‹ Chez la reine de Saba; chronique ÉthiopienneChapitre 27 sur 39 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

L AMOUR ET LA SCIENCE

QUA>'D le Roi d'Ethiopie, revenant de Jérusalem, fut parvenu au pays de Ouaqérom, il dépécha par bateau des messagers à la Reine Makeda. Ses envoyés, étant arrivés au terme de leur voyage, contèrent à la Reine toutes les joies qu'ils avaient eues, comment ils amenaient avec eux la Sion Céleste.

Ayant appris cette nouvelle, la Reine publia un édit, par tout son Royaume, afin de préparer la réception de son fils, et, plus encore, celle de Sion Céleste, la Table du Dieu d'Israël.

Les Éthiopiens sonnèrent les cornes devant elle. Grands et petits étaient plongés dans l'allé-

gresse. Ils partirent avec elle pour aller au-devant de leur Roi.

Elle parvint dans la province qui est tête du royaume d'Ethiopie, et là, elle organisa, elle-même, toutes les gloires de la réception. Elle amassa des parfums sans nombre, de Balte jusqu'au Galtêt, d'Alsafu jusqu'à Saba. Elle commanda et elle recueillit tout ce qu'il fallait.

Son fils arrivait par la route d'Azyaba, de Ouaqérom. Il sortit vers Masas et il monta à Bour. Ainsi il parvint dans la Province qui est la tête du Royaume d'Ethiopie, là où la Reine avait bâti sur une montagne la ville que, de son nom, elhî nommait Makeda.

Le Roi David rentrait dans le Pays de sa mère avec beaucoup de majesté. Au-dessus du cortège, la Reine aperçut l'Arche d'Alliance qui brillait comme le soleil. Quand elle l'eut distinguée, elle l'adora, le front contre terre. Elle frappa son sein; elle releva la tète : elle regarda vers le ciel ; elle rendit gloire à son Créateur. Ses mains battirent, sa bouche chanta, ses pieds dansèrent, son cœur s'embellit par le plaisir, son âme s'exalta. Comment dire la joie, qui, ce jour-là, fut celle du Pays d'Ethiopie, des grands jusques aux petits, des hommes jusques aux animaux ?

Sur la montagne de Makeda, là où il y a de la bonne eau, sur une large étendue, on dressa des tentes aux formes diverses, les longues et les

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rondes. Pendant ce temps la Reine faisait tuer des bœufs et des taureaux, au nombre de trente-deux mille.

On avait installé Sion au cœur de la montagne de Makeda. En plus de ses gardes propres, qui étaient au nombre de trois cents, la Reine fit veiller l'Arche par trois cents porte-glaive. A son fils elle en donna sept cents. On était dans l'admiration de l'éclat et du luxe des vêtements, car, depuis la Mer Aléba jusqu'à Asséfa, la Reine de Saba administrait merveilleusement son Royaume. Sa parole était obéie de tous, elle jouissait d'une gloire, de richesses que l'on n'a jamais possédées avant elle, que jamais l'on ne possédera après. Et ce que le Roi Salomon était à Jérusalem, la Reine Makeda l'était en Ethiopie. A eux deux furent accordées toute science, toute gloire, toute richesse, toute grâce, la connaissance de ce qui est, la beauté du langage et des pensées.

Dans le troisième jour des fêtes, la Reine donna à son fils des chevaux choisis pour la guerre, de ceux qui enlèvent le camp de l'adversaire et qui piétinent son pays. Il y en avait soixante-dix-sept mille, plus sept mille sept cents juments, trois cents mules, trois cents mulets, des vêtements uniquement précieux, de l'or et de l'argent dans la mesure de Gomor, et quantité de cette mesure que l'on nomme « koros », chaque fois six et sept. Elle lui fit largesse de tout cela, selon la Loi. Et, comme

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elle voulait encore lui donner son Trône, elle dit à ses officiers :

— Prêtez serment par l'x^rche Sainte que vous ne sacrerez plus des femmes pour les élever sur le Trône du Royaume d'Ethiopie, mais uniquement des mâles, descendants de David, fils de Salomon, le Roi.

