‹ Chez la reine de Saba; chronique ÉthiopienneChapitre 26 sur 39 · CHAPITRE VIII l'arche d'alliance · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII l'arche d'alliance

LE moment était venu de préparer le départ. C'était une occasion de joie pour les officiers du Roi d'Ethiopie, de tristesse pour les officiers du Roi d'Israël. Donc ces jeunes gens se rassemblèrent. Ils pleurèrent avec leurs pères, leurs mères, leurs parents, avec les commerçants et les habitants de leurs pays. Les pères maudissaient en secret le Roi Salomon, parce qu'il avait pris ces enfants contre leur volonté. Et c'était avec contrainte qu'ils avaient répondu en présence du Roi :

— Vous faites bien. Votre Sagesse est supérieure. Elle étend en Ethiopie la Royauté d'Israël

et A^ous poursuivez la suppression des idoles, dans l'éternité.

Or, quand les premiers-nés de tous les Grands d'Israël eurent l'ordre de partir avec le fils du Koi, ils tinrent conseil entre eux et dirent :

— Que va-t-ii advenir de nous ? Nous quittons notre Patrie où nous sommes nés, nos parents, nos compatriotes. Décidons maintenant de faire, en secret de nos parents, une alliance entre nous. Aimons-nous les uns les autres. Et nul n'aura rien à redouter dans ce pays où nous allons. Pourquoi craindrions-nous ? Dieu est ici, mais il est aussi là-bas. Que sa volonté soit faite ! Gloire à lui dans l'éternité !

Azaryas et Elméas,les fils des Grands Prêtres, prirent la parole et dirent :

— Nous ne sommes pas désolés parce que nos parents nous ont répudiés : nous sommes attristés à cause de Sion, l'Arche d'Alliance, notre Patronne. Car on nous la fait abandonner. Or, en elle, autrefois, on nous avait donnés à Dieu. C'est pour cela que nous sommes navrés. Nous pleurons à cause d'elle.

Et les autres répondirent :

— Oui, ceci est la vérité! Sion était notre Patronne, notre espérance, notre refuge. Nous avons été élevés dans sa promesse. Comment pourronsnous nous séparer d'elle ? Comment pourrons-nous abandonner Sion, notre Mère ? C'est à elle que

L'ARCHE D'ALLIAXCE

nous appartenons. Que faire ? Si nous refusons d'obéir aux ordres du Roi, le Roi nous tuera. Nous ne pouvons pas plus nous affranchir de la parole de nos pères que de l'ordre du Roi. Gomment allons-nous en user avec Sion ?

Azaryas, fils du Grand Prêtre Sadoq, intervint et dit :

— Je vais vous conseiller ce qu'il nous faut faire. Mais, auparavant, jurez-moi que, jusqu'à la sortie de vos âmes, vous ne révélerez à personne ce que je vous aurai persuadé de faire. Jurez-le! Que nous mourions ou que nous vivions ensemble, que nous soyons saisis ou que nous soyons sauvés.

Et ils jurèrent, au nom du Gréateur, le Dieu d'Israël, par Sion, Géleste, par les Tables de la Loi de Dieu, par la Promesse faite à Abraham, par la chasteté, par la bonté dTsaac, par la fécondité de Jacob, par la certitude que la terre des autres serait donnée en héritage à leurs descendants.

Quand ils eurent prononcé ces serments, Azaryas leur dit :

— Décidez-vous ! Il nous faut emporter avec nous Sion, notre patronne. Je vous dirai comment nous allons l'enlever et vous suivrez mon conseil. Si Dieu lèvent, nous réussirons à l'emporter avec nous. Si l'on nous rattrape, l'on nous tuera, mais nous ne nous attristerons pas, car, alors, ce sera

pour Sion, pour notre Patronne, que nous mourrons.

Tousse levèrent. Ils baisèrent la tête-d'Azaryas, son front, ses yeux, et ils lui dirent:

— Tout ce que tu nous ordonneras, nous le ferons, pour Tamour de Sion, notre Patronne. Nous sommes prêts à vivre et à mourir avec toi. S'il faut mourir, peu nous importe ! S'il faut vivre, c'est que la volonté de Dieu aura été faite.

Zacharie, fils de Joas, prit la parole et dit :

— Je ne peux me tenir de joie à cause des paroles que je viens d'entendre. Certes tu dis la vérité quand tu affirmes que tu peux enlever Sion, et jamais le mensonge n'a souillé ta bouche. Tu vas et tu viens librement dans la Maison de Dieu, à la place de ton père. Chaque jour les clefs du Tabernacle sont entre tes mains. x\vant qu'on te les reprenne, entreprends ce que nous avons à exécuter.' Tu connais, toi, les armoires secrètes que Salomon a fait construire. Tu sais le lieu où les prêtres ne pénètrent pas, excepté ton père, lui seul : le Saint des Saints où chaque année le Grand Prêtre se présente afin de racheter, par un sacrifice, ses fautes et celle de son peuple. Pense. Choisis. Ne t'endors pas ! Décide par quels movens nous allons enlever Sion et l'emmener avec nous, puisqu'on nous a consacrés à elle. Quelle joie pour nous ! Quelle tristesse pour nos parents !

L'AP.CHE D'AILTAXCE

Azaryas leur dit :

— Faites ce que je vous demande. Donnez-moi chacun dix derhem. Je les porterai au charpentier du Temple afin que, tout de suite, il me taille deu>: planchettes très fines. Il faut qu'elles aient, en longueur et en largeur, les proportions de notre Patronne. Je lui indiquerai exactement les mesures. Je lui dirai: « Fais-moi un pupitre, car nous parce tons sur la mer, et si le boutre va au naufrage, « je me servirai de ces planchettes pour me sauver (( des vagues. » Mais, lorsque je posséderai ces bois, je les joindrai ensemble, je les mettrai au lieu et place des Tables de la Loi, sous les ornements sacrés. Et pour Sion, je l'enlèverai, je creuserai le sol, je l'enterrerai jusqu'au jour do notre départ. Je ne dirai rien de ce que j'aurai fait à notre Seigneur le Roi David tant que nous ne serons pas loin d'ici.

Chacun des jeunes gens donna dix derhem avec plaisir ; ainsi furent recueillis cent quarante derhem, et Azaryas les porta au charpentier. Immédiatement cet homme tailla les planchettes qu'on lui demandait dans du bon bois qu'il emprunta à la réserve du Temple. Azaryas était satisfait du travail : il montra ces planchettes à ses amis.

