‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 79 sur 302 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les lignes suivantes traduisent ses ardentes préoccupations et la résolution qu'il prévoit dès lors, comme un ordre de sa conscience :

« Vaincu, dit-il, l'empereur n'a qu'à se faire tuer sur le champ de bataille. Vainqueur, redeviendra-t-il possible ? J'en doute. A son défaut, l'impératrice est impossible ; le prince Napoléon est réprouvé avec justice ; il reste le petit prince, avec un conseil de régence. Lequel ? Et cela même serait-il accepté ? Les Orléanistes ont un inutile espoir. La République sera inévitable, et Dieu sait si c'est une solution.

» Dans ces circonstances, on ne doit songer qu'à deux choses : le pays d'abord, et son honneur personnel ensuite ; l'honneur même ne doit être sacrifié à rien.

)) Je ne voterai pas la déchéance de l'empereur ; je ne voterai pas l'établissement d'une République. Si l'empereur et l'impératrice abdiquent, et si on peut sauver la royauté du jeune prince, j'y donnerai mon concours. Si, tout s'efïondrant, la Chambre. est assez forte pour prendre la tête, et, sans être pour rien dans la chute, donner au pays un gouvernement provisoire lionnête, en attendant la réunion d'une assemblée normalement élue afin de pourvoir aux nécessités de la situation, je m'associerai à l'entreprise : je n'iiai pas au delà, je ne violerai pas mon serment (1). » -

Prendre une telle décision, c'est sauver l'honneur ; mais comment espérer, en un tel moment, cette solution pacifique ? Engagé vis-à-vis d'un pouvoir qui tombe; placé entre la Révolution, qui gagne chaque joui du terrain, et les armées prussiennes qui marchent sur Paris, quelle puissance invoquera désormais le député d'Orthez pour fortifier le parti de Tordre, auquel il veut demeurer fidèle ? Un seul espoir lui reste : l'assistance d'en-haut. Aussi le voit-on assidu aux églises,

(1) Lettre inéfUte, du Ui août, ù M. Joseph Che.snel<>ng.

multipliant prières et communions pour la France et pour sa famille.

C'est Notre-Dame-des- Victoires qui l'attire de préférence. Il lui recommande les hôtes de la maison d'Orthez, qui tremblent là-bas à la nouvelle des défaites ; il implore son patronage pour le cher petit mobile qui s'exerce, loin de sa mère, au maniement du fusil ; il convie les ancêtres défunts à la protection des vivants ; puis, s'élevant, du souvenir de la famille meurtrie au spectacle de la patrie agonisante : « Assez, s'écrie-t-il, assez d'humihations et d'abaissements comme cela, mon Dieu !... Que notre France se relève, que la victoire lui revienne, que la dernière nation catholique ne s'affaisse pas, brisée et»vaincue, sous le germanisme rationaliste et protestant ! Qu'elle tienne encore haut et ferme dans le monde le drapeau de la vieille foi et de la vieille gloire ! La guerre actuelle devient une guerre sainte ; les destinées de la religion y sont unies à celles de la patrie. Il faut donc la poursuivre à outrance, jusqu'au bout, sans marchander les sacrifices (1). »

Telle était l'ardeur patriotique de ce vaillant qui, peu de semaines auparavant, avait voté contre la guerre. Le spectacle de nos provinces envahies et le récit des excès commis par les vainqueurs avaient opéré ce prodige.

Cette belle confiance allait être cruellement déçue. Le 2 septembre, on apprenait à Paris la capitulation de Sedan et la captivité de l'empereur.

Outre la douleur de voir son pays victime d'un pareil désastre, Chesnelong connut toutes les angoisses de la

( 1 ) Lettre inédite, à M"'« Chesnelong.

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