‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 66 sur 302 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Bien qu'on ne puisse prévoir, dans le détail, les résolutions de cette assemblée, elle éveille dans l'esprit des catholiques, selon la nuance libérale ou ultramontaine qui les distingue, de vives craintes ou d'ardents espoirs. Cette prochaine réunion plénière de l'épiscopat ne préoccupe pas moins les politiques, qui affectent généralement d'y voir une menace pour le pouvoir civil.

En présence de questions appartenant au domaine théologique, Chesnelong a gardé d'abord une prudente réserve, puis il a étudié les ouvrages spéciaux ; l'abbé Barbe l'a aidé de ses lumières, si bien que, peu de mois après la bulle d'indiction, il possède sur la nature, les droits et l'opportunité du Concile, une remarquable compétence. Il ne dédaigne pas, dès lors, l'occasion d'en remontrer poliment à ses collègues. « Hier soir, écrit-il le 10 mars 1869, j'eus un bon petit succès à huis-clos, chez M. de Maupas, où je dînais. La question du Concile se souleva pendant le repas. J'étais seul à défendre le pauvre pape ; mais à la fin, les rieurs n'étaient pas du côté de mes contradicteiu-s fort divers, parmi lesquels Larrabure, de Forcade, de Mackau, et M. de Maupas lui-même. Après le dîner, je reçus force compliments. Sans m'en douter, j'avais vivement intéressé mon monde, ébranlé beaucoup de convictions, éveillé pas mal de consciences : en tout cas, chacun reconnaissait que, dans la discussion fort animée et fort courtoise du dîner, j'avais eu le beau rôle (1). »

A l'époque des vacances, l'ouverture imminente du Concile avait encore aiguisé les préoccupations. Persuadé qu'il rencontrerait des adversaires plus âpres que MM. Larrabure et de Mackau, Chesnelong eut soin de compléter ses lectures, afin d'être prêt à tout événement.

Au reste, des intérêts plus directement politiques

(1) Lettre inédite à M""' Chesnelong.

CÀ

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appelaient ailleurs son attention. Vers la fin de juillet, on avait vu les sénateurs s'acheminer vers le Luxembourg. Ils arrivaient assez mélancoliques, ne croyant guère à la vertu des réformes libérales qu'on leur demandait de sanctionner, et surtout fort mécontents de se voir arrachés à leurs villégiatures d'été. M. Larrabure venait de quitter sans enthousiasme sa riante propriété d'Argagnon. Qu'allait-il faire ?

Chesnelong, qui connaissait déjà son opposition à l'Empire hbéral, craignait de le voii* voter, au Sénat, contre les mesures projetées. Il lui eût été douloureux de se séparer de son ami en aussi grave matière ; aussi, la session extraordinaire du Sénat à peine ouverte, il lui écrit pour combattre ses préventions.

« Je ne nie pas, dit-il, les inconvénients du nouveau régime ; je ne le considère pas comme une panacée propre à conjurer infailliblement les dangers de l'avenir. Ce dont je suis convaincu, c'est que le régime précédent craquait de toutes parts : ni unité, ni force dans le gouvernement ; ni autorité morale, ni esprit politique dans les Chambres, ni cohésion dans les forces conservatrices du pays ; les opinions gouvernementales perdant chaque jour un terrain qui était gagné pai les opinions extrêmes ; le pouvoir ruiné : la machine administrative détraquée ; nous allions à la dérive, sans autre rempart que le prestige personnel de l'empereur. Avec une fausse sécurité dans le présent, nous étions désarmés contre les éventualités de l'avenir. Cela ne pouvait pas durer au delà de la vie de l'empereur, et nous avions la perspective d'une refonte constitutionnelle nécessaire venant compliquer les embarras de la transmission de la couronne... Ma conclusion, c'est que le mouvement provoqué par les interpellations était nécessaire ; c'est que l'empereur s'est fait grand honneur en prenant la tête de ce mouvement ; c'est que le Sénat

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