‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 59 sur 302 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

profit pour sanctifier de plus en plus son âme et celle des siens.

La famille était maintenant au complet. Fortifiée par les eaux de Cauterets, M""^ Chesnelong avait repris avec son dévouement habituel la direction de son intérieur ; Joseph étendait, par pon activité, la prospérité de l'entreprise paternelle ; Pierre venait de conquérir son diplôme de bachelier ; Hylas méritait les éloges du P. Mourey, le successeur de Lacordaire; Marie, Céleste et Louise répandaient autour d'elles le charme de leur innocence ; tous, après l'alerte du mois de juin, trouvaient dans la santé renouvelée du père un sujet de joyeuse expansion.

Aux yeux de Chesnelong, ces vacances de 1868 n'étaient pas seulement un repcs chèrement acheté : c'était, pour lui et lee siens, une veillée des armes. Ils allaient tous, dans quelques semaines, reprendre le joug d'austères devoirs. Ne convenait-il pas de se recueillir devant Dieu, afin de mesurer ses forces et de soUicitei , pour les luttes prochaines, le secours d'enhaut ? On résolut de faire une retraite en famille.

Cette entreprise peu banale réussit à souhait. La lettre suivante, adressée à M^^^ de Guérines, indique le détail des exercices suivis : « Nous sommes sortis très émus, et aussi très reposés et très confiants de notre retraite. C'était très simple. Nous allions tous ensemble à la messe, et nous y faisions une méditation dont j'indiquais le sujet. Dans le jour, à table ou ailleurs, nous traitions ensemble ce même sujet. Je parle des grands, mais les petits s'y mêlaient aussi, et non sans apporter leurs lumières. Nous ne recevions ensuite personne ; chacun allait à ses affaires. A un moment donné, nous nous réunissions tous dans la chambre de M"i^ Chesnelong,

aux pieds du grand Christ que vous connaissez ; nous récitions ensemble le chapelet, puis on s'asseyait, et je faisais, comment dirais-je ? une conférence, une méditation à haute voix, une instruction, donnez à cela le nom que vous voudrez ; toujours est-il que je versais mon âme dans celle de mes enfants. Après quoi, Ton s'agenouillait encore et l'on se dispersait. Avant de nous coucher, lecture d'un livre religieux plus ou moins, commentée, prière du soii en commun, examen de conscience. On se jetait au cou de père et de mère, et tout le monde allait dormir. Ainsi pendant la semaine. L'abbé Barbe nous a été envoyé du ciel pour le dimanche ; il a dit la messe pour nous à la chapelle de Moncade. et nous y avons tous communié, n'ayant bien réellement, ensemble et avec lui, que le cœur et l'âme des premiers chrétiens. La présence d'un tel ami et d'un tel prêtre nous a été particulièrement bonne ; elle nous a semblé comme la réponse de Dieu à nos prières, la rosée qui tombait sur notre toison, car nous ne l'attendions pas du tout. ]\Ies enfants sont dans le bonheur, ce qui est ici le synonyme de ferveur. Ils avaient participé à des retraites véritables, prêchées par des hommes de valeur, conduites par des saints, et ils prétendent qu'aucune ne leur a jamais procuré des impressions si profondes, si fortes, si douces... Et c'est une ardeur pour le travail et pour le bien qui me donne des larmes de joie. La divine vertu que la famille contient en elle-mêrhe, celle que Dieu y a mise quand il l'a faite à son image, cette vertu spéciale s'est véritablement répandue sur nous. » Pour moi, je sors de ce bain de piété rafraîchi et plus fort. J'en sors bien convaincu que je n'ai pas le droit de m'abandonner, à l'heure où nous sommes, à ces délices de la vie de famille que je viens de goûter dans leur plénitude, puisque je me sens la force de retourner au champ de bataille ou de labour ; bien résigné

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