‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 54 sur 302 · CHAPITRE IV lui · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV lui

Au. reste, il n'oublie pas qu'il est l'homme de ses électeurs béarnais. On vient de proposer au Corps législatif la fondation d'une caisse pour le développement des chemins vicinaux. Il s'agit d"un intérêt provincial et local : malgré son extrême fatigue, l'énergique député ne se dérobera pas.

La matière ne demandait pas une longue préparation oratoire ; mais, se sentant à bout de forces, Chesnelong n'avait rien voulu livrer aux basai ds de l'improvisation.

ce prêtre, que Chesnelong prenait volontiers, pour conseiller religieux. Nous la citons en partie.

u Je serai bien heureux de vous voir porter à la tribune du Corps législatif la question de la liberté de l'enseignement supérieur. C'est là un intérêt social de premier ordre, et il reposo sur deux h)ases indestructibles : les droits de la famille et les droits de la religion. D'ailleurs, en ne réclamant que le droit commun sous la surveillance de TÉtat, vous restez fidèle aux principes de la société moderne, et je ne vois pas les objections sérieuses que votre thèse aurait à redouter, soit de la gauche, soit du gouvernement.

» Je me garderai bien de traiter la ciuestion, comme von/> jri'y invitez. Là-dessus, et sur bien d'autres choses, vous en savez plus long que moi. Seulement, si j'étais à Paris, je v^ous chercherais des matériaux, — et ce serait très facile, — dans les discussions qui ont eu lieu sur la liberté de l'enseignement primaire ou secondaire. Théoriciuement, tous les arguments en faveur de cette liberté peuvent être revendiqués, tantôt a pari, tantôt a fortiori, pour la liberté de l'enseignement supérieur. De plus, il y aurait à rechercher les aphorismcs des maîtres qui parleront alors. Cette autorité corroborée par l'autorité supérieiu* de l'expérience — car les faits sont venus prouver la parfaite justesse des idées — donnerait à votre parole un caractère d'irréfiistible empire. La mauvaise foi des adversaires ne serait pas à l'aLse.

Il Mon cher ami, vous avez attaché votre nom, avec quoique gloire, à la question romaine. Vous avez déjà fait une campagne qui n'est pas sans honneur sur des questions d'enseignement. Pourquoi ne pas vous emparer do. cette belle thèse sur l'enseignement supérieur ? Vous voyez comme le mal grandit, malgré les dénégations plus ou moins sincères do M. Duruy, et malgré les démentis hypocrites des coupables mis sur la sellette. Vous souvient-il de ce que vous disiez un jour à ^I. Jules Simon sur la jeunesse qu'il enlevait à l'Église, et qu'il n'avait pu retenir dans la sphère honnête de la religion naturelle ? Hélas, il y a là un a-^pect de la question qui n'est pas à dédaigner. * — Lettre inédite, du 12 juin 1868.

Le 10 juin, il monte à la tribune, très maître de son sujet, mais un peu ébranlé par la terreur que lui cause, depuis peu, la parole publique.

Il fait un premier effort et prononce quelques phrases. Tout à coup, il se sent chanceler ; un coup de massue l'a frappé à la tête ; ses idées s'évanouissent, il balbutie, et, toutefois, avec un reste d'énergie, parvient à dire : «Je demande pardon à la Chambre... mais j'éprouve une sorte d'indisposition... »

« Reposez-vous ! » s'écrie-t-on de tous les points de l'enceinte. Il s'assied, mais tout son corps s'affaisse et ses gestes implorent du secours. On le conduit à son banc, on l'entoure ; finalement il sort de la salle, soutenu par quelques collègues.

Qu'était cet accident subit ? On crut, en général, à une syncope, et le président de la Chambre laissa entendre que l'orateur reprendrait la parole le lendemain. C'était, hélas ! l'aboutissement fatal de fatigues sans trêve accumulées pendant de longs mois ; c'était la congestion qui, un jour ou l'autre, abat quiconque abuse du travail intellectuel, ou supporte trop longtemps le souci des grandes affaires.

Après avoir hissé dans une voiture le malade presque sans connaissance, on le ramena chez lui avec des précautions infinies. Heureusement, dans -cet organisme très équilibré et très sain, aucune disposition constitutionnelle ne favorisait la marche du mal. Bientôt, une hémorrhagie intestinale, dégageant les centres nerveux, rendit au patient toute la liberté de sa pensée. C'était la crise qui allait conjurer le danger.

Il ne pouvait rester dans son appartement de la rue Louis-le- Grand, livré à des soins mercenaires. Mais comment annoncer à sa famille son retoiu* précipité, sans lui causer de cruelles alarmes ^ Coinnicnt surtout prévenir les récits des journaux qui allaient

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