CHAPITRE I
commodités qui n'ait été payée d'une de ses sueurs. Et si vous saviez quel grand caractère, quelle fermeté d'âme, quelle énergie de raison s'alliaient en lui à une tendresse de cœur débordante !
» Sans autre culture que deux années d'école primaire, et de quelle école ! de sept à neuf ans (les nécessités de la vie l'avaient pris dès cet âge), il s'était formé lui-même par la puissance du travail personnel, et il était devenu presque un homme supérieur. Il ne possédait pas seulement les vertus domestiques ; c'était aussi un grand clirétien, un homme de foi et d'honneur dans l'acception la plus étendue de ces deux mots. Il n'était étranger à aucune délicatesse, il était capable de toutes les générosités (1). »
A une telle école, le progrès moral s'imposait ; aussi l'âme du jeune Charles offrit-elle bientôt le germe de toutes les qualités qu'il admirait chez ses parents.
Jean Chesnelong avait trop souffert des lacunes de son instruction pour ne pas en préserver son fils. On vivait sous le régime du monopole universitaire. Orthez possédait un collège communal : Charles y fut placé pour y commencer l'étude des langues ancieimes.
On connaît ces collèges de la Restauration, où trop souvent une religion de commande triomphait mal du scepticisme à l'ordre du joui'. L'enfant eût peut-être laissé là quelque chose de sa candeur, si chaque soir ne lui eût rendu, avec les caresses maternelles, la bienfaisante influence du foyer. D'ailleurs, le collège d'Orthez, (quoique pourvu de professeurs capables, manquait des éléments d'émulation nécessaires aux fortes études (2). Au lendemain de sa première communion, Charles fut envoyé, comme pensionnaire, au collège royal de Pau.
(1) Lottro inédite à M""^ ilo CJui-rinos.
(2) Lo CdUôge nnivorsitaire d'Orthe/. a oté supprima' depuis Jon«, t>fc remplacé par l'institution libre dite dt> Moucade.
CHKSNELONG
Dirigée par des prêtres depuis 1808, la maison présentait des garanties d'enseignement solide et de discipline régulière. Elle avait alors pour proviseur M. l'abbé CJattrez. « Instruit, affable, dun esprit très délicat, sévère avec infiniment de tact, « (1) il luttait de son mieux contre l'esprit révolutionnaire de 1830, et la prospérité croissante de son collège témoignait de l'estime qu'il avait conquise.
La classe de philosophie était confiée à M. l'abbé Batbie, que sa grande bonté rendait populaire ; M. Ducondut, homme de goût et d'érudition, formé aux leçons de Villemain, professait la rhétorique. Des régents de seconde et de troisième, ]\IM. LafeuiUade et Fouquet, nous ne savons rien, sinon qu'ils quittèrent leurs fonctions peu d'années après l'entrée du jeune Chesnelong, lorsque la direction du collège fut confiée à des maîtres laïques.
L'établissement était placé sous le contrôle immédiat du recteur de l'Académie de Pau, M. Loyson, le père du religieux qui devait acquérir une si étrange célébrité (2). C'était un homme de grande piété, fort attaché à ses devoirs, qui s'efforçait, lui aussi, de combattre, dans le ressort de son Académie, les influences irréhgieuses.
Charles Chesnelong fut confié à M. Fouquet, professeur de troisième. La classe contenait une vingtaine d'élèves (3). Le nouveau venu fit si bien, qu'à la fin de l'année, il conquérait le second prix d'excellence et le premier prix d'histoire, avec de nombreux accessits.
La bienveillance des maîtres va d'ordinaire aux '( forts en thème. » Il n'en est pas toujours ainsi de la
(1) J. Dolfour, Histoire du lycée de Pau, p. 380.
(2) L'ex-religieux carme connu jadis sous lo nom do Pèro Hyacinthe.
(3) M. Cattruz avait pris lo collège en 1830, avec 102 élèves, dont 08 internes. Quatre aim après, un y comptait 23'J écolierâ.