CHAPITRE VI 14î
lendemain. Fidèle à l'engagement d'honneur pris vis-à-vis du souverain, il avait toujours défendu l'Empire contre les entreprises révolutionnaires ; mais toujours aussi, pour répondre au vœu de ses électeurs comme aux ordres de sa conscience, il avait prévenu l'empereur contre le funeste principe des nationalités, qui allait aboutir aux pires catastrophes. Il n'avait pas craint de se mesurer avec le plus puissant orateur de l'opposition pour défendre l'indépendance du pape. Liberté de l'enseignement supérieur : liberté du Concile œcuménique ; droits des congrégations religieuses, toutes les causes chères aux cathohques avaient trouvé en lui un champion aussi courageux qu'éclairé. L'heure était venue, hélas ! d'absorber toutes ces préoccupations dans un unique souci, celui de la défense des frontières. Comme tant d'autres. Chesnelong allait offrir au pays ce qu'il avait de plus cher, le sang de ses fils ; mais, avant les épreuves de l'année terrible, Dieu réservait à ce vaillant un dernier éclair de bonheur familial. . •
Un jeune professeur à la faculté de droit de Toulouse avait demandé la main de W^^ Marie Chesnelong. Habitudes chrétiennes, distinction, talent, tout recommandait M. Antonin Deloume à la sympathie du député d'Orthez (l).Les arrangements préhminaires au mariage furent conclus presque au lendemain de la déclaration de guerre. L'allégresse du père refoula un instant les angoisses du citoyen. En faisant part de sa joie à M. de Ribes, Chesnelong s'informait des deux fils de son ami appelés sous les drapeaux ; il ne se doutait pas encore que pareil sacrifice lui serait bientôt demandé.
(l). Sur le gendre de Ciiosneloug, ronsiilter : Antonin Deloume, sa oie et scu travaux, par .Joseph Bressolles. — Toulouse. Edouard Trivat. 1012.