Tous les Grands de la Maison Royale prêtèrent le serment, et, après eux, les officiers, les conseillers, les intendants. Ils jurèrent, entre les mains d'Azar3'as, d'Elmeyas, des Grands Prêtres et des Chefs des Diacres. Ils décidèrent de renouveler le sacre. En attendant, les Enfants d'Israël, assistés de David, leur Roi, fixèrent la Loi Nouvelle dans la Tente des Témoignages. Le règne fut renouvelé, le cœur des hommes fut éclairé par la vue de Sion. Les Éthiopiens jurèrent d'abandonner leurs idoles, d'adorer le vrai Dieu qui les a créés. Ils rejetèrent toutes les œuvres du passé afin de professer la justice, la droiture et tout ce que Dieu aime.

Ayant donné le Royaume d'Ethiopie à son fils, fils de Salom.on, Roi d'Israël, la Reine Makeda lui dit :

— Prends. Je te donne ce Royaume. Je te sacre, toi que Dieu a déjà sacré. Je choisis Celui que Dieu a choisi, Celui qui soutiendra la Tente de Dieu. J'aime Celui en qui Dieu a aimé le Serviteur de la Loi. J'élève celui que Dieu a élevé, Ce

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lui qui nourrira les vieillards. J'honore Celui que Dieu a honoré et qui donnera des aliments aux orphelins.

Le Roi se leva avec ses vêtements d'apparat. Il se prosterna devant sa mère, il dit : — O ma Souveraine, c'est toi qui es la Reine et je ne suis que ton serviteur. Partout commande ce que tu voudras, pour la mort ou pour la vie. Partout où tu m'enverras je serai. Tes commandements je les exécuterai tous. Tu es la tête, moi les pieds, la maîtresse, moi l'esclave. Tout sera par ta parole, à ton ordre, nul ne désobéira, ta volonté entière je la ferai. Prie seulement sur moi afin que le Dieu d'Israël m'épargne sa colère. On m'a dit qu'il me serait sévère si je n'accomplissais pas sa volonté, si je n'embellissais pas Sion, asile de sa gloire. En effet, l'Ange de sa Force qui nous a conduits jusqu'ici ne se sépare jamais de Sion, et il nous surveille nous-mêmes, perpétuellement. Écoute donc, ô ma Souveraine, ce qu'il convient que nous fassions, moi et ceux qui viendront après moi, afin d'obéir à Dieu, de conserver parmi nous ton Arche, et d'être, ainsi, protégés contre les entreprises de nos adversaires. Nous avons apporté avec nous, en même temps que les commandements de Dieu, la Loi Ecrite du Royaume. Le Grand Prêtre Sadoq nous l'a dictée, le jour où il m'a oint, avec l'huile du sacre, dans la Maison Sainte de Dieu. Il tenait

dans ses mains la corne d'huile parfumée d'où coulent la Prêtrise et la Ro3^auté. Il faisait selon le rite. Le même jour, il a oint Azaryas pour le Sacerdoce, moi pour le Trône, Elmeyas pour qu'il fût la Bouche de Dieu, c'est-à-dire le Gardien de la Loi, le Gardien du Temple, par conséquent le Gardien de Sion, l'Oreille du Roi dans toutes les routes de la Sainteté. On m'a dit que je ne devais rien faire sans prendre l'avis de ces deux Oints. J'étais debout devant le Roi, en face de tous les Grands de la Maison d'Israël. Et le peuple entier entendait ce que nous recommandait le Grand Prêtre Sadoq. Aussitôt la Trompette d'Airain a sonné, les harpes ont chanté avec les luths et les guitares. Des cris de joie se sont élevés, que l'on a entendus jusqu'aux portes de Jérusalem. Comment pourrais-je vous raconter, à vous autres, qui êtes restés ici, ce qui s'est passé là-bas? A nous, ils nous a semblé que la Terre s'émouvait jusque dans son fondement, que le Ciel tonnait audessus de nos têtes. Nos cœurs et nos genoux tremblaient. Et quand le calme est revenu, le Prêtre qui nous commandait s'est levé avec la crainte de Dieu, avec des larmes sur son visage. Nos entrailles étaient émues, nos larmes, à nous aussi, coulaient, comme l'eau sur notre poitrine. Gela est vrai, sans mensonge : quand la Loi nous a été donnée, Dieu était présent! Et maintenant, ô ma Souveraine, écoute ce que vont te dire les

