TROTSKI. — L ARMEE ROUGE IO
reux coups de poing sur sa table. « Ce n'est pas vrai ! Le grand pays révolutionnaire, c'est le vôtre. Moi, c'est sur les Français . que je compte avant
tout. ))
Les Généraux de la Révolution.
Le militarisme communiste ! Le militarisme révolutionnaire ! Que de plaisanteries j'avais entendues sur ce thème avant d'aller en Russie ! que de lazzis j 'ai recueillis depuis mon retour !
Quoi? Fallait-il que la Révolution soviétique se laissât écraser? Fallait-il que les dix-huit gouvernements que Zinoviev s'est plu à énumérer dans son fameux discours de Halle comme ennemis de la République pussent entrer chez elle sans trouver à qui parler?
Evidemment, le militarisme n'est intéressant nulle part, et pas plus à Moscou qu'ailleurs. Mais la question n'est pas là.
On m'a dit qu'en 1920, Vergeat, l'un de nos trois camarades qui périrent dans l'Océan Glacial en revenant de Russie, n'avait pu dissimuler sa tristesse lorsqu'il assista sur la Place Rouge à une revue de la garnison moscovite.
Je comprends d'autant mieux son impression que j'ai éprouvé la même. La revue de la Place Rouge fait partie de toutes les grandes fêtes. Le gouvernement y tient, probablement parce qu'il estime la cérémonie utile pour l'armée elle-même, et le Congrès de 192 1 a eu son festival militaire tout comme celui de 1920.
Un matin, nous nous sommes -rendus, mes compagnons et moi, sur la Krasnaya où, sous les murailles du Kremlin, nous attendaient de vastes tribunes. Les troupes s'alignaient autour de l'énorme place et toutes les rues voisines regorgeaient de fantassins, de cavaliers, de batteries prêts à dénier.
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Au premier coup de midi, au premier coup de cette sonnerie que le carillon du palais fait si joliment précéder des premières notes de « L'aprèsmidi d'un faune », Trotski, accompagné du généralissime Kamenev, du général Brussilov et du commandant de place Muralov, est sorti du Kremlin.
« Zdrasvouitié, tovaristchi ! )) — Bonjour, camarades ! — a-t-il crié d'une voix sonore, à peu près comme le tsar disait en semblable occasion : Bonjour, mes enfants ! Et les soldats ont répondu en chœur, employant une formule différente de l'ancienne, mais comme répondaient leurs aînés : « Slougïm revolucii. » — Nous servons la Révolution !
Je ne dirai pas que ce spectacle, pour pittoresque qu'il fut, nous aie remplis d'allégresse. La parade militaire est en elle-même chose laide. Un bourgeois au cœur de garde national peut se réjouir devant cette laideur. D'anciens soldats, d'anciens combattants n'en sauraient faire autant.
Et puis, évidemment, à Moscou, la chose choque. Ce qu'évoque aujourd'hui pour nons notre idéal, c'est d'abord le désarmement. Il faut faire un sérieux effort sur soi-même pour se répéter constamment que l'armée rouge est une nécessité impérieuse et que la Révolution russe ne peut pas, tant que d'autres songent à la renverser, s'en passer.
Tout est là. Il faut choisir entre le geste tolstoïen de Trotski, refusant de signer la paix à Brest- Litovsk, disant : Envahissez-nous, nous ne nous battrons pas ! et le geste jacobin du même Trotski, boutant hors de son pays les soudards contre-révolutionnaires. Le premier, sans doute, était d'un svmbolisme superbe, mais il n'a pas tenu devant la réalrté. La capitulation a dû suivre, puis l'organisation de l'armée rouge. Et le second, à coup sûr, possède une autre valeur positive que le premier.
La Russie n'a pas l'âme cocardière. Elle licenciera ses soldats dès qu'on se décidera à la laisser tranquille. Elle ne les conserve pas par goût.
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Son « militarisme » est d'ailleurs aussi peu militaire que possible, et c'est une pure plaisanterie que de le mettre en parallèle avec le caporalisme germanique où l'intoxication « victorieuse » du Français.
