CHAPITRE IV
te bénis, de cette bénédiction du père qui porte toujours bonheur, et qui, pour les âmes telles que la tienne, est un encouragement et une force (1). » Et la même lettre porte aux autres enfants, Marie, « le petit Emile, » Céleste, la jeune Louise « au minois charmant et étonné,» le souhait et le conseil qui conviennent à leur âge.
L'attachement de Chesnelong pour le foyer béarnais le porte à défendre, avec un zèle toujours en éveil, les intérêts de la petite patrie. Le 4 août 1867, il a été élu pour la troisième fois, à l'unanimité des suffrages, conseiller général du canton de Salies.
Trois semaines plus tard, on distribuait aux instituteurs de l'arrondissement d'Orthez des récompenses pour les cours d'adultes, ouverts et dirigés par eux. Le préfet confia à Chesnelong la présidence de la réunion. On" sait à quel point le passionnaient les questions d'enseignement. Plus d'un publiciste, à la fin de l'Empire, se donnait volontiers la tâche d'émanciper l'instituteur de « la tutelle du curé, » et des ministres comme Duruy ne ménageaient pas à l'entreprise leurs encouragements.
Chesnelong prévoyait-il déjà le règne de l'école athée ? Il a soin, en tout cas, de prévenir les instituteurs contre la morale indépendante que l'on commence à leur prêcher, et dont on les sollicite parfois de se faire les apôtres.
Après leur avoir rappelé l'importance et les difficultés de l'éducation : « Vos flatteurs, dit-il, affirmeront peut-être que vous pouvez seuls suffire à cette tâche. Vos vrais amis sont tenus de vous dire que l'œuvre est trop haute pour que l'effort de l'homme n'ait pas besoin d'y être fécondé par la collaboration de Dieu.
» Vous ètes-vous rendu compte du phénomène de la création de la richesse matérielle ? J'y vois entrer
(1) Lettre inédit*', du 30 déoenibix? 1S67.
trois éléments : la terre, qui est le fonds primitif, pourvu de forces inconscientes qui attendent le travail humain pour s'éveiller et se régulariser ; le capital, qui est la valeur accumulée par les réserves des générations antérieures ; le travail, enfin, qui est l'effort présent et personnel s'appliquant à favoriser, avec le concours du capital, la germination mystérieuse du sol. Mais, vienne à manquer ce qui ne dépend ni du sol ni de l'homme, ce qui pourtant est nécessaire pour assurer la fécondité de l'un et l'efficacité du travail de l'autre, le rayon de soleil que le cultivateur attend avec une impatience anxieuse et sur lequel repose l'espoir de sa moisson, la production du sol est frappée de stérilité, et le labeur de l'homme est frappé d'impuissance.
» Ainsi en est-il pour la création de la richesse morale. Oui, le cœur de l'enfant est là avec ses instincts confus, ses forces latentes et ses sourdes aspirations ; oui, la science est là, laborieusement enfantée par une succession persévérante d'efforts ; oui, le maître est là, armé de la science et de son activité personnelle pour façonner le cœur de l'enfant et en faire surgir toute une riche moisson de sentiments honnêtes et de vertus généreuses. Mais tout cela ne suffit pas : il y faut encore le rayon de Dieu, ce qui ne se crée ni par loi, ni par décret, ce qui n'est ni une donnée de la science, ni une conquête de l'homme, ce qui est la part que Dieu s'est réservée dans cette œuvre sublime qui s'appelle l'éducation d'une âme humaine ; il y faut l'action de la religion, et, pour la seconder, il vous faut à vous-mêmes, Messieurs, l'esprit de foi et de dévouement. Vous devez donc être, pour l'éducation morale des enfants, des auxiliaires respectueux de la rehgion. Honorez-vous de ce rôle. C'est en l'acceptant loyalement dans les devoirs qu'il vous trace comme dans les forces qu'il vous donne, que vous contribuerez à préparer des générations d'hommes