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Forts d'Israël. Ils ont apporté avec eux la Loi et le Gode de Justice qui ont été écrits en présence du Roi Salomon, et qui nous ont été donnés pour que nous ne nous égarions ni à droite ni à gauche, dans le chemin où il nous a été commandé de marcher.

Aussitôt Azaryas et Elmeyas produisirent le Livre où ces Commandements de Dieu avaient été écrits en présence du Roi Salomon. Ils les lurent devant la Reine Makeda, devant les Grands d'Israël. Et quand ces paroles eurent résonné, grands et petits, tous ceux qui étaient sur la place, se prosternèrent devant Dieu. Ils adorèrent Dieu qui venait de leur faire entendre son commandement, afin que désormais la justice fût distribuée en son nom. Ils lui rendirent hommage. Et tous les Ethiopiens qui se trouvaient là furent transportés d'allégresse.

Et la Reine dit à son fils :

— Mon fils, Dieu t'a donné la droiture du cœur. Marche avec elle. Ne t'écarte pas de ton chemin. Aime ton Dieu : il est miséricordieux pour ceux qui sont doux : par son commandement on connaît sa route, par le ton de son langage on connaît sa bonté .

Elle tourna son visage vers Azaryas, vers Elmeyas, tous les Forts d'Israël et elle leur dit :

— Vous, gardez mon Fils. Enseignez-lui les routes de l'amour de Dieu et de l'honneur de

notre Souveraine, Sion. Instruisez-nous plus exactement afin que nous et notre postérité, dans la suite des siècles, nous n'osions pas ce qui est contraire à la Loi, mais que, bien au contraire, nous méritions d'être bénis, en faisant ce qui plaît à Dieu, ce qui lui donne le goût d'habiter parmi nous. Pour toi, mon fils, écoute la parole de tes aïeux, laisse-toi conduire par leurs conseils. Que l'amour du vin et des femmes ne trouble pas ton esprit. Ne t'enorgueillis pas de tes vêtements précieux, des harnachements de tes chevaux, de la vue des outils de guerre qui marchent devant toi et derrière toi. Que ton espérance soit en Dieu, en Sion, qui est la Loi de ton Créateur. Alors tu triompheras de ton adversaire; tes ennemis, de près et de loin, seront foudroyés par ton apparition, et, sur la terre, ta postérité se multipliera.

Les Fils des Forts répondirent d'une seule voix :

— Vous êtes notre Souveraine, et nous sommes avec vous, pour toujours. Notre pensée ne se détachera pas de notre Seigneur le Roi. Nos livres nous l'ordonnent et le Dieu d'Israël sera son soutien. Qu'il écoute les conseils de sa Mère, qu'il suive la route de bonté qu'elle lui montre, car il ne se peut rencontrer dans notre temps quelqu'un qui égale en intelligence sa Mère et lui-même. Pour vous, ô Reine, souvenez- vous que vous avez été la cause de notre venue ici, avec Sion l'Arche

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d'Alliance de Dieu. Vous nous avez amenés, comme on conduit les chameaux chargés de biens précieux par une corde mince, attachée à leurs naseaux. Et, maintenant que nous sommes venus, ne nous abandonnez pas, ne nous considérez pas comme des étrangers sans parents, mais traitez-nous comme vos serviteurs qui lavent vos pieds; car, si nous mourons et si nous vivons, nous serons avec vous. Et nous n'avons plus d'espérance dans notre Pays où nous sommes nés. Nous n'avons plus de foi qu'en vous et dans notre Souveraine, Sion, Sainte, Céleste, Demeure de la Gloire de Dieu.