A cette revue de la Krasnaya, Trotski, du haut de la tribune, a rappelé les luttes livrées contre les blancs stipendiés par l'Entente. Il a évoqué, aux acclamations des soldats, les sacrifices auxquels ceux-ci pourraient être encore appelés pour la défense de la Liberté. Puis, les sections du Parti Communiste, les hommes, les femmes, les jeunes gens, tour à tour, tous en armes, ont défilé avant les troupes sous la conduite de leurs instructeurs.
En quel pays verrait-on semblable spectacle? Peut-on sérieusement taxer de militarisme ce peuple qui se dresse pour défendre et développer sa Révolution ?
Et les soldats eux-mêmes?
Militaire, l'esprit de cette armée démocratique où le panache est inconnu, où l'on ne se salue même pas hors du service, où nul insigne ne distingue les gradés qui portent tous le même titre et ne se différencient que par leurs fonctions : commandant de compagnie, de régiment, etc.?
Militaire, l'inspiration de ces règlements où l'on peut lire (Instruction du soldat, paragraphe to) : « Tu dois être un égal parmi tes camarades. Tes chefs sont des frères plus expérimentés et plus instruits. Au combat, à l'exercice, à la caserne, au travail, tu dois leur obéir. Aussitôt sorti de la caserne, tu es absolument libre » ? Où l'on peut lire encore ceci : « Si l'on te demande : comment te bats-tu ? Réponds : Je combats avec le fusil, la baïonnette, la mitrailleuse, et aussi avec la parole de vérité que j'adresse a ceux des soldats ennemis qui sont des ouvriers et des pavsans, afin qu'ils sachent que je suis en réalité non leur ennemi, mais leur frère »?
Militaires, ces officiers affiliés en grand nombre atî Parti Communï^e, qui prennent part à des confé-
rences comme celle que dirigea Zinoviev à Petrograd en octobre 19, où on leur enseigne que la neutralité politique de l'armée n'a pas de sens pour l'armée russe, qu'elle est une armée révolutionnaire qui soutient un système et des principes qu'elle défendra d'autant mieux qu'elle s'en pénétrera davantage?
Militaire, Trotski lui-même? 'Impérialiste, son entourage? Allons donc !
J'ai voulu connaître ses lieutenants immédiats. Dans les bureaux du Commissariat de la Guerre, j'ai rendu visite au commandant en chef et au chef d'état-major général.
On me les a montrés, car rien ne les distinguait de leurs voisins.
Le premier, Kamenev (1), est un superbe cavalier orné d'une moustache formidable, qui a conduit les opérations contre Koltchak. Le second, Lebedev, un homme trapu et massif. Ni l'un ni l'autre ne ressemblent à ceux des généraux que nous connaissons.
Tous deux ont fait partie de l'ancienne armée. Le cas n'est pas rare au reste, et beaucoup de leurs collègues ont la même origine.
Quelques-uns, peu nombreux, appartenaient depuis longtemps à l'une ou l'autre des fractions du socialisme russe. Tel Iegorov, colonel sous le tsar, gouverneur de Petrograd maintenant, oui depuis 1905 était affilié au parti socialiste-révolutionnaire.
D'autres, comme Tukhatchevski, gouverneur de Smolensk, qui fut généralissime contre la Pologne, se sont convertis pendant la guerre. Jadis capitaine au régiment Séménovski, il est devenu bolchevik durant sa captivité en Allemagne.
Mais la olupart se sont ralliés au nouveau régime sans en aecenter toutes les idées ■oeut-être, afin de concourir à la défense de la Russie contre les émi-
fi) Tl 11e faut pas confondre Kamenev, généralissime, avec Kamenev, président du Soviet de Moscou, dont il sera parlé plus loir
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grés alliés à l'étranger, contre le Coblentz de Londres ou de Paris.
