‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 96 sur 302 · CHAPITRE rX · texte numérisé non relu

CHAPITRE rX

Cette longue lettre, qui résume le programme immédiat de Thiers, tout en découvrant le danger de sa politique, exprime nettement les idées qui vont déterminer l'attitude de Chesnelong à l'Assemblée. Constituer un parti conservateur, afin d'opposer une digue au radicalisme qui, sous l'enseigne républicaine, marche lentement à la conquête du pouvoir; contrarier les entreprises du président contre le pacte de Bordeaux; préparer une entente entre le pays et le représentant de la légitimité, telle est la tâche politique qui, avec l'action plus directement religieuse, va absorber son activité.

D'ailleurs, quelques jours après l'entrevue rapportée plus haut, Thiers, rencontrant Chesnelong dans les couloirs de la Chambre, s'abandonna, contre lui, à un de ces accès d'humeur qui lui aliénaient tant de sympathies. Celui-ci conta aussitôt l'incident à M. Larrabure : « Par son accent, par ses paroles, par l'inconvenance de la querelle qu'il m'a faite à l'occasion d'un acte loyal de mon mandat qu'il était tenu de respecter, M. Thiers m'a blessé ; il m'a blessé dans ma dignité d'homme et dans la dignité de mon mandat de député... Je dois garder la réserve qui m'est imposée par le soin de mon honneur (1). »

Le chef de l'Ëtat et le nouveau député ne se verront plus guère qu'à la Chambre. Chesnelong n'en sera que plus libre pour s'opposer aux tendances du président, et travailler à lalliance conservatrice.

(1) Lettre inédite, du 17 lévrier 1872. — Dans une lettre ù son Qls Joseph, (Chesnelong expliquait plus nettement encore les motifs de sn réserve à l'égard de Thiers : « Jndinire, disait -il, l'universalité et lu .souplesse do son esprit : c'est prodigieu.x. Je respecte le pouvoir dont il est investi. Je n'aimo pas sou caractère égoïste, perfide, rusé, écjnivoqiie, sans loyauté et sans grandciu. Je déplore sa politique à deux faces, qui nous mène au radicalisme. Je réprouve le manque de foi qui lui a fait tromper les cspénuices de In nation et le luandat qu'il avait reçu de l'Assemblée. » — Lettre inédite, du lô juillet 1872.

Impossible de créer, pour le moment, un mouvement franchement monarchique. Le 25 janvier 1872. le comte de Chambord a publié un manifeste aggravant encore celui du 5 juillet précédent, par rattachement qu'il témoigne à un symbole que le pays semble rejeter (1).

Stupéfait d'abord, Chesnelong ne consent pas à désespérer. Il faudra agir sur le prince, faire l'impossible pour l'éclairer, le supplier même, afin de le ramener au sentiment des réalités. Et, de concert avec ses amis de la droite, il conseille de nouvelles démarches, prépare de nouveaux pèlerinages à Frohsdorf (2), en un mot prend

(1) Sous le coup de l'émotion, Chesnelong appréciait alors asse/ Bévèrement l'attitude du comte de Chambord. Le 4 février, quelques jours après le manifeste, il écrivait à son fils Joseph :

K La situation ne s'est pas améliorée. Soiis l'influence do la crise produite par la démission de Thiers, tout le monde semblait croire à une union possible par le besoin qu'on en ressentait. Le comte de Paris était au moment d'aller retrouver son cousin ; on le disait du moins, et de tous côtés il semblait y avoir comme un désir do rapprochement : non pas qu'on songeât à rien faire d'immédiat ; mais on voulait poser l'afïirmation monarchique en face des affirmations bonapartistes et radicales, pour qu'au moment voulu on eût ime solution honnête à présenter au pays. — Le prince n'est pas parti, et le manifeste nou\eau du comte de Chambord a paru. — C'est carré ; c'est logique ; c'est net ; c'est peut-être la vérité politique et sociale. Mais c'est, je le crains, impossible ; le pays n'acceptera ni ce drapeau, ni cette attitude, à moins d'avoir été inaté par de nouvelles épreuves. Or, ce qu'il nous faudrait, c'est quelque chose d'actuel qui pût prévenir le mal, non quelque chose de futur, que la constatation confirmée du mal révolutionnaire pourra seule rendre possiblf\ — Je t'avoue que je ne (-umpronds pas c«tte attitude du comte do Chambord. Le pay.s souffre, et doit passer avant tout. On ne doit lui sacrifier ni le devoir, ni l'honneur ; on doit lui sacrifier tout le reste. Une question do susceptibilité sur un drapeau n'est pas ime question do conscience. » — Lettre inédite.

(2) On sait que do nombreux membres do la droite, et môme des représentants dos plus vieille familles françaises, MM. de Maillé, de Meaux, de Cuinont, de la Rochefoucauld -Bisacoia, Lucien Brun, Lfuircnlie. de Cazenove de Pr^dinos. dp Gontatit-Biron, s'étaient déjà

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