EN FAVEUR DE LA LIBERTÉ DU CONCILE
Les premières semaines de séjour à Orthez furent, comme toujours, pour Chesnelong une période de joyeuse détente. Il lui fallait, après le dur labeur du parlement, la vue de la demeure natale et l'expansion de la table de famille. Il lui fallait aussi la poignée de main de ceux qui l'avaient élu, et qui, plus que jamais, se disaient fiers de ses succès. Il savoura longuement, délicieusement ces joies du foj^er ; il raviva en d'abondantes causeries, les souvenirs de l'adolescence lointaine, puis, comme tous les hommes de devoir, se sentit de nouveau travaillé du besoin d'agir.
De longs mois le séparaient, selon toute apparence, de la rentrée des Chambres : il fallait les remplir. Si ses fonctions de maire lui étaient facilitées dans le détail, par le dévouement de son adjoint, il n'en gardait pas moins l'initiative et la haute direction des principaux travaux utiles à ses administrés. C'est ainsi qu'après avoir obtenu de l'État un secours de dix mille francs pour la restauration de l'église d'Orthez, il s'occupait
de faire réédifier l'église de Départ, située dans un quartier suburbain.
Après la maison de Dieu, les œuvres charitables.
Il existe à Salies une femme du peuple qui, depuis trente ans, se dévoue au service de toutes les misères. Sans autres ressources qu'un établissement de bains d'un revenu amiuel de trois cents francs, elle a trouvé le moyen de recueillir et de soigner, d'abord un paralytique, puis deux idiots, puis une famille espagnole sans asile, puis une jeune orpheline atteinte d'un cancer au visage, enfin quatre orphelins idiots.
Mis en présence de cet héroïsme qui s'ignore , Chesnelong est tout d'abord é]iierveillé. Dans une lettre à j\I. Champetier de Ribes, il célèbre sur le ton du dithyrambe cette femme de cinquante ans, d"une figure sympathique, avec une grande expression de pureté et de cordialité, faisant passer la bonté de son cœur dans son sourire et dans son regard, ignorant tout, hors son catéchisme, inconsciente de sa vertu, d'une gaîté enfantine, d'une douceur inaltérable, d'une humilité profonde, prodiguant son travail et ses soins sans espoir de récompense humaine, allant à Dieu et aux pau\Tes par la pente de sa nature d'élite. Non content de l'aider dans l'exercice de sa charité, le député d'Orthez entreprend de donner en exemple cette admirable vie, et il n'a de cesse qu'après avoir obtenu de l'Académie un prix de vertu en faveur de Sylvie Lausalot.
Malgré cette fièvre d'activité, il trouve des loisirs pour perfectionner ses connaissances.
Un fait d'une importance majeure tourne en ce moment vers Rome les regards du monde entier. Le 29 juin 1868, Pie JX a convoqué au Vatican un Concile œcuménique, qui doit s'ouvrir le 8 décembre 1869.