Tel Brussilov, qui commandait une armée du tsar et dirigea la dernière grande offensive contre l'Allemagne sous Kerenski. Tel Vatsetis, jadis colonel d'état-major, qui reprit Kazan aux Tchécoslovaques et commanda en chef jusqu'au moment où il échoua devant Riga pour avoir voulu, lui, Letton, rendre à tout prix à la Russie sa ville natale.
Tels encore Stankievitch et Nicolaïev, moins connus que Brussilov- et Vatsetis, mais dont les noms méritent de ne pas disparaître, car ils n'ont pas seulement continué à servir la Russie sous le nouveau régime; ils sont tombés pour la cause qu'ils avaient librement embrassée.
Stankievitch, pris par Dénikine à Orel, s'est laissé fusiller plutôt que d'abjurer. Nicolaïev, dont j'ai vu la tombe à Ianiburg, a préféré la potence aux offres de ludénitch. Il est mort en disant : « Vous me prenez tout, vous me prenez la vie, mais ce que vous ne pouvez m'arracher, c'est ma foi en l'avenir des hommes. »
La Révolution russe a utilisé tout ce qu'elle a découvert de bon dans les anciens cadres, mais elle a, comme sa devancière, fait surgir des chefs du plus humble rang : Azime, qui commanda sur la Volga, était un bas officier cosaque. Budienni, qui forma les premières unités montées contre Dénikine et se vit placer à la tête de la cavalerie soviétique, était sous-officier. Frunzé, le vainqueur de Vrangel, servait obscurément à Iaroslav, dans l'intendance, quand le général Novitski, appelé par Trotski au commandement de la IVe armée, le désigna comme plus digne en sollicitant l'honneur de servir sous ses ordres.
On pourrait même citer des chefs que le Commissariat de la Guerre a été chercher hors des rangs, comme Muralov, hier commandant d'armée, aujourd'hui gouverneur de Moscou, et précédemment agronome.
A aucun d'eux on n'a demandé son âge, pas plus
qu'on ne le demandait à Hoche ou à Marceau. Azime a été tué à 21 ans. Tukhatchevski en a 28, Frunzé 30.
En dépit des services que les uns et les autres ont rendu, aucun de ceux que je cite ne possède d'autre notoriété que celle qui correspond à ses actes. Ont-ils recherché la popularité? Je l'ignore. Mais ils ne l'ont pas acquise, il est facile de s'en rendre compte.
Soldats? Ils ont prouvé qu'ils l'étaient, certes. Militaires? Assurément pas.
L'âme russe ne paraît pas concevoir le bonapartisme. Ceux qui s'effraient, ou font mine de s'effrayer du « militarisme révolutionnaire », peuvent se rassurer en ce qui concerne la Russie.
L'énorme organisme que constituait l'armée rouge se démonte d'ailleurs pièce à pièce.
Il a compris 21 divisions de cavalerie, 60 divisions d'infanterie à 3 brigades de 3 régiments. Et nombre d'autres unités, qui n'ont jamais été complètement formées, étaient en préparation lors de la guerre contre la Pologne quand on craignait à Moscou l'intervention ouverte de la France (1).
(i) L'armée rouge possède tout le matériel des armées modernes. Il me paraît inutile de m'étendre sur ce point. Je mentionne seulement qu'une importante partie de ce matériel provient des dépouilles des soudards blancs armés par l'Entente et a été fabriquée chez nous. Lebedev a bien voulu, sur ma demande, faire procéder >à une enquête rapide sur ce point et il m'a donné les renseignements suivants :
« Nous avons reçu — c'est le mot qu'il employait, sans ironie je crois, mais il a vraiment une saveur toute spéciale — nous avons reçu 50.000 Ivebel environ avec d'innombrables cartouches; 66 pièces de 75 prises à Dénikine et 87 prises à Koltchak, ces dernières alésées au calibre russe 76,2, ce qui prouve qu'elles étaient faites exprès pour les armées contrerévolutionnaires, Je tsarisme n'ayant jamais commandé ce calibre-là en France; 13 tanks Renault; 8 avions Salmson de 220 chevaux capturés en Sibérie, 3 Bréguet pris à Odessa, 11 Nieuport et plusieurs Spad, 35 appareils anglais, etc.. »
Ces renseignements honteux pour les ouvriers français, je me suis promis de les transmettre aux intéressés et, en particulier, à mes braves électeurs de Boulogne qui travaillent chez Salmson ou chez Renault.