Et voici que, la nuit, tandis qu'il dormait, un Ange de Dieu se montra à lui et lui dit :

— Prends quatre chevreaux d'un an pour les

sacrifier en expiation de vos péchés, des tiens, de ceux d'Elme^'as, d'Abyssa et de Meukri. Joins-y quatre agneaux purs d'un an et une génisse qui n'ait pas porté le joug. Tu les sacrifieras du côté de l'Orient, à droite, à gauche, et vers la sortie de l'Occident. Puis tu diras à Ton Seigneur David qu'il demande à son père Salomon, la permission d'en user de même. Et il adressera sa prière en ces termes : « 0 mon Père î Je te demande une « seule faveur : permets-moi, avant mon départ, « d'offrir l'holocauste à la Terre Sacrée de Jérusa- (( lem, en l'honneur de Sion, Sainte, Céleste, de la « Table de laLoide Dieu,. » Il demandera encore que, toi, le fils du Grand Prêtre, qui connais le rite, tu sois chargé du sacrifice. On te commandera de le diriger et, après, je t'apprendrai comment tu dois t'y prendre pour faire sortir du Temple l'Arche d'Alliance. Aussi bien toutes ces choses arriveront de la part de Dieu. Israël a abandonné son Dieu ; Dieu veut que son Arche soit enlevée du milieu d'Israël.

Quand iVzaryas sortit du sommeil, il se sentit inondé de joie; son cœur était soulevé, sa pensée rayonnait, lumineuse. Il se souvenait de tout ce que l'Ange du Songe lui avait révélé pendant la nuit. Il alla donc trouver ses frères, là où tous étaient rassemblés. II leur conta quel message lui avait apporté l'Envoyé du Seigneur, et que l'Arche d'Alliance viendrait dans leurs mains par la vo-

L\4R CHE D'A L L lA NCE

lonté de Dieu, et que Dieu prenait sa gloire à Israël, en châtiment Je tant d'abandons, pour la leur donner à eux-mêmes.

— Et maintenant, leur dit-il, réjouissez- vous avec moi de l'annonciation que j'ai reçue ! La Grâce du Sacerdoce part avec nous en même temps que la Puissance de la Royauté. C'est la volonté du Très- Haut. Allons donc avertir le Roi David afin qu'il prie son père de lui laisser faire le sacrifice.

Ils allèrent trouver le Roi David pour lui mander cet avis. Et David céda à leurs conseils. Il appela aussitôt Joas, fils de Jodahé. Il renvo3^a à son père Salomon, porteur de cette prière :

« Majesté,

« Renvoyez-moi dans mon pays avec le bien dont « vous m'avez comblé. Que votre bénédiction me « suive partout où j'irai. Mais, avant de me séparer a de vous, il faut que je vous adresse une prière exce ceptionnelle : si j 'ai grâce devant vous , ne détource nez pas votre visage de moi, et, vous qui m'avez « permis de partir, souffrez que j'offre ici l'holo- « causte du racliat pour les péchés que j'ai pu cornée mettre dans cette Sainte Patrie de Jérusalem, la ee Terre de Sion, le Royaume de l'Arche d'Alliance.

(c Salut à Votre Grandeur. »

Joas, fils de Jodahé, rapporta ces paroles au Roi Salomon. Et celui-ci, les ayant entendues, fut ravi. Il donna l'ordre que l'on organisât le sacrifice. Il fit largesse des animaux que son fils de-

vait sacrifier en offrande à Dieu : dix mille taureaux, dix mille bœufs et vaches, dix mille moutons, dix mille chevreaux et des animaux sauvages qu'il est permis de manger, dix de chaque espèce. Les oiseaux purs, dix de chaque espèce. Et l'holocauste du froment : quarante charges de froment dans des ])assins d'argent, qui, chacun, contenaient douze pesées.

Voilà tout ce que le Roi Salomon donna à son fils.

David envoya encore vers son père pour demander :

« Je souhaiterais qu'Azaryas sacrifiât à ma place. »

Salomon répondit :

(( Fais comme tu voudras. »

Et cet ordre mit Azaryas dans l'allégresse du cœur. Il partit, il amena une génisse qui n'avait pas porté le joug, quatre agneaux d'un an, quatre chevreaux purs, choisis dans le troupeau de son père.

Et le Roi David se rendit au sacrifice.

Les prêtres, les pauvres, s'étaient rassemblés en masse. Les oiseaux du ciel partageaient joyeusement avec eux. Or, ce même jour, après qu'Azaryas eût sacrifié selon Tordre d'En-Haut, après que chacun se fût retiré dans sa maison ou sur les places, l'Ange du Seigneur apparut de nouveau, dans un songe, au fils de Sadoq. Il sortait de lui une lumière, éclatante comme une colonne de feu, qui remplissait la maison.

L'ARCHE D'ALLIAXCE

L'Ange réveilla Azaryas et lui dit :

— Lève -toi. Ne tremble pas. Prends courage. Tu vas faire lever Elmeyas et Abyssa, tes frères, et Meukri. Tu apporteras les planchettes de bois. Moi, je t'ouvrirai les portes de la Maison de Dieu. Tu prendras les Tables de la Loi, sans crainte, sans tristesse, sans risque de châtiment. J'ai été désigné par Dieu pour vivre à côté d'elles. Je te servirai de guide tandis que tu les emporteras.

Azaryas fit lever ses trois frères sur-le-champ. Il se chargea des tablettes de bois, et partit en les emportant pour la Maison de Dieu. Il trouva toutes les portes jusqu'à celles du lieu où se trouvait l'Arche d'Alliance ouvertes du dehors. Il s'avança, et, en un clin d'œil, elle fut enlevée. Car l'Ange de Dieu les aidait et, si la volonté de Dieu ne les avait pas couverts, ils n'auraient pas réussi si promptement. A la place de Sion ils mirent les planchettes debois. Ils les couvrirent avec les vêtements sacrés. Ils refermèrent les portes comme avant. Ils emportèrent l'Arche à eux quatre. Ils la mirent dans l'endroit qu'ils avaient préparé d'avance pour la cacher. Ils recouvrirent la place avec des tapis de soie. Ils la laissèrent dans ce lieu secret, pendant sept jours et sept nuits.

Cependant le Roi d'Ethiopie était dans le contentement que lui donnait son départpour sa Patrie. Ilalla chez son père chercher Fim position de ses mains.

