‹ Chez la reine de Saba; chronique ÉthiopienneChapitre 14 sur 39 · LA PRIXCESSE PLUIE -D'OR · texte numérisé non relu

LA PRIXCESSE PLUIE -D'OR

fonction, assurément funeste à l'héritier que Ton façonne ainsi à l'écart dos hommes et de la vie publique.

Certes Ménélik ne redoutait rien ni de ce petitfils, encore enfant, ni de son père, le ras Mikaël. Je me souviens pourtant qu'en 1901 il répondit, moitié brusque, moitié souriant, aux ministres européens qui le pressaient de les présenter à son petit-fils :

— Si je vous le faisais voir, tout le monde irait chez lui ; on ne viendrait plus chez moi !

Il y avait de la boutade dans cette riposte, car Liedj-Iassou a commencé de paraître à la Cour et il a été solennellement présenté à l'Ethiopie comme l'héritier désigné plusieurs années avant que la maladie obligeât son aïeul à la retraite.

La raison qui a déterminé l'Empereur à respecter dans l'éducation de son petit-fils un usage qu'il condamnait à part soi avait un fondement superstitieux.

MÉNÉLTK avait sans doute, acquis une instruction vraiment scientifique. Il a témoigné en mille occasions qu'il ne permettait pas au surnaturel d'entreprendre sur le terrain de son commandedément. Il ne s'est jamais affranchi de la croyance au mauvais œil.

Cet héritage des superstitions égyptiennes domine et empoisonne la vie des Éthiopiens. On est sur, ici, que le regard d'un passant, même chargé de la plus involontaire envie, est meurtrier. On déconcerte ses soldats lorsqu'à la minute où, sur le revers d'un chemin, on ouvre une hoite de conserves pour la mélancolique formalité du repas de route, on empêche ces braves gens de vous faire un rempart avec leurs toges déployées.

L'Éthiopien craint que quelque affamé ne vous considère avec jalousie. De ce fait la nourriture ne vous profiterait pas. Elle pourrait vous étouffer.

Le dimanche, lorsque, dans son palais del'Adérache, le Négus préside le repas de milliers de

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