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La guerre polonaise finie, Vrangel liquidé, la démobilisation a commencé très vite.
En décembre 1920, au VIIIe Congrès panrusse des Soviets, Trotski l'annonçait au nom du Conseil du Travail et de la Défense :
« Nous espérons réduire l'armée de moitié pour le milieu de l'été prochain — disait-il. — Nous voulons démobiliser le plus largement, le plus complètement et le plus méthodiquement possible. Nous commençons dès maintenant, avec la pleine confiance que nous avons dans la puissance morale de notre armée et de la classe ouvrière et paysanne qui l'a créée. »
Le Congrès l'a suivi en votant l'envoi en congé illimité de tous les soldats et marins nés en 1885 ou dans les années antérieures et la formation de leurs cadets en bataillons de travail jusqu'au jour où le licenciement des aînés serait terminé.
On espérait avoir achevé la démobilisation de la moitié des troupes pour l'été 1921= Trotski et Lebedev m'ont affirmé tous deux en juillet que leurs prévisions s'étaient réalisées. Les opérations continuaient alors. Elles devaient se poursuivre jusqu'à la réduction à un chiffre qui m'a été fourni, mais que je ne crois pas devoir donner ici. Le Gouvernement des Soviets le publiera lorsqu'il l'estimera nécessaire.
Au Tribunal Révolutionnaire.
Le Procès d'un des lieutenants de Koltchalz,
Je désirais depuis mon arrivée à Moscou assister à une audience du Tribunal Révolutionnaire et j'avais prié plusieurs de nos camarades de me prévenir lorsqu'une affaire politique intéressante viendrait devant lui.
a Voilà ce qu'il vous faut ! — me dit Serge le 13 juillet. — On juge demain un ancien général de Koltchak ».
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Le lendemain, après déjeuner, nous gagnâmes une fois de plus la Znamenka et le Commissariat de la Guerre, dans une des ailes duquel le Tribunal devait s'assembler.
La Révolution d'octobre, en détruisant le régime bourgeois et ses organes gouvernementaux, a anéanti tout l'ancien appareil judiciaire en même temps qu'abrogé les Codes anciens.
La forme de tribunal qu'après divers tâtonnements, elle a reconnue comme fondamentale est le Tribunal Populaire unique.
Un juge permanent, élu par l'assemblée plénière du Soviet de district sur une liste dressée par les Comités exécutifs de cantons et de villages et confirmé par le Comité exécutif provincial, le compose avec deux assesseurs populaires, avec six assesseurs en cas de crime très grave.
Une liberté d'appréciation presque absolue leur appartient. Ils prononcent leurs sentences en s' appuyant sur les décrets du gouvernement et, lorsque ceux-ci font défaut, en s' inspirant de leur conscience.
Les Tribunaux Révolutionnaires, organes de l'époque de transition, fonctionnent parallèlement aux Tribunaux Populaires en attendant qu'ils disparaissent devant eux. Ils ont pour mission de juger les crimes contre le pouvoir des Soviets et les coupables de (( spéculation ».
C'est devant l'un de ceux-ci que se déroulait le procès du 14 juillet. Procès intéressant pour nous au premier chef, car il précise par un exemple concret l'état d'esprit du peuple russe en ce qui touche à la défense nationale et à la défense de la Révolution.
Le général Galkine, l'accusé, qui fut commandant de corps dans l'armée de 1' « Amiral », n'est pas un vulgaire contre-révolutionnaire, mais un socialiste-révolutionnaire d'ancienne date. Son grandpère était serf. Ses oncles travaillent toujours à Petrograd comme ouvriers. Soldat, il a, passé par une école de sous-officiers et conquis un à un ses
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grades jusqu'à celui de colonel qu'il possédait en
Rien ne l'attache à la réaction, tout le lie au prolétariat dont il sort. Le drame intime qui l'a mené à une trahison effective contre sa propre cause expose le tragique conflit de sentiments dont tant de socialistes russes ont été les victimes dans les premières années de la Révolution, dont quelquesuns demeurent encore, sans excuse, les victimes obstinées.