Il lui dit :

CHEZ LA REiyE DE SABA

— Bénissez-moi, mon Père.

Il s'agenouilla. Salomon le releva, le bénit, puis, posant la main sur la tête de son fils, il prononça :

— Sois béni par Dieu, mon Créateur, qui a béni mon Père David, qui a béni Abraham. Qu'il soit avec toi pour toujours. Que ta postérité soit bénie comme l'a été celle de Jacob. Sois bon et non méchant, grand et non petit, pur et non corrompu, saint et non pécheur, patient et non coléreux. Que tes ennemis vivent dans la terreur de ton nom, qu'ils s'abaissent devant tes pieds. Que Sion, l'Arche d'Alliance de Dieu, te soit un guide pour toujours.

De nouveau, après la bénédiction de son Père, David s'agenouilla.

LES compagnons de David avaient chargé les Tables de la Loi sur un char. Ils les avaient couvertes avec de vieux harnais, des vêtements usés, des objets de rebut. Ensuite ils accumulèrent leurs bagages sur les autres chars. Les Grands Chefs s'étaient levés de leurs sièges, les cornes sonnaient, la ville faisait entendre sa voix et le spectacle était majestueux. Partout on vo3^ait de la joie; partout éclatait la grâce. Les Chefs et les enfants poussaient des cris. Mais les vieilles et les jeunes filles pleuraient, parce qu'elles voyaient partir les enfants de leurs Chefs, les Forces d'Israël.

Et ce n'était pas sur eux seuls que pleurait la Ville, mais sur son àme qui avec eux allait partir. Certes, ils ne savaient pas encore que l'Arche d'Alliance était en train de les quitter, pourtant leurs cœurs l'avaient senti. Et ils pleurèrent à flots, comme avaient pleuré les Egyptiens quand Dieu

CHEZ LA REiyE DE SABA

tua tous les premiers-nés du pays. Il n'y eut pas une maison où Ton ne pleurât ; les hommes comme les animaux. Jérusalem se sentit émue comme si elle venait d'être prise de vive force par une armée ennemie qui eût enlevé ses murailles, saisi ses habitants, pour les passer par le tranchant du fer.

Or, par ces lamentations, par ces larmes, Salomon lui-même fut troublé, de la même façon que Jérusalem. Il écarta le rideau de la fenêtre de son Palais, et il regarda par-dessus la Mlle. Il vit que tous pleuraient, que tous marchaient en larmes, tel l'enfant que l'on a arraché de force des mamelles de sa mère. La mère se sauve de lui, mais l'enfant court derrière elle, en pleurant. Comme ce nourrisson tous pleuraient, tous se lamentaient; chacun laissait tomber des larmes de ses yeux, chacun mettait des cendres sur sa tête.

Et Salomon, lui-même, quand il vit le cortège de son Fils qui partait avec tant de majesté, au milieu de la multitude, fut troublé et saisi de frayeur. Ses larmes roulèrent sur ses joues. Il dit:

— Malheur à moi ! Ma gloire est passée. Le diadème de ma confiance est tombé. ^les entrailles me brûlent parce que mon fils part. Il a arraché la majesté de mon pays. Il a entraîné les Enfants de ma Force. Ainsi notre grandeur sort de chez nous, notre royauté a été dérobée par un peuple qui ne connaît pas Dieu. Le Prophète lavait pré-

L'AR CIIE D'A LU A XCE

dit : « Ceux qui me cherchent ne me trouveront (( pas. » Et maintenant, ce sont ces étrangers qui posséderont la Science et la Sagesse. C'était sûrement à eux que songeait mon Père David quand il a dit dans ses prophéties : « Les Éthiopiens ado- « reront Dieu et leurs ennemis mangeront des a cendres ; » à eux quand il a dit : « L'Ethiopie ne (( tend sa main qu'à Dieu, et Dieu la défend par « la gloire, et les Rois de la Terre rendent grâce « au Seigneur. » C'est à eux qu'il a pensé pour la troisième fois quand il a annoncé : « Elofli, Tyr, (( les peuples d'Ethiopie qui sont nés sans la Loi « trouvent la Loi. Ils disent à Sion qu'elle est leur Mère. » C'est peut-être pour l'accomplissement de cette destinée que mon Fils est venu de moi.

Il se tourna vers le Grand Prêtre Sadoq et lui dit:

— Va au Sanctuaire et, parmi les premiers ornements qui habillent Sion, prends les vêtements d'or fin, ciselés, tissés d'or, brodés de toutes les vanités d'or, que les Philistins inventèrent pour Sion quand elle était leur captive. Prends aussi l'étoffe relevée de ces grelots d'or que Moïse fit accrocher aux vêtements sacerdotaux de son frère Aron, lorsque avec les Israélites, il pénétra sur la Terre de Qadès. Mets à la place de ce que tu enlèves ces vêtements que je te donne. Pour ces richesses, donne-les à mon fils David, car, par le message de Tamrin, son serviteur, la Mère de mon Fils

CHEZ LA REJyE DE SABA

m'a Fait dire : « Envoie-nous les vêtements de « Sion pour que nous les adorions, nous et ceux « qui sont au-dessous de nous, dans tout notre « Royaume. » Tu donneras ces vêtements à « mon Fils et tu lui diras : « Reçois ces vête- « ments de Sion, car toi-même et ta Mère me (( les avez demandés afin que vous ne vous com- « portiez pas comme des païens et qu'ils soient (( ToLjet unique de Aotre adoration. Que Sion, « les Tables de la Loi de Dieu, te soient un guide, (( partout où tu te trouveras. Nous, avec qui elles « sont toujours, nous ne vivons pas pour leur (( honneur. Vous, sans qu'elles soient avec vous, « vous avez déjà commencé de les honorer. Ces « choses, Dieu les annoncées à Élie, le Prêtre, « par la bouche du prophète Samuel quand il a « dit : « J'avais voulu te rehausser, toi et la c( Maison de ton Père, en te faisant encenser les (( Tables de ma Loi, en te laissant debout, devant « Moi, jusqu'à la consommation des siècles. Mais « maintenant, je regrette ma décision. Je détourne (( mon visage de toi, car tu m'as ignoré. Moi et (( ma puissance. Tu as aimé tes enfants plus que (( Moi, et, désormais, je veux honorer qui m'ho- (( nore, abaisser qui m'abaisse, abolir tes descen- « dants. w Voilà ce que Dieu dit, parce que les enfants d'Élie l'avaient déshonoré. Pour toi, tu porteras ces paroles de ma part à mon fils : a Prends ces vêtements de Sion, et tous ces or-

