CHAPITRE IX
heureuse, et que nous avons à lui rendre sa place et son avenir !» (1)
La renommée de ce discours franchit vite les murs de l'école. Le 20 mai, Larrabure écrivait à son ami : « Je ne saurais vous dire avec quel plaisir je l'ai lu. C'est une perle. Il y a là des tableaux et des vérités qui m'ont vivement ému (2). »
D'autres services, qu'il ne sut pas refuser, absorbèrent le reste de ses loisirs.
Les vacances de Pâques s'étaient écoulées sans repos appréciable, lorsque Chesnelong dut reparaître à l'Assemblée.
Il eût voulu se réserver pour la défense des grands intérêts reUgieux et la préparation, au moins lointaine, d'une campagne monarchique ; mais un député doit accepter la lutte sur tous les terrains où l'attire l'adversaire.
On demandait à la Chambre d'autoriser des réunions pubUques avant les élections des conseils généraux. C'était introduire la politique dans les affaues départementales, et créer dans le pays des foyers permanents d'agitation. Nommé rapporteur de la commission chargée d'examiner le projet, Chesnelong conclut au refus d'autorisation, et exposa ses motifs en un discours fort applaudi de la droite.
Mais l'extrême gauche tenait à la liberté des réunions : c'était pour elle un excellent moyen de propager Tidée républicaine.
Un membre de V Internationale, M.Tolain. essaya de présenter Chesnelong comme un partisan arriéré du
(1) h-tscours sur la Deri.te. de l'hcole df Sorèzc, etc., p. 22. — Paris, Douniol. 1S72.
(2) Lettit) inédito.
despotisme impérial ; mais le passé de Tancien député d'Orthez était comiu de la Chambre ; sa thèse s'appuyait de raisons irrésistibles ; le vote de l'Assemblée lui donna raison.
On se rappelle le triple objet du programme de Thiers : rétabUssement de l'équilibre du budget, reconstitution de l'armée, libération du territoire.
La première tâche avait été entravée par le rejet de la loi sur les matières premières, mais elle était toujours étudiée dans les commissions. Au mois de juin s'ouvrit la discussion sur la loi militaire.
Après ses récents revers, la France avait besoin d'accroître ses forces pour se sentir en sûreté chez elle. Selon les idées alors en faveur, il lui fallait opposer le nombre au nombre, conformer et proportionner son régime mihtaire à celui que l'Allemagne avait récemment inauguré, et qui semblait destiné à prévaloir en Europe; bref, la majorité de l'Assemblée incUnait à imposer le service personnel à tous les Français. Thiers, au contraire, tenait pour la conscription et le service de longue durée.
Attaché aux conceptions mihtaires de Niel, un peu dérouté par des méthodes qui n'avaient pas fait leurs preuves, Chesnelong était, lui aussi, pour le maintien de la loi de 1868 ; mais la réforme était proposée par une commission hautement compétente ; elle était acceptée par le gouvernement ; le patriotisme commandait de la voter : il ne manqua pas à ce devoir.
Un article du projet lui inspira, d'ailleurs, une attitude plus accusée. Toutes les fois qu'un intérêt reHgieux était en cause, on était sûr de voir le grand clirétien prodiguer son effort. Il s'agissait, cette fois, de reprendi'e une tentative restée sans résultat sous le ministère Duruy. On exemptait les instituteurs du service militaire, et. comme jadis, on refusait d'étendre la dispense au.\ congréga-