‹ Chez la reine de Saba; chronique ÉthiopienneChapitre 12 sur 39 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LA PRINCESSE PLUIE-d'oR

LORS de mon premier voyage en Ethiopie, j'ai eu souA^ent l'occasion de rencontrer dans les jardins du Guébi la fille de l'infortunée Ghoaregga, la petite princesse Pluie-d'Or.

Elle était autant dire le sourire de cette maison sévère, depuis le jour où, apprenant que l'Empereur réclamait la tendre orpheline pour l'élever à l'ombre du Trône, le Ras Mikaël lavait mise, en joignant les mains, dans la route d'Addis-Ababà. Tous les détails de ces heures de l'épreuve m'ont été fidèlement rapportés par une dame d'honneur qui, à ce moment-là, fut désignée pour accom- ! pagner l'orpheline jusque chez son grand-père. Et

aussi bien ces menus faits illustrent-ils avec grâce un chronique dont ils sont toute la douceur.

Le Ras Mikaël ne voulait pas que Pluie-d'Or fût exposée aux secousses de la mule. En effet, la fillette n'avait que trois ans et il eut Fallu que sa gouvernante la tint entre ses bras, sur la selle.

Le Ras fit donc préparer une litière que des nègres porteraient. C'étaient deux Chankallas d'une fidélité éprouvée. Les hommes d'Ethiopie meurent pour le Roi des Rois sur le champ de bataille, mais leur fierté ne consent à porter aucun autre fardeau que le fusil.

Dans sa chaise de route Pluie-d'Or était A^étue d'une tunique de soie et de tout ce qui est doux. Elle était trop petite encore pour que l'on accrochât h ses oreilles le poids des anneaux ; mais elle avait au cou un collier d'or qui suspendait une croix d'or, et aussi une croix de fer, attachée avec un de ces cordons bénis que l'on tisse à Jérusalem. Suivant la mode d'Ethiopie elle portait sa tête toute rasée. On lui avait seulement conservé sur le front, deux petites couronnes de cheveux, frisées et purallèles, séparées par l'épaisseur d'un doigt. A son

visage d'enfant elles faisaient une double auréole.

L'Empereur avait dit :

— Quand elle arrivera, vous la conduirez tout droit à mes appartements.

Car il ne voulait pas qu'un indifférent fût là quand il l'embrasserait.

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