La Reine répondit et leur dit :

— Que parlez-vous de serviteurs ? Non ! Nous vous traitons comme des frères et comme les Maîtres de la Doctrine! Car vous êtes pour nous les Gardiens de la Loi de Dieu, les Guides dans les Commandements du Dieu d'Israël, les Hommes de sa Maison, les Gardiens de notre Mère Sion. En suivant vos pas nous nous éloignerons du Mal, qui déplaît à Dieu, nous nous rapprocherons du Bien, qu'il aime. Seulement prêchez tout ce peuple. Enseignez-lui le Verbe de la Sagesse, car il ne le connaît pas. Il l'a entendu aujourd'hui pour la première fois. Or, la Sagesse et la Science éclairent comme le Soleil ceux qui ont de la raison. Quant à moi, je ne suis pas assez entrée dans l'eau de la Science, car elle est douce comme du miel, elle rafraîchit mieux que le vin. Elle rassasie,

elle inspire de la Sagesse ; elle se contente par elle-même; elle baigne d'une sueur bienfaisante^ comme celle qui perle au front du coureur, e soulage celui qui a porté un fardeau lourd dans la montée d'un pays chaud. C'est pourquoi les Sages et les Prophètes, lorsque leurs cœurs se sont ouverts à la profession de la Sagesse, n'ont redouté ni le Roi, ni sa majesté, ni sa grandeur, si cet Oint était en dehors de la route de Dieu. Pour moi, je te prie. Seigneur d'Israël, Saint des Saints ! Donnemoi la Science ! Fais que je la suive, que je ne me détache jamais d'elle ! Donne-la-moi, qu'elle me soit mon soutien contre les chutes ! Donne-la-moi comme une aile qui me fasse voler dans l'air ! Donne-la-moi, comme une colonne qui empêche mon écroulement! Donne-la-moi, comme une forteresse où je ne serai pas enlevée! Donne-la-moi, comme une chaussure qui me protège contre les pierres! Donne-la-moi, pour qu'elle me sauve du péril d'être engloutie ! Donne-la-moi, pour que je me fortifie, au lieu de m 'affaiblir! Donne-lamoi, pour que j'habite dans sa paix, pour que je sois rassasiée à sa table, sans lassitude, pour qu'elle soit le breuvage qui n'apaise jamais complètement ma soif ! Je me suis fatiguée à la suivre et je ne suis pas tombée. Je suis tombée pour l'amour d'elle et je ne me suis pas perdue î Je suis descendue dans la grande mer : j'ai pris la perle dans la profondeur de son abîme et je m'en

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suis enrichie. Je suis tombée en elle comme l'ancre de fer qui retient les navires , qui les oblige à passer la nuit sur les profondeurs du large. J'ai dormi en rêvant dans le sein de l'abime. J'ai vu en songe une étoile qui s'abritait dans mon sein; je l'ai prise avec adoration: je l'ai exposée au soleil pour qu'il la fortifiât et je ne la laisserai pas échapper de mes mains à travers les siècles. Mais, éclairée par ses rayons, par l'échelle des cordages je suis montée au sommet du mât, je suis entrée à pleines voiles dans le Port de la Science. J'ai puisé l'eau de la Sagesse, j'ai été inondée de la flamme et de la chaleur de l'étoile qui me guidait. J'ai pris mon espérance en elle. J'ai été sauvée par mon espoir. Et ce n'est pas moi seule qui ai trouvé le salut en elle. Ce sont tous ceux qui voudront mettre le pied dans les traces de la Science, les gens de mon Pays, tous ceux du Royaume d'Ethiopie, avec eux, les païens qui nous entourent ; car, en Sion, Dieu nous a donné ses promesses de postérité, une demeure dans Jérusalem. Nous sommes venus au partage avec ceux que Dieu avait élus, les Fils de Jacob. Le Seigneur a voulu que sa Maison fût parmi nous ; ceux qu'il avait appelés d'abord sont tombés, et nous, nous sommes droits. Nous serons honorés et aimés jusqu'à la consommation des siècles. Mais, pour cela, il faut que vous tous, mes Officiers, m'écoutiez, et que vous méditiez les paroles que ma bouche prononce. Désormais vous

