu t'imagines peut-être que je suis bien heureux ici, que le mouvement des grandes affaires m'emporte, que le retentissement de mon mon m'enivre, que les témoignages très marqués d'estime et de faveur dont je suis l'objet, de la part des personnes les plus hautement autorisées, remplissent le vide de mon âme et n'y laissent place que pour la satisfaction. Comme tu te trompes ! Oui. j'ai des heures de surexcitation, mais j'ai aussi bien des moments de tristesse. Le cœur souffre ; les bonnes affections de la famille lui manquent. Je n'ai, Dieu le sait, aucune sorte d'ambition personnelle. Je ne désire qu'un rane estimable à la

Chambre. J'ai plus que cela ; mais je ne me sens pas la force' et le talent du rôle qui me revient. Je n'ai pas toute la puissance de travail nécessaire. Tant de préoccupations, de visites, d'occupations, m'assaillent et m'énervent. Ma santé, toutefois, est très vigoureuse. Je poursuis, sans défaillance, le bon combat (1). «

Séparé de sa famille par deux cents lieues, privé des caresses qui l'am'aient réconforté après ses journées de labeur, il confie, du moins, à la poste, ses pensées et ses effusiors : « A toi d'abord, ma bien aimée Ernestine, toutes les assurances de ma tendresse et tous mes vœux de bonheur ! C'est dans ton cœur que le mien se complaît à vivre. De toi, il ne m'est jamais venu que des satisfactions. Tu es la joie de ma vie, l'honneur de mon fojei ; tu es l'épouse aimante et aimée, la mère tendre et dévouée, la femme pieuse et toute bonne, la vraie chrétienne selon le cœur de Dieu. Tu es ma fierté et mon bonheur. Ma vie est faite de la tienne, et mon bonheur se compose du tien. Que Dieu te rende en santé et en satisfactions de cœur tout le bien que tu m'as fait et toutes les joies que tu m'as données ! »

Après C[uelques paroles d'affection pour sa sœur Félicia, u une des bénédictions du cher foyer, » il continue, à l'adresse de son fils aîné :

« Merci, bien cher Joseph, de ta dernière lettre ! Ton cœur s'y révèle tout entier. Je suis fier de toi et heureux par toi. Chef de maison avant l'âge, presque chef de famille, tu as le culte du devoir, Tamour du travail ; tu es un modèle pour tes, jeunes frères, et pour moi une joie et une consolation. On est si heureux quand l'estime et la confiance vont où est déjà la tendresse ! Tu me procures cette satisfaction profonde et rare ; que Dieu t'en récompense ! Moi, mon enfant, je te remercie et je

(l) Lettre inédite, liu 25 déceinbro 1SG7.

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