CHAPITRE VIII
domine, et qui peut-être nous infligera, comme un dernier soufflet, son intervention !... Oh ! Seigneur, sauvez-nous ( 1 ) ! »
Ce cri devait être entendu. On sait les grands épisodes de l'histoire de la Commune : les deux mois de siège infligés à la capitale révoltée, les troupes versaillaisea pénétrant dans Paris à la lueur des incendies, les cinq jours de lutte furieuse dans les rues hérissées de barricades, enfin l'écrasement de l'insurrection et le dur châtiment de3 vaincus. Le mouvement n'avait pas eu le temps de gagner Orthez ; Chesnelong avait pu garder ses fils.
Deux mois plus tard, des élections complémentaires avaient lieu. Il s'agissait de pourvoir aux très nombreuses vacances résultant principalement des élections multiples dont plusieurs candidats avaient été l'objet. Le suffrage universel, qui, au mois de février, sous la férule menaçante de Bismarck, s'était porté en masse sur des conservateurs, aurait dû, après les excès de la Commune, inchner davantage encore vers les défenseurs de Tordre. ^lais les comités républicains des grandes villes, soutenus par ]\r. Thiers, qui venait de prendre vis-à-vis d'eux des engagements secrets, entreprirent une propagande effrénée contre les monarchistes. On se mit à colporter contre eux la vieille calomnie du retour à la dîme et aux droits féodaux. Cet épouvantail produisit l'effet désiré : les élections furent républicaines. Dès lors, aux yeux de Chesnelong, le régime était jugé. Il était dans la destinée de la République d'aboutir tôt ou tard au pire de tous les radicalismes. au radicalisme légal. Cette conviction affermit encore ses dispositions en favem- de la monarchie.
Un travail analogue d'évolution se faisait alors chez plusieurs membres de rAssemblée, anciens serviteurs de l'Empire. Désespérant de la restauration du régime
(1) Citô par 'M. de Minoey, Op. Cit., I. p. 371.
tombé, contre lequel se seraient dressées trop de haines, persuadés que la République ne protégerait jamais efficacement les intérêts de la France devant l'étranger et nourrùait toujours des ferments d'anarchie, ils adoptaient l'idée d'une monarchie bourbonnienne et constitutionnelle, que, malgré les mensonges déjà colportés de toutes parts, on pourrait encore faire accepter au pays.
Le principal obstacle viendrait — on commençait à s'en convaincre — du chef que s'était donné l'Assemblée Nationale. Loin d'observer la neutralité stipulée par le pacte de Bordeaux, Thiers inchnait vers l'établissement définitif de la République, qui le maintenait au premier rang.
D'autre part, il était presque impossible de toucher à cet homme, dont l'ambition n'éteignait pas le patriotisme, et qui, à cette heure même, s'employait, avec une ardeur et un courage admirables, à la libération du territoire.
Dans le silence de sa maison d'Orthez, Chesnelong n'appréciait pas encore la gravité de cet obstacle. Ce qu'il savait de Thiers le portait à penser qu'il ne préférerait jamais son intérêt personnel à celui du pays, et les craintes vaguement exprimées par quelques anciens collègues ne l'empêchaient pas d'attendre le salut du retour d'Henri V.
Un événement inattendu vint troubler sa confiance.
Profitant de l'abrogation des lois d'exil, celui qu'on s'habituait peu à peu à appeler « le Roi » eut l'idée de franchir la frontière, et de revoir, ne fût-ce qu'en un rapide passage, la douce France de ses aïeux. C'est au château de Chambord, son apanage de jadis, qu'il voulut recevoir l'hommage de ses fidèles. Le comte de Paris, chef de la branche cadette, se disposait à aller saluer «n lui Tunique rejnésentaiit du principe monarchique. Le