CHAPITRE VI
Au reste, les heures de délassement sont comptées. Dès le 22 juin, il faut défendre le budget rectificatif de 1870.. Or, depuis son accident de mai 1868, Chesnelong, tout en travaillant ferme dans les commissions, n'a pas encore osé aborder la tribune. Avant de commencer son premier discours, il se sent envahi par une sueur froide. Malgré les encouragements presque paternels de Barthélémy. Saint-Hilaire, qui siège par hasard près de lui, il monte les degrés en chancelant ; mais, au bout de cinq minutes, toute hésitation a disparu ; il entame ses démonstrations avec netteté, calme et vigueur ; c'en est fait, il a reconquis son ancienne maîtrise ; désormais il pourra offrir à la Chambre, non seulement des discours écrits, mais des répliques et même des exposés improvisés.
Jusqu'au 15 juillet, il s'escrime en faveur de la réduction des crédits supplémentaii'es, il demande la suppression des vù-ements jusqu'alors en usage dans certains ministères ; enfin lui, le défenseur de toutes les causes religieuses, il n'hésite pas à repousser provisoirement, au nom de l'économie qui s'impose, l'idée d'une augmentation de traitement en faveur des curés de campagne, u Nous sommes d'avis, déclare-t-il, que le traitement de 900 francs est insuffisant et qu'il doit être élevé ; quelle est donc l'unique question ? C'est de savoir si nous devons élever ce traitement dès 1871 (1). » Et il répond nettement que non, parce qu'il ne faut pas dépasser la mesure de ses revenus, même pour faire de bonnes œuvres.
Le même jour, il est vrai, il défend avec beaucoup de chaleur l'existence du chapitre de Saint-Denis contre les attaques d'un député de la gauche, nommé Steenackers.
(1) ("ité pni- yi. de Marcey, op. cit., t. I. p. 2S2.
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Selon le rapporteur du budget, il faut une retraite aux invalides de l'épiscopat; et puis, le chapitre est le gardien des tombes des souverains ; U est de la plus haute convenance de le conserver. M. Steenackers veut qu'on lui prouve la convenance. Alors Chesnelong, se croisant les bras : « Que mon honorable contradicteur me permette de lui dù'e que les convenances se sentent et ne se démontrent pas. Cette convenance me touche. Si ^I. Steenackers ne l'admet pas, c'est une diiBférence d'appréciation ; entre nous, la Chambre jugera... »
La Chambre jugea en faveur de Chesnelong.
La discussion se poursuivait depuis le 6 juillet, au bruit des préparatifs de guerre. Du 7 au 15, pendant que M. Benedetti négociait à Ems avec le roi de Prusse, la Chambre discuta le budget -des dépenses de plusieurs ministères.
Obligé d'être chaque jour sur la brèche pour soutenir la discussion au nom de la Commission, Chesnelong resta à l'écart des agitations que soulevaient incessamment d'inquiétantes nouvelles. Les députés habitués aux questions financières l'écoutaient avec faveur, mais la majorité de la Chambre était ailleurs. Après le 15 juillet, ce qui restait à examiner du budget fut voté, sans discussion, en une ou deux séances.
Comme chacun de ses collègues, Chesnelong allait être consulté sur une question de vie ou de mort. Avant de prendre parti, il voulut se renseigner sur les incidents qui avaient provoqué l'horrible crise. Il reconnut très vite que le gouvernement, imprudemment engagé, subissait un dangereux entraînement, et résolut de mettre à couvert, par un dernier vote, sa respon8abilit('' dans les malheurs qui menaçaient la patrie.
Anxieux en présence du redoutable avenir, il pouvait considérer avec quelque fierté ses quatre années de vie publique, qui s'achevaient dans rinccrtitude du