CHAPITRE V
Orthez, soit à Oloron, soit sur d'autres points, des réunions de cinq cents à liuit cents personnes, et je me suis livré, bride abattue, à toute ma fougue d'improvisation, non seulement sans dommage, mais, si j'en juge par la satisfaction de mes amis et l'étonnement de mes adversaires, avec un réel profit (1). »
L'athlète avait raison de ne pas désespérer : le 26 mai, ses électeurs le renvoyaient au Corps législatif, avec une majorité de 5.500 voix.
Sans même jouir des félicitations de ses amis, il regagna immédiatement son poste de combat.
Rentré à Paris, il reprend possession du commode appartement de la rue Louis-le-Grand (2), et se remet sans retard à sa besogne coutumière. Suivons-le un instant dans le détail de ses habitudes intimes.
Levé à la première heure, il emploie toute la matinée à l'étude des questions soumises à l'examen de la Chambre et à la préparation de ses discours. Ponctuel comme un jeune clerc d'avoué, il sort chaque jour, après son rapide déjeuner, la serviette garnie sous le bras, et se rend au Palais-Bourbon, pour son travail de commission ou de bureau, qui précède la séance publique.
Arrivé dans la salle où siège le Corps législatif, au lieu de se joindre aux collègues qui font cercle autour du premier ministre, il monte ch'oit à son banc, dispose avec soin notes et documents, puis se met à écouter l'orateur, fût-il Glais-Bizoin, avec la même poUtesse
(1) Cité par M. de JlniToy, op. ci(., p. 220.
(2) Cet appartement était situé au n° 2. Il a\ait été occupé jndis par l'ancieu député de Pau, M. O'Quin.
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d'attention que si la tribune était occupée par Thiers ou Jules Favre.
Telle est l'affabilité de cet homme dont toutes les minutes sont prises, que le visiteur le plus importun le quitte sans soupçonner qu'il l'a dérangé. Et pourtant une immense correspondance augmente l'accablement de ses travaux législatifs. Soit empressement à obliger, soit haute opmion de son crédit, il reçoit quotidiennement des requêtes *de tous les coins des Basses-Pyrénées. Chaque lettre qui lui arrive en nécessite, de sa part, cinq ou six autres ; malgré tout, le dernier cantonnier de village le trouve prêt à soutenir ses intérêts.
Sa charité prend souvent une autre forme. Un jour, un ouvrier d'Aspe ou d'Ossau se présente chez lui en disant : « Monsieiu", on m'a dit que vous étiez notre député ; je suis sans le sou. « Et il se retire, convaincu qu'un député est un personnage fort utile aux pauvres hères sans travail.
Les soirées de Chesnelong ne lui appartiennent pas. Elles sont à ses amis, aux réunions officielles ou aux réunions de bienfaisance qu'on lui demande de présider. Il affectionne spécialement les réunions ouvrières ; on le voit, api es une rude journée de luttes parlementaires, s'acheminer, le soir, vers quelque faubourg, où il portera des paroles d'apaisement et de charité aux travailleurs que guette la propagande sociahste. C'est son initiation à un apostolat qui ne fera que s'étendi'e et multiplier ses fruits.
Mais l'action politique appelle toujours son effort immédiat.
Dès la j)remière séance de la nouvelle Chambre, b député dOrtliez reconnut que, si le gouvernement conservait la majorité, elle était numériquement diminuée, et profondément modifiée dans son esprit. La plupart de ses collègues de la droit o ot du contre gauclie. au s])ect{icle