LE JOXC DE LA MISÉRICORDE
vait sur place. C'était une suite de révérences qui s'élançaient, qui reculaient, se haussaient, s'abaissaient, se balançaient, selon les oscillations d'un rythme compliqué.
De cette confusion sacrée, se détachaient des groupes, des gestes, des figures : ici une tête de Jean le Baptiste, posée sur une pèlerine de soie noire, comme sur le plat de la décollation; tout près, un Eliacin brandissait une verge; là-bas, autour d'un pilier, un carré de jeunes lévites, immobiles, le poing sur la hanche, semblaient, ainsi enveloppés dans leurs toges, des amphores aux belles anses. Et, bourdonnant, actif, quelque maître de ce ballet sacré, se démenait au front de la troupe pieuse. An milieu des harmonies en sourdine de l'Adérache il faisait papilloter la tache crue et violente de sa blouse bouton d'or, — telle, au grand soleil, la fanfare d'une casaque de jockey sur le vert miroir d'un champ de courses .
A chaque entrée d'église, une figure se détachait du chœur.
J'avais vu autrefois, à Saint-Guiorguis, un lévite renouveler, devant le Saint- Sacrement, la danse isolée de David. Ici, c'était le quadrille sacerdotal qui triomphait.
De la foule ondulante sortirent d'abord deux tambourinaires ; ils portaient, en travers de leur corps, deux caisses, l'une plaquée d'or, l'autre d'argent. On les désigne par un nom qui reproduit bien leur étrange sonorité en trois notes : des « qué-bé-ro » Bien qu'on en ait, ils éveillent, pour nos oreilles d'Européens, des souvenirs d'ondulantes Fatmas. Mais nous étions les seuls à nous troubler de ces souvenirs. Ces peuples, plus primitifs, n'ont point deux façons de se réjouir: ils roulent les hanches, sans inquiétude pour le divertissement de la chair, comme en l'honneur du Très-Haut.