‹ Chez la reine de Saba; chronique ÉthiopienneChapitre 15 sur 39 · LA PRINCESSE PLUIE-D'OR · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE PLUIE-D'OR

soldats, on voit soudain de hauts dignitaires se lever et l'envelopper de leurs vêtements d'or et de soie. Le souverain ne doit pas être vu à la minute où il porte son gobelet à ses lèvres. On craint qu'il ne soit atteint d'un coup de mauvais œil.

De même, une belle arme, une belle femme, un bel enfant sont-ils exposés aux attaques de l'envie. C'est le motif pour lequel les marmots, les chevaux, les mules de parade, ont leurs cous surchargés de tant d'amulettes. C'est dans cette appréhension que des femmes charmantes sortent de leurs maisons avec des visages tout enveloppés de voiles.

Au delà du cerveau, jusqu'aux moelles, Ménélik a été touché par la douleur de n'avoir pu élever un fils.

Après la mort de Choaregga il n'a pas fermé complètement l'oreille aux insinuations de ceux qui lui disaient :

— Votre Grandeur est enviée!... La jalousie n'a pas eu de prise sur vous... Elle réussit mieux lorsqu'elle se rabat sur votre lignée...

Si jamais le Négus s'arrêta au projet d'envo3XT son petit-fils en Europe, au moins de le confier à des précepteurs étrangers, qui, dans son éducation auraient pu jouer un rôle utile, le jour où Liedj-Iassou est devenu orphelin, le grand-père n'a plus songé qu'à mettre ce rejeton si cher à l'abri des surprises du mauvais œil.

Telle fut la raison pour laquelle il le rélégua, pendant toute la durée de son enfance, derrière la palissade d'Ankober, et le fit grandir au milieu d hommes éprouvés qui, autour de sa faiblesse, formaient un cercle de lovante.

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