L'AnCHE b'ALLIAyCE

« nemcnts. Qu'ils te tiennent lieu de Sion. Mets- « les dans ta tente. Quand tu voudras jurer, jure « par eux, afin de ne pas prononcer les noms des « dieux des païens. Quand tu voudras sacrifier, « sacrifie dans la direction de Jérusalem, de Sion « la Sainte; enfin, quand tu prieras, prie dans la « direction de Jérusalem et vers nous. »

Sadoq, le Grand Prêtre, partit pour exécuter ces ordres. Il prit ceux des vêtements de Sion que Salomon lui avait commandé de transmettre à son fils. Et, en recevant ces présents, David fut dans l'ai, légresse de la joie. Plus que jamais il glorifia son père, il l'admira. Il dit :

— A cause de ma foi, les Tables de la Loi de Dieu seront mes Patronnes.

Et Azaryas déclara devant son père Sadoq :

— Je suis heureux du don de ces vêtements. ]\Iais combien je serais plus satisfait si je possédais Cellelà même à qui ces vêtements appartiennent !

Son père lui répondit :

— Tu dis vrai. Nous aurions été plus heureux si le Fils de notre Pioi n'était pas parti pour son pays, et s'il était demeuré ici afin de nous gouverner.

Ensuite Sadoq dit au Roi d'Ethiopie :

— Promets-moi que tu confieras la garde de ces vêtements de notre Sainte Patronne à mon fils que voici, afin qu'elle soit son honneur, afin qu'elle le protège durant sa vie, et, après lui, ses descendants. Je te demande encore de lui accorder la

dîme, et un domaine dans ton Royaume. Qu'il soit ton prêtre, ton guide, ton prophète, ton instructeur des Choses Saintes, celui de tes descendants, qu'il sacre tes Fils et les Fils de tes Fils.

Le Roi David répondit :

— Qu'il en soit ainsi que vous le dites.

Sur quoi Azaryas prit les vêtements de Sion des mains de son Père. Il les fit charger sur un char, puis on sella les chevaux, les mulets, ils partirent.

Et saint ^lichel les guidait. Il écartait ses ailes toutes grandes, en les précédant. Il les faisait marcher sur la mer comme si ses flots eussent été un continent. Sur la terre il les enveloppait dans des nuages pour leur dérober l'ardeur du soleil. Les chars se guidaient d'eux-mêmes ; leurs roues roulaient à une coudée au-dessus de la terre ; hommes, chevaux, mulets, chameaux allaient du même train. Ceux qui étaient montés sur eux se sentaient élevés d'une main au-dessus de leur selle. Et toute leur troupe avançait camme un bateau sur la mer, lorsque le vent le pousse.

Ainsi ils arrivèrent à Gaza, dans la province que Salomon, le Roi, avait donnée à la mère de David, lors de sa visite à Jérusalem. De là, en une seule journée, ils atteignirent l'Egypte. Ils joignirent l'endroit qui se nomme Mesrin.

Quand les Fils des Forces d'Israël virent qu'ainsi sans fatigue, sans souffrances de faim ni de soif pour eux ni pour leurs animaux, mais dans le bien-

L'ARCHE D'ALLIANCE

être de ceux qui viennent d'être rassasiés, ils avaient franchi en un seul jour, la distance de treize journées de marche, ils comprirent que ce miracle était un effet de la grâce de Dieu.

Ils s'adressèrent donc à leur Roi et lui dirent:

— Déchargeons ici nos chars, car nous sommes arrivés à l'eau d'Ethiopie. Ce fleuve descend de chez vous et arrose l'Egypte.

Ils déchargèrent leurs chars. Ils dressèrent leurs tentes, puis les Fils des Forts d'Israël se rassemblèrent pour se rendre tous ensemble chez leur Roi.

Ils éloignèrent de lui le peuple, ils lui parlèrent à part :

— Voulez-vous que nous vous confiions un secret ? Pourrez-vous le garder en vous-même ?

David répondit :

— Je le pourrai, et ce que vous m'aurez dit ne sortira pas de moi jusqu'à ma mort. Je garderai le secret.

Alors on lui révéla :

— La lumière était descendue du Ciel. Sur le Sinai, elle avait été donnée à Israël. Elle était la protectrice des descendants d'Adam et de Moïse, des fils de Jessé. Voici que, par la volonté de Dieu, elle est venue chez vous. Les choses que nous vous annonçons n'ont pas été faites de notre part, mais sur le commandement de Dieu. Ce n'est pas nous qui les aA'ons réalisées : Dieu a voulu ce qui est arrivé. Nous souhaitions posséder la lumière : Dieu

CJfEZ LA nEI.XE DE SABA

nous a exaucés. Nous nous étions mis d'accord : il a embelli notre projet. Nous avons parlé, il a agi. Or, à cette heure, vous même et votre pays, vous êtes devenus les élus de Dieu. En effet, il a bien voulu qu'elle fût à vous, Sion, la Saiute, la Céleste, la Table de la Loi. Ah! qu'elle vous soit un guide à vous et à vos descendants ! Car, a^ous ne pourrez pas la transporter où vous voudrez ; c'est ellemême qui va où elle veut. Si elle n'y consent pas, personne ne peut l'emporter ni la prendre. Et elle est ici, notre Reine, notre Mère, notre appui, notre aide, notre gloire, notre grâce, noti-e universelle guérison !

Azaryas fit un signe à Elmeyas et lui dit :

— Va, embellis et vêts notre Reine, afin que notre Roi la voie !

Quand Azaryas eut prononcé ces mots, le Roi David eut un sursaut. 11 appuya ses deux mains sur son cœur. Il soupira trois fois, il dit :

— 0 Dieu ! Est-il vrai que, dans ta miséricorde, tu as pensé à nous qui étions abandonnés ? Tu t'es séparé de ton peuple pour que je voie de mes yeux Ta Demeure, Sion, Sainte, Céleste ? Quelles grâces allons-nous rendre à Dieu pour la grâce qu'il vient de nous faire? Sans que nous ayons, vis-à-vis de lui, aucun mérite, il nous a couronnés de gloire et d'honneur. Levons-nous ! Allons le glorifier, car il est bon pour les bons et sa gloire sera pour toujours.

