CHAPITRE IX
nettement position pour le retour d'Henri V, aux conditions compatibles avec les aspirations du pays.
Tout ce travail s'opère discrètement, dans l'intervalle des séances de la Chambre ou des commissions. Au reste, Chesnelong consacre tout son temps à cette Assemblée, où l'on peine sans relâche, eb dont Thiers a dit lui-même : « Ce qu'elle a fait en quelques mois remplirait des années. »
Aucune occasion n'a été offerte à notre député d'affronter la tribune, lorsque, le 7 mars, un incident l'arrache à son mutisme, et provoque, en sa faveur, une curieuse manifestation de sympathie.
Depuis plus de six mois, sous l'impulsion de la plupart des évêques, des pétitions avaient été adressées à l'Assemblée pour appeler son attention sur la situation faite au Saint-Siège par la suppression de la souveraineté temporelle.
Il n'était question, ni de provoquer des revendications armées, ni de porter un défr à iTtaHe, qui, le cas échéant, eût été soutenue par l'Allemagne ; mais l'Assemblée Nationale pouvait demander des comptes au gouvernement du 4 Septembre, qui, en envoyant son ambassadeur faire visite au roi Victor-Emmanuel, semblait avoir voulu consacrer la spoliation. Elle avait à dégager la solidarité morale du pays par un témoignage de reconnaissance envers le seul souverain d'Europe qui eût témoigné quelque sympathie à la France malheureuse. Tel était, du moins, le sentiment de la plupart des
rendus successivement chez le comto de Chambord, avant le 5 juillet 1871, pour obtenir une transaction siu* la question du drapeau. Mgr Dupanloup avait fait, de son côté, des démarches restées jusqu'alors sans succès apparent.
Après le 5 juillet, le marquis de Dampierre, le général Ducrot, MM. Ernoul et Baragnon avaient renouvelé les supplications, sans autre résultat qu'un accueil courtois et des promesses trop générales ponv tenir lieu d'engagement.
membres de la droite, et, en particulier, de Chesnelong. La majorité de l'Assemblée, il est vrai, pensait que le silence seul était de mise quand on ne pouvait ni parler haut, ni surtout donner une sanction à sa parole (1). Cette réserve, qu'on croyait commandée par les circonstances, avait fait subir aux pétitions de nombreux ajournement.s.
Les députés catholiques les supportaient avec impatience. L'un d'eux, le général du Temple, profita de l'envoi d'un chargé d'affaires auprès du Quirinal pour essayer d'en finir. C'était, malheureusement, l'homme le moins quahfié pour présenter une motion désagréable à la majorité. Son esprit absolu, sa complaisance pour les thèses excessives, son absence totale de circonspection faisaient de lui un pauvre avocat des causes qu'il voulait servir.
Le 7 mars, il aborde la tribune, pour demander la discussion sur les pétitions. Sa demande n'ayant été ni écrite, ni déposée préalablement sur le bureau du président, on refuse de l'entendre. Il insiste, il supplie ; peine perdue : l'Assemblée, se joignant au président, lui oppose le règlement, et on renvoie l'interpellation à trois mois.
Cette espèce de dédain pour une cause qui lui est chère fait bondir Chesnelong ; il demande la parole. Le président Benoist d'Azy lui allègue, à lui aussi, le règlement, et lui exprime ses regrets de ne pouvoir le laisser parler sur le sujet même qui vient d'être interdit au général du Temple. Mais des protestations partent de divers points de l'Assemblée : « Si, si ! Ce n'est pas la même chose ; jiarlez ! parlez ! »
Devant le sentiment presque unanime, le président
(I) V^oir, jK)ur les raisons in\'oqu6es en faveur de cette opinion, le vicomte de Meaux, Souvenirs politiquefi, p. 51), et surtout le H. P. Leranuot, VÉr/Uae de France et la iroisicme République, t. 1, |i. l.'{0 et suiv.
