‹ Chez la reine de Saba; chronique ÉthiopienneChapitre 35 sur 39 · LE JO\C DE LA MISERICORDE · texte numérisé non relu

LE JO\C DE LA MISERICORDE

tagne vers les terres amies, vers la mer commerçante, vers les chances de la civilisation, un jour servirait d'échelle d'escalade à des armées jetées sur son Royaume pour l'exproprier?

Imagina-t-il que dans son Guébi, lui, le Fils du Sage, le Roi des Rois, le Vainqueur, l'Élu, il finirait, enterré vif, sa pensée obscurcie, sa main liée, sa parole perdue ?

Sourit-il dans sa barbe grêle à cette parole désenchantée du Père de ses Pères :

« Vanité des vanités... »

Je ne l'apercevais que de profil et l'expression totale de son large visage m'échappait. Je vis seulement que, sur ses prunelles longtemps fixes, soudain ses paupières descendaient ; et, lourdement, un peu de temps, elles demeurèrent abaissées, sur le songe intérieur du Lion de Juda.

CEPEND\^'T, les danses et les chants étaient terminés. L'armée des lévites avait été rejetée dans la profondeur de la nef. Un mouvement d'ensemble groupait tous les dignitaires sur un seul rang.

Ce qui s'alignait devant nous, à cette minute, ce qui, d'un reflet d'arc-en-ciel, barrait la largeur de la vaste halle, c'était, entre les dais tremblants, sous la surcharge des franges métalliques, la floraison imprévue de parasols en soie vert pré, d'en-tout-cas aux reflets aquatiques des satins de Chine. Il y avait là des ombrelles de pourpre, pareilles à cette fleur éthiopienne, un peu héraldique, dont je ne sais pas le nom, qui pousse à la frontière du soleil et de l'ombre au bord des gorges de torrents. Il y avait des parasols, multicolores comme des toupies-caméléons, juxtaposant les lés jaunes et les quartiers rouges, les bandes de lilas avec des triangles de ponceau. Entre ces

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