‹ Chez Gabriele d'AnnunzioChapitre 6 sur 8 · D'ANNUNZIO ET ANNUNZIO · texte numérisé non relu

D'ANNUNZIO ET ANNUNZIO

Oui n'a connu ce boulevardier auquel le feu roi Edouard VII, alors que ce dernier n'était encore que prince de Galles, faisait parfois la grâce de serrer la main?

On se rappelle le ton négligent dont, ensuite, usait notre homme pour dire : « J'ai rencontré Galles, hier. Il avait bonne mine, l'œil vif, etc. > Ou bien : << Nous causions, l'autre jour, Galles et moi... >>

Or, les personnes qui prononcent, non sans quelque secrète affectation, « Annunzio », me font toujours penser à cet ami — soi disant — de l'héritier du trône anglais. « Galles se trouvait

(r) Nou3 savons que RI. Maurice Barrés écrit «Annunzio», Xous croyons qu'il a tort. Il est vrai qu'à propos de langue française. M. Maurice Barrés a tous les droits : c'est le fait du prince.

là... » ressemble un peu à : « Annunzio arrive ».

Il n'y a pas très longtemps que le vocable << Annunzio >> est né. Et ceux qui l'ont inventé y tiennent. S'ils se piquent de s'exprimer ainsi, c'est qu'ils connaissent leur monde, pensent-ils. Quant à nous autres, qui disons « d'Annunzio >> à la bonne franquette, dans quelle étable avonsnous été élevés?

Car dans la société comme il faut, n'est-ce pas, l'on ne dit point << de Noailles », « de Broglie », mais << Noailles » et << Broglie » tout court. Et si, de plus, on entend faire figure dans un casino ou une salle de générale, on murmure simplement de l'air le plus habitué << Jacques » ou « Maurice ». On entend même de jeunes écrivains qui disent << Anna », en tournant leurs cuillers dans leurs demi-tasses.

Dans les compagnies plus naïves où nous fréquentons, on prononce avec ingénuité « le prince de Broglie », << le duc de Noailles », de même que << le général X... » ou «monsieur Un -Tel », quand on n'a pas l'honneur d'être l'ami des susdits. Et l'on n'use de << Un Tel, X..., Noailles, etc.. » que si l'on est notoirement leur familier.

S'agit-il d'une personnalité universellement

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