CHAPITRE V
aussi à n'être que ce que Dieu voudra, à ne faire que ce que je pourrai, à savoir me taire, et cependant à oser parler, malgré les risques, si le moment vient où il soit manifestement utile de le faire (1)... »
Cette retraite avait affermi dans la paix le député aussi bien que le père de famille. Il venait de voir, dans la lumière de Dieu, que la prière et le sacrifice valent mieux, même pour le salut des empires, que la fièvre de l'activité extérieure ; il avait éclairé et complété les convictions de ses enfants ; il avait déposé en leur âme le germe des sentiments d'abnégation et de charité qui inspiraient sa propre vie ; les vacances pouvaient s'achever : les deux écoliers de Sorèze reprendraient l'étude avec une ardeur épurée par l'esprit de foi, tandis que les derniers nés embaumeraient le vieux foyer de leur souriante vertu.
Attentif à tous les détails de l'éducation de ses fils, Chesnelong faisait d'assez fréquents voyages à Sorèze, où il aimait à prier sur la tombe de Lacordaire. Le P. Mourey, directeur de la maison, avait su gagner sa confiance, et, dans le personnel enseignant, il comptait presque autant d'amis que de professeurs. L'un d'eux, Edmond Py, s'occupait spécialement de ses fils : ce fut l'origine d'une liaison que la mort seule devait rompre.
Avec la santé, le député d'Orthez sentait croître son besoin d'action. La lecture, même à la dose d'un volume par vingt-quatre heures, n'absorbait pas ses journées ; mêîne les travaux de la mairie d'Orthez lui laissaient des loisirs. Il en profitait pour revoii' et remercier les notables de la région dont l'influence l'avait envoyé à la Chambre, et qui prépai aient déjà sa réélection.
L'arrondissement d'Orthez semblait lui être acquis: il avait si amplement justifié, par des sei vices de tout genre,
( ! ) Citéo par ^[. dp Marcoy, op. cit.. t. 1, p. 190 et suiv.
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restaurations d'églises, soulagement d'infortunes privées, appui donné à nombre de capacités locales, la confiance des habitants ! Et ses compatriotes catholiques étaient si fiers de son intervention dans la question romaine !
Il était moins sûr de la fidélité d'Oloron. Cependant des hommes dévoués y travaillaient ardemment pour mi. M. Louis, riche bourgeois de la petite ville, et M. Barberen, président du tribunal civil, n'étaient pas seulement pour Chesnelong des électeurs influents, ils lui avaient voué une véritable amitié, et il ne manquait pas de reconnaître leurs services par de fréquentes et cordiales visites.
Cependant l'heure est venue, pour la législature de 1863, d'inaugurer sa dernière session.
Parti d'Orthez le 15 janvier 1869, notre député gagne Paris sans incident, s'installe sommak'ement, visite quelques intimes, et, dès le 18, jour de la rentrée de la Chambre, il est en séance (1).
Pour juger son attitude pendant les mois qui vont suivre, rappelons, en c^uelques mots, la situation générale, à ce déclin de l'Empire.
L'année qui vient de s'achever, délivrée des craintes de guerre qui avaient agité 1867, Ubre encore des terribles
( 1 ) La séparation de la famille, aprè.s tes longs mois d'intimité, a été epérialement pénible. 11 a écrit, le 17 janvier, à M""^ Chesnelong:
'■ Mo voici à Paris depuis deux heures. J'ai défait mes malles, organisé mon installation, placé à cAté de mon lit, non sans sentir une i^rosse larnie monter de mon cœur unies yen\, vos chères images. J'ai dépouillé la correspondance qui m'attendait ici : invitation de l'empereur pour une soirée de mercredi, du préfet de la Seine poiu- un gi'and bal de demain, de M. de Forcadc pour son premier dîner de rpinistre, après demain, mardi. Je me rendrai à la première et à la dernière ; mais on dansera à la préfecturo sans moi. J'ai trouvé aussi