‹ Chez Lénine et Trotski, Moscou, 1921Chapitre 9 sur 18 · II · texte numérisé non relu

II

Trotski. — L'Armée Rouge,

Le roman héroïque de Varmée rouge conté par son créateur.

J'ai pour Trotski — autant le dire avant qu'on ne s'en aperçoive — une vive admiration.

Trotski est mieux qu'un doctrinaire, c'est surtout un homme d'action et d'organisation.

Peut-être ce jugement lui sera-t-il médiocrement agréable. Un bon classement en matière doctrinale, pour le communisme russe, c'est le point important. Mais à mes yeux d'occidental, le moindre réalisateur est plus utile à l'avenir de la Révolution soviétique que le plus brillant des théoriciens. Et Trotski s'est toujours révélé comme un « as » lorsqu'il fallait faire sortir quelque chose de rien.

En ce pays où l'énormité des distances et la lenteur des communications suppriment chez tous — chez presque tous — la notion de temps, où les méthodes de précision et d'exactitude sans lesquelles-nous ne concevons pas de travail pratique sont en général inconnues, il règle, lui, ses occupations sur une observation scrupuleuse de l'heure.

Il besogne comme doit besogner un chef, en « homme d'affaires ». Sans doute parce qu'il est juif. Cela n'importe point.

L'essentiel, c'est que son activité aboutit à des résultats féconds. Chaque fois qu'il faut créer or< remettre sur pied un service, on s'adresse à lui. Il s'installe avec son équipe, qu'il a formée à son image, à laquelle il a inculqué ses habitudes. Et bientôt, là où ses devanciers n'obtenaient rien ou pas grand chose, on trouve un mécanisme qui fonctionne et qui produit.

ÎOO CHEZ LENINE ET TROTSKI

Au début de la Révolution, Lénine l'avait chargé de la tâche la plus urgente, en l'envoyant négocier avec les Allemands, Avec quelle souplesse sa dialectique étincelante chambarda les calculs du général Hoffmann, il n'entre pas dans mon plan de le rappeler â ceux qui ont pu oublier le tournoi passionnant aux péripéties duquel l'Europe entière fut alors suspendue (i).

Trotski revint de Brest-Litovsk pour organiser l'armée rouge. La Russie, sans un régiment, sans une batterie, ne pouvait se défendre. En quelques mois, il refit une armée et sauva la Révolution.

Au printemps de 1920, les chemins de fer s'arrêtaient presque, à bout de souffle. Il mobilisa plusieurs corps d'armée pour la réfection des lignes et le travail des ateliers, embaucha en Siaède, où sévissaient grève et loek-out, quatre mille ouvriers qualifiés, qui vinrent diriger la besogne comme contremaîtres. Cela n'a pas suffi sans doute pour que les chemins de fer, où tout est à remplacer, devinssent parfaits, mais cela a suffi pour qu'ils se remissent en marche avec une amélioration sensible.

Lorsque j'arrivai à Moscou, Trotski, comme la r>lupart de ses camarades, s'occupait activement de la préparation de notre Congrès. Mes compagnons de la délégation française m'ayant chargé de les représenter à la Commission dont Trotski était rapport eur, j'entrai très rapidement en rapports avec

lui-

Te l'avais rencontré certainement déià dans les

Congrès internationaux du socialisme, dont je n'ai

■înmais rnanaué un seul depuis vi^o-t ans, comme

i'avais dû rencontrer déià Lénine, Zinoviev. Kame-

nev. I es uns ourles autres étaient à Amsterdam en

rno/i, à Stuttgart er^ 1007, à Copenhague en 1010.

Mpic oui prêtait attention parmi no^s. avant la.

Révolution, aux représentants des socialistes russes?

M On en tron^er-a 1* récit, av^c celui de tout** l'exisfenee à-nté-rienre de Trotski. dans Trotsky, par Roger LéVy (Librairie de l'Humanité, 1920).

ÏROTSKI. — L ARMEE ROUGE IOI

On les considérait comme négligeables. Bien plus, on les fuyait pour rester à l'écart de leurs terribles querelles de sectes. Jaurès n'avait-il pas lui-même donné à L'Humanité la consigne de n'accueillir leurs proses qu'en cas de nécessité absolue, averti qu'il était par une longue expérience que l'insertion d'une ligne de l'un d'eux amenait inéluctablement dans la semaine une demi-douzaine de rectifications ennuyeuses ?

Je me rappellerai toujours l'impression d'heureuse joie que nous ressentîmes, mes quatre collègues et moi, qui composions la Sous-Commission d'études comme délégués des cinq principaux pays, à notre première rencontre avec Trotski.