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devez aimer la droiture, haïr le mensonge. La droiture est âme de justice, le mensonge tête d'iniquité. Ne tirez plus au sort comme vous faisiez autrefois, car Dieu est avec vous et la Demeure de sa Gloire est au milieu de vous. Vous êtes maintenant les Gens de sa Maison. Abandonnez donc dès aujourd'hui vos anciennes coutumes d'orgueil, de sorcelleries, de magies, d'empoisonnements, de maléfices. Et si, désormais, quelqu'un d'entre vous est surpris dans la pratique des erreurs anciennes, pillez sa maison, condamnez-le dans sa personne, dans sa femme, dans ses enfants et dans ses biens.

Elle dit à Azaryas :

— Parle donc, toi aussi, et annonce-nous tout ce que notre Souveraine désire de son Roi Céleste.

Azarvas se leva et dit à la Reine :

— 0 notre Souveraine, je le dis en vérité, nul n'égale la Science, la Sagesse que Dieu t'a données, qui nous ont amenés dans ce pays, en compagnie de mon Seigneur le Roi, et de notre Reine Céleste, Sion Sainte. Nous et nos pères nous disions : « Dieu n'a élu sur la terre que la Maison, « de Jacob; il l'a multipliée toute seule; il nous (( a aimés uniquement; c'est lui qui a sacré notre « Roi ; il a fait de nous les Hommes de sa Maii< son, les instruments de la gloire de son Arche « d'x\lliance; le Pays qu'il a choisi, c'est le nôtre... » Mais, maintenant, nous voyons une terre admi-

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rable, la Terre d'Ethiopie, meilleure que la Terre de Juda. Et depuis que nous sommes arrivés dans votre cher pays tout ce que nous y avons trouvé est bon. Votre eau est bonne, vous la donnez sans payer. L'air et le vent ne blessent pas. Les rayons de miel sont fréquents, comme la terre mouillée dans une plaine. Les animaux sont nombreux comme le sable de la mer. De tout ce que nous avons vu, rien n'est mauvais, de tout ce que nous avons entendu, rien qui choque, de ce que nous avons touché de nos mains, goûté de notre bouche, rien qui ne plaise. Seulement il y a une chose que l'on aperçoit tout d'abord : vous êtes noirs de visage, et ce que je dis là, c'est parce que je le vois. Mais si Dieu éclaire vos cœurs, vous n'avez pas lieu de vous en affliger. Il faut donc que vous vous éloigniez des cadavres des animaux et du sang de la femme, de l'adultère, de tout ce que Dieu hait, afin que nous ayons, nous autres, de la joie à vous contempler, vivants, comme il convient, dans la crainte de Dieu, et soumis à sa parole. C'est Dieu, en effet, qui a dicté notre devoir à nos pères par la bouche de Moïse quand il a dit : — « Commande à tous, « afin qu'ils observent ma Loi et mon Code, et « ne s'éloignent ni à gauche, ni à droite, de ce « que nous vous commandons aujourd'hui. » Et, maintenant, adorez le Dieu Saint d'Israël. Faites sa volonté, car ce Dieu qui nous atouscréésa re-