S'il a servi dans l'armée blanche, c'est la révolte de tout son être contre la paix de Brest-Litovsk qui l'y a conduit. En 1920, de sa retraite paisible, il est accouru spontanément s'enrôler contre la Pologne menaçante. Et la Tché-ka, en l'arrêtant alors, en le réservant pour lui faire à Moscou le procès sensationnel dont j'ai suivi les débats, a visiblement moins cherché à poursuivre un adversaire qu'à permettre une explication publique dont la propagande profiterait.
Je ne crois pas avoir jamais vu public ni magistrats plus sympathiques à l'accusé que ce jour-là. Les quatre cents ouvriers ou soldats qui se pressaient dans cette salle où des tableaux d'histoire naturelle indiquaient qu'elle doit servir habituellement de salle de cours, les trois juges et l'accusateur, jeunes tous quatre, tous quatre vêtus de la blouse de toile et chaussés des hautes bottes classiques, qui siégeaient sur une sorte de scène autour de tables de bois blanc, tous regardaient avec une sorte d'amitié ce petit homme de trente-cinq ans, en habits râpés, de taille et de figure assez semblable à feu Nicolas II, qu'un sous-officier débonnaire gardait, pour obéir à la règle, le revolver au poing.
Nulle barrière entre eux et lui. Quatre soldats en armes, intéressés surtout aux débats, jalonnaient vaguement l'espace libre qu'emplissaient le banc de jardin réservé à l'accusé, la table du défenseur et la nôtre.
Plutôt qu'à une terrible audience du Tribunal
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Révolutionnaire, on se serait cru à une controverse passionnée entre hommes en désaccord sur la solution d'un cas de conscience.
Lorsque le greffier eut terminé la lecture de l'acte d'accusation, a Je reconnais les faits — dit Galkine, — mais je ne me reconnais pas coupable ».
Et voici le résumé de son histoire, telle qu'il l'exposa :
« Jusqu'à la paix de Brest, j'ai servi sur le front* Ensuite, j'ai gagné la Volga, où Savinkov rassemblait les socialistes-révolutionnaires autour des débris de la Constituante. Le VIIIe Congrès de notre Parti avait ordonné la lutte contre les bolcheviks. Révoltés par le traité avec l' Allemagne et voyant que le peuple restait passif, nous souhaitions l'intervention des alliés (i).
« Un agent français nous apporta un jour une dépêche chiffrée du général français Lavergne, qui nous apprenait que les Tchéco-Slovaques, travaillés par l'Entente, venaient de prendre Penza et qu'ils allaient prendre Samara. Ils en chassèrent bientôt les autorités soviétiques et la Constituante s'y réunit. Stiepanov s'empara peu après de Kazan avec l'as-
(i) 1,'ordre de trahison auquel Galkine faisait allusion était le suivant :
<c Considérant que la politique du gouvernement bolchevik met en danger l'indépendance de la Russie, qui risque d'être partagée en sphères d'influences entre ses voisins, le Ville Congrès du Parti des socialistes-révolutionnaires estime que ce péril ne peut être écarté que par la liquidation immédiate du gouvernement 'bolchevik et par le passage du pouvoir aux mains d'un gouvernement démocratique basé sur le suffrage universel, gouvernement qui acceptera, pour la guerre contre l'Allemagne, le concours militaire des Alliés, à des conditions et dans une forme garantissant l'intégrité de la Russie. Dans les intérêts de ce gouvernement démocratique appuyé sur l'Assemblée nationale, l'entrée des troupes alliées en territoire russe sera autorisée à des fins purement stratégiques et nullement politiques, si aux termes de l'accord avec la Russie, et en vertu de garanties formelles, les forces alliées ne viennent pas s'immiscer dans l'organisation politique du pays et si elles respectent son intégrité territoriale. »