‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 55 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

porter à Orthez la nouvelle de l'accident ? Le soir même, une fois revenu à lui, Chesnelong eut le courage de saisir une plume et d'écrire à sa femme pour la préparer à son retour. Après avoir parlé de sa subite défaillance de mémoire, il ajoute : « Le Moniteur me dira peut-être malade ; mais ne te préoccupe pas de ma santé. Je viens de subir seulement une humiliation qui m'affecte profondément, et que je ne m'explique pas. C'était une affaii'e insignifiante. J'étais parfaitement prêt, trop prêt peut-être. Enfin, Dieu l'a voulu. Puisse-t-il m'épargner dans mes affections et ne me châtier que dans mon amour-propre (1) ! »

Le lendemain, dans une lettre à M}^^ de Guérines, il avouait l'ébranlement profond dont il n'était pas remis, puis il exprimait les plus beaux sentiments d'humilité et de résignation. « C'est, disait-il, une catastrophe qui me prouve que je ne suis plus armé pour la lutte. Mon pauvre père avait raison jadis : j'aurais mieux fait de ne pas entrer dans la vie publique. Je suis résigné à tout : Dieu est le maître. J'ai mal fait son ouvrage, il me punit par où j'ai péché. J'examinerai devant lui ce qui me reste à faire pour l'avenir (2). »

A en croire les pressentiments de Chesnelong, sa carrière de député est finie ; mais Dieu a d'autres desseins. A part quelques deuils de famille, il a été constamment heureux. Il lui manque u ce je ne sais quoi d'achevé que le malheur donne à la vertu. >' Pour épurer cette âme d'élite, la Providence va lui appHquer le traitement divin de la douleur.

(U Lettre inédite, du 10 juin 1868.

(2) Citée dans Charles Chcsncloiiq, etr , t. 1, p. 168.

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