‹ Chewing-gum; comédie inédite en un acteChapitre 18 sur 23 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

GASTON, puis LE COLONEL

GASTON, va et vient, rage. — Ooo...h ! Ooo...h ! Quelle vie ! (Brusquement il va au téléphone, mais il trébuche sur une boulette de chewing-gum et renverse une chaise.) Zut ! Encore cette saloperie de chewing-gum ! (// la relève, va au téléphone et compose un numéro.) C'est toi, Pierre ? Ah ! bon. Oui, c'est Gaston... Ecoute, comment dit-on en anglais : foutezmoi le camp ?... Pourquoi ?... Parce que j'en ai assez, moi, de ton Américain. Je m'en vais l'envoyer dérouter les ménages ailleurs !... Un malentendu?... Penses-tu !... Je ne suis plus un gosse... Non, je ne veux pas me colleter avec lui... Oui, viens, tu lui diras que je ne veux plus le voir chez moi... Hein?... C'est trop long à l'expliquer au téléphone. Oui, viens tout de suite... (On entend siffler ou chanter derrière la porte du fond : « It's a long way to Tipperary») Attends, je crois qu'il arrive. Dis-moi vite comment on dit : foutez-moi le camp en anglais... Ça ne fait rien, dis toujours !... Comment, scram?... Tu es sûr ?... Scram !... Merci. Dépêche- toi d'arriver, parce que moi, je ne réjjonds plus de rien. Scram ! C'est bien ainsi ; merci, à tout à l'heure. (// raccroche tandis que le color^el entre, jovial, avec un bouquet de fleurs.)

LE COLONEL. — Hello Gaston, how are you ?

GASTON. — Ah ! vous voilà, vous ? Vous tombez à pic : . je n'ai qu'un mot à vous dire !

LE COLONEL, déposant le bouquet. — Si)lendid ! Splcndid ! (Tendant une tablette.) Chewing-gum ?

GASTON. — Ah non ! Fini ce truc-Ià ! C'est trop commode. D'abord, nous sommes dans un i)ays civilisé ici. Si vous êtes venus en Eurojie pour réquisitionner les aiipartements et abuser des femmes, vous pouvez le faire en pays conquis, mais pas cluez nous, pas chez moi, vous comprenez ?

LE COLONEL. — What do you say ?

GASTON. — « You say... you say... » Je sais ce que je sais ! Et ce n'est pas mon habitude d'envoyer dire ce (jue j'ai à dire ! (FrappanI sur la table ain-c le plat de la main.) Vous comprenez ? (A ce moment, ils sont de chaque côté de la table.)

LE COLONEL. — Not a word.

GASTON. — Vous croj'cz peut-être que je n'ai pas saisi votre manège, avec vos airs bonasses ? Un hypocrite, voilà ce que vous êtes ! Tenez, je vous méprise ! Je ne sais " oe qui mie l'^tient de vous crier le mot de Cambronne !

LE COLONEL. — Cambronne? Aoli yes!... Waterloo... m... !

GASTON. — Quoi ? Quel culot ! C'est moi qui vous le dis ! Parce que j'aime mieux ci-ever que d'en passer par où vous voudrez. ( Frappant de nouveau à plat sur la table. ) Vous comprenez ?

LE COLONEL. - No.

GASTON. — Ah ! vous ne pigez pas ? Eh bienj !. vous allez comprendre ! ( Frappant toujours de la même façon sur la table. ) Scramble... savez- vous ce que ça veut dire ?

LE COLONEL, étonné. — Scramble ?

GASTON, même jeu. — Parfaitement : scarmble !

LE COLONEL. — Scramble ? On the table, no ?

GASTON. — Comment, non ! ( Même jeu. ) Je vous dis scramble ! ( // ponctue en frappant toujours à plat sur la table. ) Scramble !... Scramble ! ! !

LE COLONEL. — It's very amusing, but it's no good for the table. Wait a minute. ( // déplie un journal sur la table et mont€ sur la table. ) Scramble... O.K. !

GASTON. — Mais, mille millions de pétards. Bougre d'idiot ! Je ne vous dis pas de monteii' sur la table, je vous dis de foutre le camp ! Vous ne savez donc pas l'anglais ? ( Le téléphone sonne, il court répondre, tandis que. debout sur la table, le colonel le regarde faire, goguenard. ) Ah ! c'est toi, Pierre... Plus tard ? Non, viens tout de suite, je ne m'entendrai jamais avec cet Iroquois ; je viens de lui dire : scramble... et il grimpe sur la taille... il y est encore... Pourquoi forcément ? Scramble, ça veut dire grimi>er ? Ah ! c'est scrara qu'il fallait dire ? Scramble ? Scram ? Oh ! puis zut ! Attends je te l'amène au téléphone. Dis-lui qu'il se

prépare à déguerpir et que tu viendras lui expliquer pourquoi dans un instant. Attends !... ( // fait force geste au colonel pour lui dire de venir au téléphone. ) Hé ! Descendez... arrivez... c'est pour vous, on veut vous parler ! Téléphone... pour vous... ( Le colonel saute de la table et vient à l'appareil )

LE COLONEL. — Hallo ? ... yes... Pierre..? yes... I understand. No, no, I feel quite at home hère. Gaston is a very good fellow and Vivette is channing!... Good-bye Pierre. (Il rend le cornet à Gaston et se dirige en souriant vers sa chambre. Avant d'y rentrer, il fait un signe amical à Gaston ) Bye bye Gaston, you ai-e great. (Il sort.)

GASTON. — Tu es là ?... Qu'est-ce qu'il t'a dit?... Quoi ?... Ah ! il trouve que je suis rigolo ?... et que Vivette est charmante... et qu'il se plaît beaucoup chez nous... Mais, ma parole, il se fout de moi... quel souffle !... Ecoute, il faut venu- tout de suite, je vais à ta i^ncontre pour te mettre au courant en chemin... Oui... Entendu, j'arrive. (// raccroche, prend le bouquet laissé par le colonel.) Ça, c'est pour la,' concierge. (Puis faisant le poing à la porte au colonel.) Vieille sangsue, va ! ! ! (// sort rapidement, au fond avec le bouquet sous le bras.)

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