‹ Chez la reine de Saba; chronique ÉthiopienneChapitre 10 sur 39 · LA FILLE DU AEGUS · texte numérisé non relu

LA FILLE DU AEGUS

Il dit :

— Mon enfant, viens...

Devant tous il Tembrassa, et, pendant quelques instants, ses larmes coulèrent.

Puis il fit asseoir Choaregga sur les pieds de son lit. 11 lui demanda quelles provinces elle avait parcourues. Et il la regardait, il la regardait. Car cette enfant qui lui revenait ainsi était sa premièrenée, et déjà il avait perdu ce fils qu'il aimait à nommer « Mamo » c'est-à-dire « ^lonbien-aimé ».

Quand il se fut rassasié des premières paroles, il déclara :

— Maintenant j'ai dans ma maison une fille qui m'est chère. Qu'on l'honore comme mon sang et comme la tige future de mes fils. Il faut que je jouisse quelque temps de ta présence, Choaregga, et puis je te marierai à l'un de mes chefs préférés.

Et l'Empereur fit comme il avait dit. Il garda Choaregga dans son Palais, jusque vers sa vingtcinquième année. Alors il la donna en mariage à l'un de ses serviteurs favoris, le Ras Mikaël, qui commande au nord du Choa, dans le pays de Ouallo.

CHOAREGGA était presquG reine, là où elle avait marché les pieds nus. Et, après tant d'épreuves, il semblait que Dieu voulût la bénir. L'un après l'autre elle mit au monde deux enfants, un fils que, par ordre de l'Empereur, on nomma Liedj-Iassou et qui, à cette heure, tient dans ses mains de jeune homme le destin de l'Ethiopie ; une fille, à qui, dans la joie de la voir sourire, l'on donna le nom gracieux de Zenabo-Work, c'est-à-dire Pluie-d'Or.

En se penchant sur cette nouveau-née Ghoaregga se souvenait des jours disparus; elle s'attendrissait sur cette autre mère que, un matin à jamais maudit, elle aA'aitvu recouvrir de terre, dans le jardin de l'église. Elle ne savait pas que déjà le lit de cailloux s 'entr 'ouvrait pour elle-même et que les salves de fusils qui avaient crépité à la naissance de Liedj-Iassou et de Zenabo-Work se préparaient à éclater en signe de deuil.

L'Empereur reçut la nouvelle de la mort de

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