‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 77 sur 302 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

une lettre où ils exprimeraient leurs inquiétudes sur le retrait ordonné, qu'il leur répondrait en promettant que la France prendrait ses précautions vis-à-vis de l'Italie, et que les deux documents seraient livrés à la publicité.

En conséquence, JVIM. Kolb-Bernard, Chesnelong, Genton et de Mackau signèrent une nouvelle lettre de protestation, qui fut adressée à M. Emile Ollivier.

Mais déjà les désastres ne se comptaient plus. Après Wissembourg, Reischoffen,puis la déroute de Forbach. Le ministre ne répondit pas aux avocats du pouvoir temporel. Trois jours après, le cabinet succombait sous le poids de la défaite, et quatre mois ne s'étaient pas écoulés, que l'Italie, violant cyniquement ses serments envers la France vaincue, lançait ses troupes à l'assaut des murs de Rome.

Chesnelong, lui aussi, était vaincu dans sa lutte pour la liberté de l'Église. Au moins put -il se rendre le témoignage de l'avoir soutenue en bon soldat. Envoyé à la Chambre avec la mission spéciale de défendre les droits du pape, il n'avait pas manqué une occasion d'appuyer, de sa parole et de ses votes, la royauté temporelle de Pie IX. En faveur de cette cause, il avait prononcé de retentissants discours, au risque de déplaire au pouvoir qui l'avait patronné, et qu'il voulait, au reste, loyalement servir. A l'heure où, abandonné des hommes, le Saint-Père en appelait au jugement de Dieu, il avait fait un dernier effort pour sauver cette couronne convoitée par l'impiété. Maintenant, l'usurpation était consommée ; le pape était prisonnier ; l'empereur le serait dans quelques jours. Confondu en présence de pareilles catastrophes. Chesnelong avait, du moins, la suprême joie d'avoir fait tout son devoir vis-à-vis des deux souverains.

Le 7 août, prévoyant que les circonstances nécessiteraient bientôt sa présance prolongée à Paris, le député d'Orthez retourna vers les siens. Il voulait leur dire adieu, après avoir, en hâte, conclu les derniers arrangements relatifs au mariage de sa fille et au départ de son fils Pierre, engagé dans la 'garde mobile.

C'est pendant son absence que fut emporté le ministère OUiA^er. En rentrant à Paris, le matin du 10 août, Chesnelong apprit qu'il avait été, pendant quelques heures de la nuit, titulaire d'un portefeuille, que le décret qui le comprenait parmi les ministres avait été envoyé à l'imprimerie, mais qu'il en avait été retiré, six heures plus tard, pour faire place à une liste composée de courtisans de l'impératrice régente. « Je n'ai pas été averti du danger, déclara-t-il plus tard ; je n'ai pas eu à me demander où était le devoir : Dieu m'a gardé pendant mon sommeil. « En même temps que le

danger » couru par lui, il apprit la composition du nouveau cabinet, présidé par le général Montauban, comte de Palikao.

Mais les comparses qui allaient figurer aux Tuilerie? ne changeraient rien désormais à l'issue du grand drame qui se jouait dans l'Est. Après les premières défaites, Chesnelong sentit l'empereur perdu. Quel allait être, dans ces conjonctiu'es terribles, le rôle du Corps législatif ? Quel serait son devoir à lui-même ? Il ne pouvait qu'attendre la leçon des événements.

De graves épreuves allaient atteindre le foyer béarnais. Craintes d'invasion générale, diminution des transactions, faillites partielles de divers correspondants, tout mettait en péril l'avenir de l'entreprise commerciale.

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