Les autos étaient venues nous chercher à l'instant indiqué, et nous avaient déposés cinq minutes avant l'heure du rendez-vous devant le Commissariat de la Guerre. Tout de suite, nous avions été introduits dans une grande pièce claire et nette, où des tables recouvertes d'un papier buvard immaculé nous attendaient. En même temps, Trotski entrait par une autre porte et, après des présentations rapides, nous commencions à travailler.

L,a discussion sur le projet du rapporteur nous permit de nous rendre compte que ce jacobin autoritaire, loin de regretter la contradiction, la sollicitait et l'appréciait. En moins de deux heures, il eut recueilli nos objections et mis au point son texte avec une diplomatie souriante.

Nous partîmes conquis comme devaient l'être des Européens noyés depuis des jours dans les courses vaines et dans le brouillard des discours orientaux, avec le sentiment que, pour la première fois, nous avions employé notre temps de manière utile et la certitude qu'on peut aboutir en Russie comme ailleurs. Trotski venait de dissiper le doute dont nous commencions à être angoisses.

Bien des après-midi, je suis retourné à la Znamenka, dans ce grand bâtiment de l'Académie Alexandre, ancienne école militaire où les blancs, en octobre 17, fusillèrent les rouges par fournées.

L'immense cabinet de Trotski occupe au premier l'un des angles de la façade. Cinq colonnes en iiémicycle décorent assez étrangement une des parois. Au-dessus de la colonne centrale, un pélican, symbole du Christ, se déchire le flanc pour nourrir ses petits.

Des cartes, des cartes, des cartes, partout, sur les murs, sur les colonnes, sur les tables. Dans un angle, près d'une fenêtre, le vaste bureau du Commissaire à l'Armée.

En quittant la France, je m'étais bien promis d'interviewer Trotski sur cette armée rouge qui, depuis quatre ans, a tenu tête à tous les assauts. Je savais, comme tout le monde, qu'elle représente une force .redoutable et je voulais savoir comment son créateur est parvenu à la tirer du néant. : Pour averti que je fusse sur sa puissance, comme le sont tous ceux qui ont suivi les événements de Russie, j'étais loin de me douter de son importance réelle, et lorsque Trotski, au cours d'une de nos premières conversations, a laissé tomber comme une chose naturelle le chiffre des effectifs auquel elle a fini par monter, je n'ai pu m'empêcher de le regarder avec stupeur.

u L'année dernière, disait-il, au moment de la guerre avec la Pologne, nous avions sous les armes cinq millions trois cent mille soldats... »

Cinq millions ! C'est un chiffre que personne en Europe, n'a, je crois, soupçonné. Ma curiosité n'a fait, naturellement, que s'accroître et j'ai prié Trotski de me raconter lui-même le roman héroïque de son enfant.

« Mais tant que vous voudrez ! Bien sûr ! » m'a-til dit en souriant de ce sourire qui transforme si curieusement sa figure. Trotski, on l'a souvent remarqué, a l'air méphistophélique. Entre les longs cheveux qui surplombent et la barbe qui allonge sa face, ses yeux intelligents luisent, insensibles et froids. Deux plis profonds encadrent sa bouche d'un rictus désagréable. Mais quand il rit, les yeux prennent une douceur charmante et les fossettes

TROTSKI. -*•« L'ARMÉE ROUGE 103

qui se creusent au milieu des joues démentent complètement la méchanceté des plis qui les précèdent.

((Tant que vous voudrez î » J'ai profité de l'offre sans scrupule, et Trotski s'est prêté avec une inépuisable bonne grâce à mes questions. Il m'a fourni tous les éléments d'une véritable histoire de l'armée rouge.

Je ne puis ici que résumer son récit :

« L'armée a été instituée, en principe, par un décret du 15 janvier 1918, signé de Lénine et des Commissaires à la Guerre et à la Marine, Dybenko et Podvoisky. Je négociais alors la paix de Brest- Litovsk avec l'Allemagne comme Commissaire aux Affaires extérieures, et c'est en mars que j'ai pris mes nouvelles fonctions.

a II n'y avait plus rien. L'ancienne armée s'était dissoute, volatilisée. Les hommes étaient partis chez eux, le matériel gisait un peu partout, abandonné au hasard de l'arrêt des trains. Les Soviets locaux, tout jeunes alors, très primitifs encore, me télégraphiaient : « J'ai dix canons... j'ai un parc d'aviation... Dix soldats... cinq marins... » Vous voyez cette pagaïe !

« Mon bureau, à Smolni? Une foire! Des gens y venaient, de tous les coins du pays : « Donnez-nous des souliers ! Vous n'auriez pas un colonel? » Reportez-vous à la description que fait Lissagàray du Ministère de la Guerre sous la Commune. C'était cela.