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cède, et Chesnelong demande brièvement au ministre des Affaires étrangères que le débat sur les pétitions et la question romaine eoient mis à l'ordre du jour du samedi 16 mars. Le ministre acquiesce. C'est, pour le moment, la victoire.
Mais il fallait aussi l'assentiment de l'Assemblée. Lorsque, le 15 mars, il fut question de mettre les pétitions sur Rome à l'ordre du jour du lendemain, Chesnelong se trouva en face d'une ardente opposition. Il eut beau maintenir, en quelques mots très pressants, la convenance de ne plus retarder ce débat. Nombre de députés, même favorables au Saint-Siège, cédèrent à la préoccupation de notre situation au dehors et à la crainte d'intempérances de langage qui eussent pu créer des complications : la mise à l'ordre du jour fut rejetée.
On ne pouvait laisser le pays sous l'impression de ce vote, qui eût semblé un désaveu des sentiments et des espérances catholiques. Le 16 mars, Mgr Dupanloup demanda à adresser au gouvernement une question sur la situation de la papauté et l'attitude que le gouvernement garderait envers elle.
Rappelant ses sentiments bien connus pour le pape, M. Thiers s'empressa de prodiguer les assurances qui pouvaient se conciher avec les faits accomplis. . De son côté, l'évêque d'Orléans, renonçant au débat par respect pour la décision de l'Assemblée, se borna à affirmer, avec toute l'ardeur passionnée de sa conviction. K les droits imprescriptibles de la papauté » et les devoirs dont la France ne pouvait s'affranchir envers elle. La majorité de la Chambre applaudit très vivement. Ce qu'elle n'avait pas osé consacrer par son vote, elle essaya de le témoigner par ses acclamations.
Chesnelong avait désiré débuter devant l'Assemblée, comme il l'avait fait devant le Corps législatif, par une
revendication des droits du pape. L'occasion lui en était refusée. La Chambre venait de s'ajourner du 29 mars au 22 avril. Il aUa se préparer au milieu des siens, en vue des luttes prochaines.
Ce n'est pas seulement à Orthez qu'on l'attendait. Le directeur de l'école de Sorèze avait organisé, pour le 4 avril, une séance httéraire, et il priait de nouveau le député des Basses-Pyrénées de venir offrir à ses élèves, avec des préceptes d'homieur et de vertu, un modèle de beau langage. En cinq jours, Chesnelong trouva moyen de composer un commentaire de vingt-quatre pages sur la beUe devise de l'école : Religioni, Scientiis, Artibus, Armis. Ce fut un éloquent hommage à la forte et brillante éducation qui, depuis Lacordaire, était dans les traditions de Sorèze.
Son sujet l'amenait à parler du courage mihtaire. Il eut, en faveur de la France vaincue, des accents qui allumèrent au cœur de cette jeunesse l'enthousiasme du patriotisme : « La France est notre mère, s'écria-t-il ; elle nous a enfantés à la vie sociale; eUe nous a portés dans ses jours de prospérité ; nous lui devons la meilleure part de nos bonheurs et de nos fiertés. Le succès vient de la trahir ; il a plu à Dieu de lui faire sentir l'amertume profonde de la défaite et le déchirement plus cruel encore de la mutilation. Son malheur a été immense comme l'avaient été ses gloues ; car il semble être dans la destinée de notre cher et grand pays d'aller jusqu'à l'extrémité de toutes choses, dans ses grandeurs comme dans ses abaissements. Le même siècle qui l'avait vu tenant l'Europe entière sous son joug le voit aujourd'hui privé d'une part de son ancien domaine. Eh bien ! que ce soit là lui Hen de plus entre la France et ses enfants ! Aimonsla dans ses revers plus encore que nous ne l'aimions dans ses triomphes ! Dévouons-nous à elle, avec d'autant plus do désintéressement et d'abandon, qu'elle est phis mal-