‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 76 sur 302 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Mais une menace plus immédiate pesait, selon lui, sur le pouvoir temporel du Saint-Siège et l'indépendance du Pape. Il craignait que, sous prétexte de renforcer les contingents envoyés à la frontière allemande, on songeât à rappeler les troupes françaises de Rome. Un mot bienveillant, mais imprécis, de M. Emile OUivier, n'avait pas suffi à le rassurer. Aussi, à la veille de quitter Paris, voulut-il rédiger, avec quelques-uns de ses amis, une protestation contre cette mesure, qu'il estimait inutile, impie et dangereuse. MM. Kolb-Bernard et Keller avaient, de concert avec lui, arrêté les termes de ce document. Il devait être remis au président du Conseil, dès que le retrait des troupes serait imminent.

De graves intérêts de famille appelaient Chesnelong à Orthez ; il partit dès le début du mois d'août. Le mariage de sa fille aînée n'était pas encore conclu, et c'est au bruit des préparatifs de guerre qu'allait se préparer ce grand acte. D'autre part, si le député avait tout fait pour écarter la guerre, le père de famille n'était pas homme à ss dérober aux charges qu'elle allait lui imposer. La loi militaue devait lui prendre son fils aîné ; heureusement, un frère pouvait se substituei à un autre, et le dévouement du cadet, à peine sorti du collège, allait être nécessaire pour maintenir l'aîné à la tête de la maison de commerce. Celui-ci céda à son frère son grade de sous-lieutenant de mobiles.

Chesnelong négociait, en famille, ces délicats arrangements, lorsqu'une dépêche le rappela à Pari.s : le gouvernement était résolu à retirer ses troupes de Rome.

Il courut immédiatement chez M. Phchon, ministre des Travaux pubHcs. C'était un catholique notoire, très

décidé en faveur du Pape, et qu'une cordiale estime avait rapproché, depuis longtemps, de Chesnelong. Au moment où celui-ci entrait dans son cabinet, il s'avança vers lui, les larmes aux yeux, et lui dit : « Plaignez-moi. mon cher ami, et ne m'accusez pas. La situation est horrible ; la guerre débute mal ; nous sommes menacés de grands malheurs. Il faut rappeler les troupes qui sont à Rome, c'est une nécessité ; je la subis avec douleur, mais on ne peut pas s'y soustraire. Nous exigerons de l'Italie des garanties formelles, et, si la guerre ne tourne pas contre nous, elle les respectera. En ce moment, d'ailleurs, la question de Rome s 3 confond avec celle de la guerre que nous soutenons. Si nous sommes vainqueui's, la papauté est couverte, alors même que notre drapeau aurait quitté Rome. Si nous sommes vaincus, ce ne sont pas les quelques milliers d'hommes que nous aurons à Rome qui pourront sauver le pouvoir temporel de Pie IX : il sombrera dans notre défaite. Poiu* le pape comme pour nous, ce qu'il faut, c'est que la France ne soit pas battue (1). »

Il n'y avait rien à répliquer. La mort dans l'âme, Chesnelong s'inclina. La visite qu'il fit à M. Emile Olhvier et à M. de Gramont le confirma dans la conviction que le rappel des troupes était résDlu. Il se borna à insister auprès du président du Conseil pour qu'on obtînt de l'Italie les assurances convenables.

M. Emile OUivier s 3 rappelait avec quelle solennité la France avait récemment promis de ne jamais abandonner Rome, et il était jaloux de l'honneur de sa parole. Jl se prêta aux désirs de Chesnelong et de ses amis, MM. Kolb-Bernard et Genton (2).

Il fut convenu que ses interlocuteurs lui adresseraient

(1) Cf. (h. Chesnelong, Mémoires, t. I, p. 2(»2.

(2) Meiiibr*' du Corps législatif.

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