L ' A ne HE D'A L L lA S CE

Et le Roi se leva. Il bondit de joie comme un agneau, comme le petit qui est rassasié du lait de sa mère. Sa joie était pareille au plaisir de son aïeul David quand ses pieds dansèrent devant l'Arche d'Alliance de Dieu. En même temps que l'allégresse transportait son cœur, sa bouche chantait. Que dire de plus, au sujet du plaisir, du contentement de cœur, des danses, des cris de joie, qu'il y eut au campement du Roi d'Ethiopie ? L'un parlait à l'autre de ce qui était arrivé, et, tous les deux, ils dansaient. Ils battaient des mains, ils admiraient, ils levaient leurs bras vers le ciel. Ils se prosternaient le front contre terre. Ils rendaient louange à Dieu de tout leur cœur.

Le Roi entra là où était l'Arche. Il se tint debout devant elle. II fit la génuflexion. Il Tembrassa et dit :

— Louange soit à toi, Seigneur, le Dieu d'Israël, car tu fais ta volonté et non pas celle des hommes. Tu as suspendu la Sagesse du Sage, tu as enlevé ton conseil à celui qui donnait le conseil. Tu fais sortir le pauvre d'un puits et tu lui creuses toimême des marches dans le rocher. Dans tes mains tu tiens un calice fort et débordant pour ceux qui t'aiment, un vase sans fond, creux comme un gouffre, pour ceux qui ne t'aiment pas. Pour nous, nous trouverons notre salut en Sion. Elle éloignera le péché de ton peuple ; la bonté et la miséricorde déborderont par notre effort sur TUnivers, car nous sommes l'œuvre de tes mains. Qui

pourra nous surpasser si tu nous aimes comme tu as aimé Israël, ton peuple? Qui s'opposera à ta volonté s'il te plaît de nous élever jusqu'au ciel devant ton Trône? Entre tes mains tu tiens la mort, la vie, la gloire, le déshonneur. Tu es celui qui punis et qui pardonnes, qui t'emportes et qui t'adoucis. C'est toi qui sondes les cœurs et les reins. Tu donnes et tu reprends, tu plantes et tu arraches, tu bâtis et tu abats; la beauté et l'horreur sont dans ta main; tout t'appartient, tout vient de toi, tout a été fait par toi. Et toi. Table de la Loi de Dieu, sois notre rempart partout où tu iras, où nous te porterons, dans nos demeures, au dehors, ici, là, ailleurs, sur la mer et sur le sol, dans la montagne et dans la vallée, dans les chemins, pour les rois, pour leurs ministres, pour nos peuples. Sois-nous une forteresse: nous serons tes murailles. Sois notre Reine, nous serons tes sujets. Sois notre guide, nous marcherons derrière toi. Ne nous dédaigne pas et ne t'irrite pas à cause du nombre de nos péchés, car nous sommes un peuple qui vécut sans la Loi. Nous n'avons pas appris à chanter tes louanges. Mais, maintenant, tu vas nous instruire, tu vas ouvrir nos esprits, afin que nous apprenions à te louer et que ton nom soit célébré par nos bouches, jour et nuit, dans les siècles des siècles. O Sion ! Lève-toi ! Habille ta Force pour vaincre tes ennemis. Donne la vigueur à tes Rois. Désho-

L'AR CHE D'ALL JA XCE

nore ceux qui ne t'aiment point ! Satisfais ceux qui t'aiment !

Après ces mots, le Roi tourna autour des tables ^et dit :

— Voilà Sion ! Le remède ! Voilà le remède, le remède î N'oilà le bonheur ! Voilà la lumière éclatante comme le soleil ! Voilà la jeune épousée dans son vêtement de noces ! Non pas une robe de gloire et de vanité qui se corrompt ! Non ! Elle est vêtue de la gloire et de la louange qui viennent de la part de Dieu ! Ne t'éloigne pas quand nous t'approcherons. Reste avec nous jusqu'à ce que ton Seigneur arrive et règne sur toi, car tu es la Demeure du Dieu du Ciel.

Telles furent les paroles que prononça le Roi David, fils deSalomon, Roi d'Israël dans le mouvement de son plaisir ; car, l'Esprit de Prophétie était descendu sur lui, il ne savait pas ce qu'il disait. Et tous ceux qui l'entendaient, admiraient. Et ils se demandaient :

— Il est le i'ils d'un Prophète... Est-il lui aussi au nombre des Prophètes ?

Après cela, ils touchèrent les harpes, sonnèrent les trompes, frappèrent les tambours; ils commencèrent d'entonner des chants de musique et de plaisir. Le fleuve d'Egypte était rempli de joie, et, aux leurs, se joignaient les cris et les musiques des habitants du pays.

Les idoles commençaient de tomber : celles qui

is

ont été façonnées par les mains et qui représentent des hommes, des chiens, des chats. Et les temples, les aigles d'or et d'argent, les oiseaux qui leur ressemblent s'écroulaient ; car l'Arche fulgurait sur son passage comme le Soleil. Tout était ébranlé par sa majesté, et tout tombait en ruine.

On l'habilla de ses vêtements ; on porta devant elle sa housse ; on la posa sur un char que l'on avait tapissé, drapé, en dessus , tout autour, avec des soies précieuses. Les siens chantaient devant elle et derrière elle. Et ils se remirent en route comme avant.

Les Egyptiens les accompagnèrent. Ils s'inclinaient à la vue de l'Arche d'Alliance, qui s'avançait, prompte comme un soleil dans le ciel, qui passait, rapide comme une ombre.

Et, tous, courant avec elle, devant, derrière son char, ils arrivèrent à la mer où ils trouvèrent les bateaux. C'est la Mer Rouge qui fut déchirée par la main de Moïse. Quand Sion se fut approchée de ce rivage dans un cortège de chants, de musiques et de harpes, la mer la reçut avec les siens et les balança sur sa vague.

Le mugissement de la mer était comme une montagne qui s'écroule, comme le rugissement du lion dans le désert. Elle se faisait entendre au loin, comme le tonnerre de la saison des pluies, qui roule au pays de Damas et d'Ethiopie. Elle s'abaissait devant l'Arche. Et, quand les lames s'enflaient, ainsi que des montagnes, les chars

L'ARCHE D'ALLIANCE

s'enlevaient de trois coudées au-dessus de leur crête. La vague et son jeu se joignaient aux chants des cantiques. C'est très beau le jeu de la mer, grand, ample, admirable. Les animaux qui vivent en elle, ceux que l'on connaît et ceux que l'on ne connaît pas, sortaient pour adorer l'Arche. Et les oiseaux qui volent sur elle planaient audessus de l'Arche. Ils l'enveloppaient du battement de leurs ailes. C'était une joie complète pour la Mer Rouge et pour les Ethiopiens.

