‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 94 sur 302 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

potentat dont tous les calouk tendent à s'éterniser au pouvoir. Chesnelong, au contraire, l'a deviné ; aussi, avant de faire une démarche qui pourrait entamer sa liberté, veut-il étudier la physionomie de l'Assemblée et les dispositions des groupes.

Ses premières observations ne sont guère rassurantes. D'un oôté, un gouvernement sans politique arrêtée, sans programme nettement défini, semblant vouloir s'appuyer sur la gauche modérée sans se brouiller avec la droite, et cherchant à diviser celle-ci pour rester maître de la situation ; de l'autre, une Assemblée où domine une majorité très honnête, très patriote, mais qui ne sait pas où on la mène, et à qui il manque, pour se grouper, les deux éléments de toute organisation : un chef et un programme universellement accepté.

Cette absence d'influences prépondérantes expHque l'extrême morcellement de la Chambre. Droite extrême, composée de cinquante légitimistes intraitables, ne voulant entendre à aucune concession : — droite modérée, comprenant cent légitimistes disposés à accepter lïdée d'une fusion entre les deux branches de la maison de Bourbon ; — centre droit, formé de deux cents députés, les uns fusionnistes, les autres orléanistes, d'autres monarchistes conservateurs sans attache de parti : fermes, prudents, mesurés, mettant le pays au-dessus de tout, mais se sentant aux prises avec une situation qu'ilfj ne dominent pas ; — centre gauche, comprenant cent députés qui, malgré des aspirations monarchiques, se résigneraient à la Répubhque, et qui ne résistent pas toujours à l'esprit d'intrigue ; — gauche républicaine, composée d'environ cent cinquante membres, mélange assez hybride d'ambitieux, de dévoyés, de révolutionnaires et d'honnêtes gens gagnés à l'idée démocratique ; — enfin gauche radicale, évoluant autour de Gambetta,

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et forte d'environ cinquante membres, voilà l'Assemblée de Versailles (1).

Les tendances de Chesnelong le portaient vers la droite modérée. Nombre de ses amis du Corps législatif y siégeaient. Il y trouvait, avec une grande expérience des choses parlementaires, des convictions religieuses et monarchiques très sûres, une parfaite intelhgence des difficultés et des nécessités du moment, enfin un esprit de fermeté et de mesure qui, sans rien sacrifier des principes, savait faire la part du temps et des faits. Il s'y fit inscrire peu de jours après son arrivée à Versailles, et y fut accueilli avec la plus confiante sympathie.

Dans ce cénacle, que présidait M. Audren de Kerdrel, on songeait, sans doute, à la hbération du territoire et à la réorganisation de l'armée ; mais on voulait aussi assurer au pays un gouvernement stable et réparateur. Dans ce but, on étudiait les moyens de faire accepter la monarchie. C'est dire qu'on s'éloignait nettement des tendances de M. Thiers, qui gouvernait de plus en plus avec la gauche.

Cependant Chesnelong refusait de se déclarer contre lui sans connaître exactement ses dispositions. Pressé de nouveau par les instances de M. Larrabure, il se rendit à la Présidence. Il écrivait, le 13 février, à son ami :

«' Je suis allé jeudi dernier chez M. Thiers. Il m'a fort bien accueilfi. Il a débuté par un reproche sur le retard de ma visite. Je m'y suis dérobé par une banalité, puis il m'a fait asseoir à ses côtés, et nous avons causé. Il m'a d'abord parlé de vous, de son amitié pour vous, de son désir de vous revoir. Je lui ai transmis vos regrets

M) EUe ccxiipreiid, en résumé, 250 monarchistes, 200 répubIioain8, KO flottants.

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