jeté ses Enfants de Jérusalem et c'est vous qu'il a élus. Voici ce que j'ai à vous dire de sa part : ne vous opprimez pas les uns les autres, ne prenez pas l'argent de votre prochain, ne médisez pas de lui, n'ayez ni querelle, ni dispute. Si un animal ou quelque chose qui est du bien de votre prochain tombe en vos mains, n'en disposez pas jusqu'à ce que ce maître soit retrouvé. Alors rendez-le-lui. Si celui qui possédait ne peut être retrouvé, gardez ce bien jusqu'à ce que son maître soit découvert. Si le bien de votre prochain tombe dans le fossé, dans le puits, dans le ravin, dans l'abîme, ne passez pas sans en avertir son maître, sans Taider à sauver ce qui lui appartient. Si quelqu'un creuse un puits, s'il commence une construction, qu'il ne les abandonne pas sans les avoir fermés et entourés d'une haie. Si vous rencontrez quelqu'un (jui porte un fardeau lourd et qui a laissé tomber sa charge, ne le dépassez pas sans l'avoir aidé à la relever : il est votre frère. Ne corrompez pas la justice qui est due au pauvre ou à l'orphelin. Ne jugez pas les plaideurs sur leur mine ; ne recevez pas des présents qui flétriraient votre justice et paieraient le faux témoignage. Ne faites pas cuire le veau dans le lait de sa mère. Si vous trouvez dans votre champ un oiseau avec ses petits, ne le détruisez pas, mais soignez sa couvée pour que, sur la terre, votre postérité soit bénie. Quand vous moissonnerez

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VOS champs, ne ramassez pas les épis qui tomberont de vos mains. Si vous avez oublié quelques gerbes, ne retournez pas les chercher; laissez-les aux pauvres de votre pays, afin que Dieu bénisse les fruits de votre terre. Ne mêlez pas de méchanceté à vos paroles, afin d'échapper vous-mêmes aux malédictions de la Loi que Dieu vous a donnée. En effet, il y est écrit : a Celui qui égarera un « aveugle sera maudit; celui qui insultera un a sourd, sera maudit; celui qui frappera son ami (( ou qui le dupera, sera maudit; celui qui versera « le sang d'un innocent, sera maudit ; celui qui « désobéira à son père et à sa mère, sera maudit; « celui qui fabriquera des idoles et des statues, (( celui qui les introduira dans la maison, celui « qui les cachera, celui qui les adorera, seramau- « dit. Ceux qui ne croiront pas que le Seigaeur (( Dieu a créé le Ciel et la Terre, qu'il a fait Adam « à sa ressemblance, qu'il lui a donné pouvoir sur (c toute la Création , et que , nous tous , nous sommes i( les créatures de ce Dieu, qu'il soit maudit. « Mais, par-dessus tout, n'adorez pas les idoles, (f car votre Seigneur est jaloux. Il élèA^e sa face (( contre ceux qui l'abandonnent jusqu'à ce qu'il ait « effacé leur vie de dessus la Terre et fait périr (( leur souvenir dans l'Éternité. Heureux au con- (.< traire ceux qui écoutent la Parole de Dieu, qui « la gardent, qui l'exécutent. Eloignez -vous de la « route de ceux qui font le Mal, afin que vous, les

« Enfants de Dieu, vous ne soyez pas frappés du « bâton qui frappera les autres, comme dit le Roi « David, l'aïeul de notre Roi. Car Dieu ne laissera (( pas tomber le bâton qui corrige le Pécheur sur (( le dos duJuste. Mais, s'il voit que celui qui garde « sa Parole instruit son ami de la Vérité, il douce nera à chacun de ces deux-là deux mesures de <( sa grâce pour une, et ainsi ils en auront quatre « au lieu de deux. Sachez, enfin, que vous serez « heureux, si vous prêtez votre argent sans inté- « rêt, sous la forme de l'aide et non de l'emprunt. » Pour vous, notre Souveraine, nous voyons, une fois de plus, que votre Sagesse est bienfaisante. 11 n'y a personne qui soit comme vous : votre gloire n'est pas celle d'une femme, mais le discernement de votre cœur dépasse la pensée des hommes. Nul n'atteint la profondeur de votre Science, sinon notre Seigneur, le Roi Salomon. Et même votre intelligence dépasse la sienne, puisque vous avez su attirer ici les Fils des Forts d'Israël et l'Arche de Dieu. Éclairée par la lumière de A^otre intelligence, vous avez détruit chez vous la Maison des Idoles, vous avez effacé leurs figures ; vous avez purifié votre peuple de toutes souillures. Votre nom avait été préparé par Dieu. Ne vous nommaiton pas « Makeda^s ce qui signifie: « Pas ainsi! » Vous regarderez vos peuples pour découvrir ce qu'ils feront contre le désir de Dieu, et vous leur direz : « Pas ainsi ! Voici la Voie Droite dans la-