Ils franchirent la mer. Ils étaient plus heureux que les Israélites lorsqu'ils sortirent d'Egypte du côté du Sinaï. Ils passèrent la nuit à Qadès, et, les anges les entourèrent en chantant. Ils joignaient leurs cantiques spirituels à ceux des en faut s de la terre.

Après cela, les voyageurs chargèrent leurs chars. Ils traversèrent le pays de Medyam. Ils le laissèrent derrière eux. Ils arrivèrent au pays de Bélontos qui est une dépendance de l'Ethiopie. Là, ils se sentirent satisfaits, et ils se reposèrent. En effet, ils étaient arrivés dans les dépendances de leur Patrie. Ils y rentraient avec la gloire, avec le contentement de leurs cœurs, sans fatigue du voyage, puisque, par la vertu de saint Michel Archange, une force céleste avait poussé leurs chars.

QUAND le Grand Prêtre Sadoq retourna chez Salomon après le départ des Éthiopiens, il le trouva dans la tristesse.

Le Roi le regarda et lui dit :

— Autrefois, tandis que la Reine Makeda dormait à mon côté, j'eus une vision pendant la nuit. Il m'a semblé que je planais au-dessus de Jérusalem. Le Soleil descendait du ciel sur le pays de Juda. Il éclairait ardemment. Un peu après il s'est couché et je l'ai vu qui se relevait sur l'Ethiopie. Il nest pas revenu sur le pays de Judée. Alors j'ai vu un autre Soleil qui descendait du ciel sur notre peuple. Il éclairait plus vivement que l'ancien, mais les hommes d'Israël n'ont pas voulu lever les yeux vers lui. Ils ont essayé d'enterrer sa lumière. Lui est ressorti de la terre, en éclairant, dans un endroit où l'on ne croyait pas qu'il surgirait. Et, depuis, il a brillé sur le pays de Rome, sur l'Ethiopie et sur leurs dépendances.

L'ARCHE D'ALLIANCE

Le Grand Prêtre Sadoq répondit et dit :

— Majesté ! Pourquoi ne n'avez- vous pas parlé plus tôt d'une telle vision ? Vous faites trembler mes genoux ! Malheur à nous, les fondateurs d'Israël, si Ton a pris notre Reine, Sion, Sainte, Céleste, les Tables de la Loi de Dieu !

Le Roi répondit et dit :

— Notre intelligence est obscurcie, notre pensée a décliné comme le Soleil de Sion, la Sainte, qui m'est apparu tandis que je dormais aux côtés de la Reine d'Ethiopie. Dis-moi, l'autre jour, quand tu as enlevé les vêtements d'honneur qui habillent Sion, t'es-tu assuré si elle était là, elle-même ?

Sadoq répondit:

— Majesté, j'ai enlevé trois des vêtements qui sont sur elle, et je vous les ai apportés, après l'avoir recouverte de ceux que vous m'avez donnés en échange.

Le Roi dit :

— Maintenant, va vite ! Regarde notre Reine, assure-toi de sa présence !

Sadoq prit les clefs, il partit, il ouvrit les porte» de la Maison de Dieu. Il entra en se hâtant. Il regarda, il chercha. Il ne trouva rien, si ce n'est les planches de bois, le simulacre d'Azaréas, appuyées à l'endroit où autrefois était Sion.

A cette vue, il tomba le front contre terre ; son âme coula hors de lui dans la terreur et il demeura glacé.

Cependant, comme il tardait à revenir, Salomon envoya vers lui Joas, fils de Jodahé.

Joas entre. Il le trouve à terre, tombé comme un mort. Il lui soulève la tête, il l'étend, il n'en obtient rien. Il écarte ses vêtements, il letâte pour voir s'il lui trouvera quelque chaleur. Alors il l'appuie contre une table, et, lui-même, il regarde du côté du Tabernacle de S ion.

Il s'approche, il le trouve vide. Il tombe à terre; il se relève ; il met de la cendre sur sa tête ; il prend la fuite ; il sort hors des portes ; il crie devant la Maison de Dieu.

Et son cri fut entendu jusqu'au Palais du Roi. Aussitôt Salomon se leva. Il donna l'ordre de publier la nouvelle dans la ville, de sonner les cornes d'alarme, de poursuivre les gens du Pays d'Ethiopie. Il voulait si l'on atteignait son Fils, qu'on le lui ramenât avec l'Arche. Pour tous les autres, il ordonnait qu'on les passât par le tranchant du fer.

Il prononça ces mots de sa propre bouche :

— Dieu vivant ! Dieu d'Israël ! Que tous meurent ! Ils ont volé Votre Maison ! Ils ont voulu souiller la Demeure de Votre Nom en allant l'établir dans ce pays sans Loi !

Sur ces mots, le Pioi Salomon se leva avec fureur pour courir à la poursuite.

Et, dans le temps que le Roi, ses officiers et ses Forts se levaient pour combattre, les vieillards

L'ARCHE D'ALLIANCE

d'Israël se rassemblèrent dans la Maison de Dieu avec les veuves, les femmes anciennes, les vierges. Et ceux-ci, tous ensemble, pleurèrent à cause de Sion ; car elle était partie de chez eux, la Table de la Loi de Dieu.

Après plusieurs heures, le Grand Prêtre Sadoq reprit ses sens. Le Roi avait donné l'ordre à ses soldats de battre le chemin à droite et à gauche. Il soupçonnait en effet que, inquiets de leur vol, les Éthiopiens s'étaient jetés en dehors de la grande route. Quant à lui, il suivit leurs traces. 11 avait envoyé en avant des éclaireurs à cheval pour qu'ils découvrissent les pillards et revinssent l'informer.

Ces éclaireurs arrivèrent au Pays deMesrin,là où les Éthiopiens avaient campé avec le Roi et où l'on avait acclamé Sion. Ils questionnèrent les habitants.

Les gens d'Egypte leur répondirent :

— Il y a longtemps que ceux d'Ethiopie sont partis d'ici. Ils volaient sur leurs chars comme des anges. Ils étaient plus légers que les aigles dans le ciel.

