‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 70 sur 302 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

les services et les articles de la loi des Finances étaient l'objet d'un rapport unique. Les questions soulevées par le budget de 1871 étaient spécialement importantes et délicates ; de plus, le régime parlementaire qui venait d'être inauguré faisait prévoir, de la part de la Chambre, un contrôle très minutieux et très détaillé de tous les articles ; enfin, on était au 31 mai, et le rapport devait être déposé le 10 juin. C'était un volume de chiffres et de calculs sur les sujets les plus divers qu'il fallait composer en huit jours.

M. Busson-Billault songeait à Chesnelong, et le proposa à la Commission. Il s'agissait de décider le député d'Orthez à accepter l'écrasant labeui.

Ce fut, de la part de la Commission entière, un siège en règle. Des hommes très séparés de Chesnelong par le caractère et hs opinions, comme M. Barthélemy- Saint-Hilaiie, joignirent leurs instances à celles de M. Bussou-Billault. II dut promettre de tenter le tour de force, et il se mit à l'œuvre.

Tous attendaient, assez anxieux, l'échéance fatale. Ce fut un cri d'étonnement lorsque, dès le 8 juin, Chesnelong parut à la Commission porteur d'un volumineux rapport, qu'il déclara terminé, et dont il offrit la lecture à ses collègues. Le 9, il le déposait à la tribune de la Chambre ; le 15, le travail était imprimé et distribué ; le 2 juillet, le parlement en entamait la discussion. Ce résultat, il est vrai, avait coûté un incroyable effort : <( Je n'en suis venu à bout, avouait Chesnelong, qu'avec huit heures de rédaction tous les jours, et à ces huit heures, quelquefois dépassées, se joignaient six heures de séances de Commission, soit quatorze heures de travail (1). »

L'œuvre valait ce qu'elle avait coûté. La lecture faite

(1) Lettre à ."\l"'' do Guérmes, du 10 juin 1S70.

à la Commission du budget et devant la Chambre rallia tous les suffrages. Dans une lettre intime adi'essée à sa famille, Chesnelong fait connaître, sans réticences de fausse modestie, l'impression produite : « Je suis profondément touché de l'accueil que mon rapport a reçu sur tous les bancs. J'en reçois les témoignages les plus flatteurs et les plus unanimes. Hier, c'était Barthélemy- Saint-Hilaire me renouvelant ses féhcitations, Garnier- Pagès me faisant ses compliments, Daru me disant : « Mon cher rapporteur, vous avez un fier talent ; )> d'Andelarre, de Talliouët, les ministres, des masses de députés m 'adressant, sous les formes les plus diverses, les paroles les plus flatteuses. La Chambre est satisfaite du fond et de la forme, des propositions et du ton du rapport. Je ne lis pas les journaux, mais on m'assure qu'ils ont parlé de mon travail avec estime, et que le Gaulois lui-même m'a adressé quelques éloges, bien rares dans ses colonnes pour les membres de la majorité (1). »

Un tel succès devant l'opinion devait désigner de nouveau Chesnelong pour un portefeuille. Il avoue que, cette fois, ses chances sont sérieuses : « Sauf échec dans la discussion, dit-il, ma candidature ministérielle est posée par tous les vents de l'opinion ; un vide se produisant, je recevrai une offre. Heureusement, tout cela est ajourné. Je suis content dej^ette position, en désii'ant de tout mon cœur que cette éventualité ne se produise pas (2). »

En attendant la discussion de la Chambre, la Commission du budget décide de fêter en un banquet solennel son vaillant rapporteur, et la gauche accentue son hommage en acceptant de paraître à ce dîner.

( 1 ) Lettre inédite à M'"'^ Clie.snelong, sans dnto. (2) Id., du 21 juin 1S70.

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