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« quelle vous devez marcher. Ce n'est pas ainsi « que l'on s'introduit devant le soleil ! L'adora- (( tion n'appartient qu'à Dieu ! Ce n'est pas ainsi V que l'on interroge les magies ! Il faut espérer « en Dieu, c'est le Bien. Ce n'est pas ainsi que (( Ton serties idoles, mais il faut chercher appui « sur le sein du Dieu d'Israël. Ce n'est pas ainsi « que l'on sacrifie aux pierres et aux arbres ! Le « sacrifice est dû à Dieu seul. » Vous direz encore : « Ne mettez pas votre confiance dans « les signes des oiseaux, mais ayez foi dans votre « Créateur et dans lui seul. » Or, à présent, vous avez fait, vous, le choix de la Sagesse. Elle est votre mère. Vous l'avez cherchée et elle est devenue votre trésor. Vous vous êtes appu^^ée sur elle et elle est devenue votre forteresse. Vous l'avez désirée et elle vous a élevée au-dessus des autres. Vous l'avez aimée d'amour et elle vous a embrassée. Vous étiez dans la mélancolie, elle vous a exaltée de joie pour l'éternité. Et tout cela a été fait de la part de Dieu, car l'Intelligence, la Sagesse et la Science sont Dieu lui-même. Le début de cette Sagesse est la crainte de Dieu ; les Bons Conseils, l'Aumône et le Pardon sont son couronnement pour l'Eternité. G notre Maîtresse, voilà tous les dons que vous avez reçus de la part du Dieu d'Israël, du Saint des Saints, de Celui qui sonde les cœurs et qui fait de la lumière dans l'âme des hommes. Tout est par sa volonté. C'est

lui qui a voulu que Sion vîut dans le Pays de rÉtlîiopie, qu'elle fût le guide qIc David, notre Roi, qui aime Dieu, qui soutiendra la Tente de Dieu, qui veut être l'intendant de sa Demeure glorieuse.

Après cela, Azaryas dit :

— Préparez les pompes d'honneur et allons vers Sion. Là, nous renouvellerons le sacre de mon Seigneur David.

Il apporta l'huile de la Royauté. Il en remplit la corne, et, étant entré dans Sion, il oignit le Fils du Sage avec le parfum de l'huile odorante qui confère la Royauté.

Aussitôt les cornes résonnèrent; avec elles, les tambours, les harpes , les luths, tous les instruments de joie. Et tous les gens d'Ethiopie se livraient au plaisir, les hommes comme les enfants, aux parades de chevaux, aux jeux des boucliers et des lances.

Azaryas avait choisi six mille vierges au visage noir pour que, selon la Loi, elles fussent les Filles de Sion. Elles accompagnèrent le Roi quand il monta sur son Trône, selon le rite, afin de tenir dans la Maison royale le repas du matin et le banquet du soir.

Ainsi fut renouvelé le sacre de David, fils de Salomon, Roi d'Israël, dans le pays de la Reine Makeda, sous la Tente de l'Arche qui avait donné leur Loi aux Rois d'Ethiopie.

Et quand tout eut été consommé, selon les rites, dont on avait vu l'exemple à Jérusalem dans la Maison de Sion, on donna la Loi aux Elus du Royaume.

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On la donna à ceux qui vivent dans l'entourage du Roi, à ceux qui gouvernent à l'extérieur. On la donna aux peuples qui sont dans les îles, à toutes les provinces, aux dépendances des provinces, à leurs habitants, aux étrangers des frontières. Ainsi tout fut réglé (1).

(1) Voir à la fin du volume Note A.

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