Les éclaireurs répondirent :

— Quel jour sont-ils partis de chez vous ? Les Égyptiens répondirent :

— Il y a neuf jours qu'ils sont partis de chez nous.

Ayant recueilli ces renseignements, les cavaliers de Salomon se divisèrent en deux troupes : la

moitié d'entre eux retourna sur ses pas, l'autre moitié poursuivit sa recherche du côté de la Mer Rouge.

Ceux qui étaient revenus vers le Roi, lui dirent :

— Nos compagnons ont persévéré dans la poursuite, nous autres, nous sommes revenus pour vous avertir. 0 Roi ! Jugez par vous-même : ils sont partis de chez nous un lundi. Dès le mardi, ils étaient arrivés au fleuve du Pays de Mesr. Nous autres, qui, par vos ordres, venions de Jérusalem nous avons atteint le fleuve le dimanche. Il nous a fallu quatre jours pour revenir vers vous. Examinez donc dans votre intelligence, à quelle distance d'éloignement ces Ethiopiens sont maintenant parvenus.

MaisSalomon s'emporta de colère et il ordonna :

— Saisissez ces hommes jusqu'à ce que l'on ait vérifié l'exactitude de leur témoignage !

Et le Roi se mit lui-même en mouvement avec sa Force. Il arriva au Pays de Gaza. Il interrogea les habitants. Il leur demanda :

— Quand mon fils est- il passé chez vous ? Ils dirent :

— C'est un mardi qu'il a traversé notre territoire. Personne ne marchait sur la terre, dans son escorte, mais vraiment les chars étaient portés par le vent, plus légers que les aigles dans le ciel. Leurs bagages allaient aussi vite qu'eux, par le même artifice. Et nous avons cru que ceci

L'ARCHE D'ALLIANCE

était l'œuvre de votre Science, que vous leur aviez donné des chars qui marchaient par le vent. Salomon demanda encore :

— Est-ce que Sion Sainte, la Table des Lois de Dieu, était avec eux ?

Ces gens répondirent :

— Nous n'avons rien vu.

Salomon passa au delà. 11 trouva un officier de Pharaon que le Roi d'Egypte avait envoyé au-devant du Roi Salomon, avec de grands cadeaux, et avec une importante somme d'argent. Cet officier se prosterna ; mais immédiatement Salomon commença de le questionner, avant qu'il eût pu remettre son présent et s'acquitter de sa commission.

Il demanda :

— As-tu vu les Ethiopiens quand ils ont passé par ici ?

L'envoyé de Pharaon répondit :

— Vous êtes le Roi pour Téternité. D'Alexandrie mon Seigneur Pharaon m'a envoyé vers vous et voici pourquoi je viens. En quittant Alexandrie je suis entré dans le pays de Qafra, qui est terre de mon Roi. Les gens d'Ethiopie dont vous me parlez, étaient déjà arrivés. Le mardi ils passaient le fleuve de Mesr. Us faisaient résonner leurs harpes, leurs chars roulaient comme s'ils étaient poussés par une Force Céleste. Ceux qui les voyaient disaient : « Ceux-ci, qui sont de la Terre,

« semblent du Ciel. Qui donc au monde possède « une Science supérieure à celle de Salomon, Roi « d'Israël? Cependant, jamais lui-même n'est « monté sur un char vivant comme ceux-ci ! » Et tous les habitants du pays, ceux qui demeurent dans les maisons hautes, sont venus témoigner que, à l'entrée des Ethiopiens dans ce Pays d'Egypte, nos idoles sont tombées et qu'elles se sont brisées. Et les Dieux de mon Roi et les Palais de ses Dieux se sont écroulés de même. Quand nous avons interrogé les docteurs de nos sciences divines, les savants d'Egypte, sur la raison qui fait crouler nos dieux, ils ont répondu: (c La De- « meure du Dieu d'Israël était descendue en Israël « pendant des siècles ; elle s'était fixée dans ce « pays; mais voici qu'elle vient d'entrer sur la « Terre d'Egypte ; et alors nos Dieux sont tombés (( et ils se sont brisés. » Je vous interroge donc à mon tour. 0 Roi, il n'y a personne sous le ciel qui égale votre Science. Pas un être vivant. Pourquoi donc avez -vous donné ces Tables de la Loi de votre Dieu que vos pères vous avaient léguées ? Nous avions entendu dire que c'étaient elles qui vous gardaient des mains de vos ennemis. L'Esprit des Prophètes vous parlait en elles. Le Dieu du Ciel habitait en elles par son Saint-Esprit? Vous vous appeliez les hommes de la Maison de Dieu ? Pourquoi avez-vous donné votre gloire à d'autres ?

L'ARCHE I/ALLIAXCE

Salomon fut inspiré par sa Sagesse et il répondit :

— Comment ces étrangers auraient-ils pu enlever notre Reine?... Ils ne l'ont pas emportée avec eux, puisqu'elle est avec nous...

Mais, aussitôt il rentra dans sa tente; et il pleura à flots, disant :

— 0 mon Seigneur ! Est-ce donc dans mon temps que tu retireras de nous ton Arche d'Alliance ? Estce à moi que tu l'enlèves ? Au lieu de l'ôter pendant que je vis, tu aurais mieux fait de prendre mon âme avant elle. Quant à toi, tu ne mens pas ! Tu n'abandonneras pas les promesses que tu as faites à nos pères, à Noé, ton serviteur, qui a observé la justice, à Abraham, qui jamais n'a transgressé tes commandements, à Isaac, ton favori, qui tint son cœur pur de toutes souillures, à Jacob, ton saint, que tu as multiplié par la vertu de ton esprit, que toi-même tu as baptisé du nom d'Israël, à Moïse et à Aron, tes prêtres, qui, dans leur temps, virent l'Arche du Ciel descendre sur la Terre pour qu'elle devint l'héritage des enfants de Jacob, pour que les lois et les commandements auxquels ils obéiraient fussent copiés sur ceux des anges. Et jusqu'ici, ton Arche était restée avec nous; mais nous n'avons pas agi pour le mieux avec elle; et c'est pour cela que tu viens me l'enlever du milieu de nous ! 0 Dieu ! Ne vois pas notre méchanceté, mais souviens-toi seulement de l'ardeur de la foi.

