‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 74 sur 302 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

il donna des chiffres pleinement rassurants. L'opinion des autres membres du cabinet aurait pu faire réfléchir le ministre des Affaires étrangères : la plupart redoutaient l'éventualité d'une guerre. Mais l'empereur, affaibli par la souffrance, renseigné depuis trois jours sur la gravité du mal qui le minait, n'était plus en état d'imposer sa volonté, et, dans l'entourage de l'impératrice, on rêvait d'expéditions victorieuses, afin de rendre au trône mal affermi un peu de solidité et d'éclat. Ce désir de relever par quelque beau succès le prestige de la France, singulièrement amoindri depuis Sadowa et le Mexique, hantait aussi plusieurs membres du Corps législatif. M. de Gramont se laissa dominer par cette influence, et, le 6 juillet, lut à la Chambre, au milieu d'un solennel silence, la déclaration impatiemment attendue. Après avoir rappelé avec quel soin la France avait observé «la neutrahté à l'égard des affaires intérieures du peuple espagnol, il terminait ainsi : « Nous persisterons dans cette conduite ; mais nous ne croyons pas que le respect des droits d'un peuple voisin nous oblige à souffrir qu'une puissance étrangère, en plaçant un de ses princes sur le trône de Charles-Quint, puisse déranger à notre détriment l'équilibre actuel des forces de l'Europe, et mettre en péril les intérêts et l'honneur de la France. Cette éventualité, nous en avons le ferme espoir, ne se réalisera pas. Pour l'empêcher, nous comptons à la fois sur la sagesse du peuple allemand et sur Tamitié du peuple espagnol. S"il en était autrement, forts de votre appui. Messieurs, et de celui de la nation, nous saurions remphr notre devoir sans hésitation et sans faiblesse. »

Un tel manifeste, par son àpreté de forme et son ton comminatoir-e, était presque un appel aux armes. Il

n'en recueillit pas moins les applaudissements de la majorité.

Il fallait, dès lors, sonder les dispositions de la Prusse. L'ambassadeur franç&'s, M. Benedetti, fut invité à se rendre à Ems, où le roi Guillaume faisait une saison thermale. Il s'agissait d'obtenir de lui qu'il ordonnât à son parent de renoncer au trône d'Espagne. L'ambassadeur se heurta tout d'abord aux faux-fuyants du monarque prussien, qui. tout en promettant d'approuver le désistement du prince Léopold, refusait de le lui imposer. Cependant l'émotion était grande à Paris, où, après le manifeste du duc de Gramont, la plupart des feuilles jiubliques étaient remplies d'excitations belliqueuses. L'Europe, de son côté, commençait à trembler, et l'Espagne elle-même, en présence de l'irritation de la France, regrettait l'appel fait au candidat allemand.

Redoutant le blâme que susciterait, de la part de toutes les cours souveraines, le maintien des prétentions du prince Léopold, Guillaume finit par faire savoir à celui-ci qu'il verrait avec plaisir son désistement, et le père du candidat, le prince Antoine, télégraphia au maréchal Prim, chef du gouvernement provisoire espagnol, qu'au nom de son fils, il retirait l'acceptation.

C'était le 12 juillet. A peine connue à Paris, cette dépêche y produisit d'abord une heureuse détente. Rencontrant Chesnelong dans les couloirs de la Chambre, Emile Olhvier vint à lui, l'air radieux : « La paix est assurée, dit-il. Nous venons de recevoir Tanuonce oÔicielle que le prince Léopold renonce à sa candidature au trône d'Espagne. »

L'empereur témoignait la même satisfaction. Malheureusement, on ne calme pas en une heure l'etîervescence populaire. D'autre part, les hommes de l'extrême droite affectaient d'être i>Ius sensibles à

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