des bonnes actions de nos ancêtres. David, mon père s'était mis à bâtir ta Maison Sainte. C'est toi qui lui as dit : « Tu ne bâtiras pas Ma Maison toi- «même, mais bien le fils qui sortira de ton rein. » Et comme ta parole ne doit pas être abolie, c'est moi, en effet, qui, avec ton aide, ai bâti Ta Demeure. Quand j'ai eu achevé de F édifier j'y ai fait installer Ton Arche d'Alliance. J'ai offert l'holocauste en Ton Saint Nom. Tu accueillais mon holocauste, ta gloire résidait dans Ton Temple, et nous, tes peuples, nous étions satisfaits, parce que nous voyions ton honneur en lui. Et voici que, dans la troisième année de l'achèvement du Temple, tu nous as enlevé notre lumière pour éclairer ceux qui sont dans les ténèbres. Malheur à moi! Je pleure sur moi-même! Mon père David, lève-toi ! Pleure avec moi, sur notre Souveraine, car Dieu nous a rejetés ! Il a enlevé notre Souveraine de tes enfants. Nous avions abandonné sa Loi et négligé son Commandement. Les prêtres ne faisaient pas leur devoir, nous ne rendions pas la justice aux pauvres ; alors nos dos seront exposés aux lances de l'ennemi. Malheur à nous î Nos enfants et tout ce que nous possédons deviendront un butin pour d'autres. Vieillards et veuves, pleurez! Vierges, lamentezvous ! Car notre Patrie est perdue dès maintenant pour nous et pour nos enfants jusqu'à la fin de notre temps. Du moins cette douceur nous reste : si la gloire de la Fille de Sion est détruite, la gloire

L'ARCHE D'ALLIANCE

de la Fille d'Ethiopie a grandi. Hélas ! nous étions les Enfants de la Maison, nous sommes devenus les Enfants du Dehors. Dieu aime la pureté et nos lévites Tout abandonnée pour la corruption. Nos Prophètes nous avaient prévenus, mais nous n'avons pas écouté leurs avertissements.

Tandis que Salomon prononçait ces paroles, les larmes coulaient de ses yeux. Il pleurait à flots.

L'Esprit des Prophètes descendit sur lui et lui dit :

— Pourquoi t'abandonnes-tu ainsi ? Ce qui est advenu est arrivé par la volonté de Dieu. L'Arche n'a pas été donnée à un étranger : elle est aux mains de ton fils, ton premier-né qui restera sur le trône de ton père David. Car Dieu avait fait la promesse à ton père, sans hésitation, en ces termes : « Je placerai sur ton Trône le fruit de ton rein, (( dans Sion Sainte, mon Arche d'Alliance. Et je le « ferai grand, à cause de cette promesse, parmi les « Rois du Monde. » Résigne-toi donc et rentre chez toi. Ne désespère jamais dans ton cœur; mais après que tu te seras consolé pour la raison que je t'ai dite, prononce : « Que la volonté de Dieu soit faite ! »

Ensuite un Ange du Seigneur passa au-dessus du Roi et lui dit :

— Tii as bâti la Maison de Dieu... Si tu gardes ses Commandements, si tu n'adores pas d'autres Dieux, elle sera ton espérance, ton appui... Dieu, ton père, t'aimera.

Après cela Salomon rentra dans Jérusalem. Là, il pleura avec les vieillards de la ville dans la Maison de Dieu. Le Roi et le Grand Prêtre appuyèrent leurs têtes l'une contre l'autre. Et ils pleurèrent ensemble, à flots, dans le Tabernacle de Sion. Ils restèrent pendant quelques heures comme inanimés.

Après un long temps, les Grands d'Israël se levèrent et ils dirent au Roi :

— Majesté, ne vous désespérez pas à cause de ce qui est arrivé, car nous avons la foi que Sion reste là où c'est la volonté de Dieu qu'elle aille, de l'instant de son arrivée jusqu'à la minute de de son départ. Un jour, dans le temps d'Elie, le Prêtre, elle a été prise par les Philistins. Par sa propre vertu elle nous est revenue d'elle-même. Quand Saûl a été vaincu et quand il est mort, ses enfants ont voulu la cacher dans la vallée de Gilboa afin que ton père David ne la prit pas. Or, par la volonté de Dieu, ton père l'a amenée depuis la ville de Samarie, jusqu'à Jérusalem, en dansant sur ses pieds, en battant des mains devant elle. A cette heure, tu pleures, parce qu'elle est partie pour le Pays d'Ethiopie ? Souviens-toi que cela est arrivé par la volonté de Dieu. Si Dieu le veut, elle nous reviendra. Sinon, qu'elle reste où elle est, selon sa volonté.

Le Roi Salomon répondit et dit:

— Voici ce que je vous réponds : Si j'avais été

L'ARCHE D'ALLIANCE

requis moi-même pour porter Sion hors de chez nous, Dieu pouvait exiger ce sacrifice de moi. Vous auriez obéi, vous aussi. Qui de nous aurait pu résister à Dieu, s'il avait plu à sa colère de nous effacer à jamais, de donner notre terre à ces Ethiopiens, et, avec elle, les espérances de notre postérité ? Car Dieu règne sur la Terre comme au Ciel; il est le Roi qui ne sera pas détrôné, dans les siècles des siècles... Mais de nouveau, retournons dans sa Maison.

Il entra avec eux dans le Saint des Saints. Et ils pleurèrent, et il pleura avec eux, Sion Céleste.

Après un long silence le Roi Salomon prit la parole et dit :

— Maintenant abandonnons notre deuil, afin que les incirconcis et les païens n'en prennent pas avantage contre nous, disant : « Leur gloire est à bas « et leur Dieu les a abandonnés. » A dater d'aujourd'hui, ne dites rien de tout cela aux païens ni à aucun étranger. Nous prendrons ces planches de bois, nous les enchâsserons dans l'or pur. Nous les embellirons comme notre Souveraine, Sion. Dessus nous allons graver les paroles de la Loi. Nous avons pour nous la Jérusalem Libre et Céleste. Et, au-dessus de tout, nous sommes les descendants d'Israël. Si nous obéissons aux Commandements de Dieu, il nous ôtera des mains de nos ennemis, de tous ceux qui nous haïssent. Mais il nous a affligés et notre tristesse sera pour toujours.

Les grands d'Israël répondirent et dirent: — Que ta volonté soit faite et celle de notre Dieu. Pour nous, nous ne te désobéirons pas, nous ne dirons jamais aux païens, à personne, que Sion a été enlevée de chez nous.

Tel fut le serment que les Grands d'Israël jurèrent, dans la Maison de Dieu, avec le Roi Salomon.

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