« Mettre de l'ordre là-dedans, ce n'était pas facile. Je n'avais aucune compétence et j'ai songé d'abord à me faire aider par les missions étrangères, qui caressaient l'espoir que nous reprendrions la guerre (1). Mais quand j'ai vu le chef de la mission

(1) Voir pour cette période les si intéressantes Notes sur la révolution bolchevique (Editions de la Sirène, Paris 1920) où Jacques Sadoul a retracé jour par jour les efforts qu'ij accomplissait pour essayer d'établir des rapports réguliers entre la mission militaire française, dont il faisait partie, et le gouvernement bolchevik.

française, le général Niessel, jouer avec moi au général allemand et mettre ses bottes sur ma table (2), quand j'ai constaté surtout le scepticisme de tous ces professionnels, je les ai mis à la porte. Ils ont regagné leur pays peu après.

« Un camarade du Parti, Bontch-Brouevitch, m'a amené son frère, général tsariste. Je l'ai pris et l'ai invité à constituer un état-major en le flanquant de deux communistes pour le surveiller. Il a d'ailleurs parfaitement rempli son office. Il professe maintenant la géodésie à l'Université.

(( Avec lui, nous avons commencé à débrouiller la situation. Mais vous voyez cela? Un général tsariste? On a commencé par crier à la trahison, par refuser de m 'obéir. Le Comité Central, heureusement, me comprenait et m'aidait. Pour rétablir la discipline, nous avons sévi impitoyablement. Il le fallait.

« Dans ce qui s'offrait à moi, il y avait de tout : des brigands, des demi-brigands. Un homme, qui venait avec une petite troupe, avait les poches pleines d'or et de montres; on l'a fusillé. Il y avait des mouchards, des espions. Il a fallu pratiquer de sérieuses opérations d'hygiène révolutionnaire.

« Partout des initiatives intéressantes se faisaient jour, mais de quelle façon ! Quand un noyau se constituait, l'esprit fédéraliste s'en mêlait. Nous avions une armée de Tver, ou de Vladimir. Le dégoût général du militarisme empêchait toute cohésion. C'était fou !

« Enfin, en mai, l'appareil essentiel fut sur pied : sept régions étaient constituées avec leurs subdivisions de gouvernements, de cantons, de volosts.

(2) Trotski affectionne évidemment cette formule imagée, car je l'ai retrouvée, telle qu'il l'avait employée devant moi, dans le récit qu'il a écrit des négociations de Brest-Iitovsk, récit que cite en sa brochure Roger Lévy : « 1/e général mit plusieurs fois ses bottes de soldat sur la table... Quant à nous, nous ne doutâmes pas un instant que ces bottes du général Hoffmann fussent précisément la seule réalité sérieuse qu'il y eut dans toutes ces négociations. »

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« Je n'avais pas osé commencer par rétablir l'obligation militaire ; le volontariat seul fonctionnait. Il nous avait alors donné environ 200.000 hommes : anciens soldats et membres des Jeunesses communistes surtout. L/ affaire tchéco-slovaque survint et Télan nécessaire se produisit.

« Vous vous souvenez de cette aventure? Les divisions tchéco-sio vaques de l'armée autricnienne étaient passées dans nos rangs en entier pendant la guerre. Nous les avions cantonnées sur la Volga. Travaillées par Savinkov et les socialistes-révolutionnaires, elles se soulevèrent et occupèrent Kazan, Simbirsk et Samara.

u Tukhatchevski, ancien officier tsariste converti au bolchevisme pendant sa captivité en Allemagne, qui commandait en chef l'an dernier contre la Pologne, dirigeait devant Simbirsk notre première armée; Vatsetis, un Letton, qui a été notre premier généralissime, menait la cinquième devant Kazan. Pauvres armées, de 6 à 8.000 baïonnettes chacune. Je m'établis près de lui, à Swijashsk.

« Nous mobilisâmes d'abord les communistes, en tête, puis six classes dans les gouvernements de la Volga. L'ordre était : « la victoire ou la mort ! » Les paysans venaient en foule contre les blancs, mais il leur manquait la confiance dans leurs propres forces. Voici ce qui la leur donna :

« J'habitais un train, dont on a beaucoup parlé, fait de wagons blindés avec des sacs à terre, défendu par un canon, des mitrailleuses, et que suivait un autre train. Ce dernier était monté par 300 cavaliers, avec aéroplane, wagon-garage pour cinq autos, télégraphie sans fil, imprimerie, tribunal; une petite ville militaire en un mot.

« Pour ses débuts, elle faillit se faire prendre. Savinkov, Kappel et Fortunatov étaient si sûrs de leur succès qu'ils l'avaient annoncé. Ils nous entourèrent avec un millier d'hommes. Nous creusâmes des tranchées et subîmes un siège; finalement ils furent repoussés.

« Afin de profiter de notre avantage, le soir même

IOÔ CHEZ'^LÉNINE ET TROTSKJ

de notre délivrance, je risquai un grand coup avec Raskolnikov, un jeune officier de marine bolchevik qui nous représente aujourd'hui en Afghanistan.

(( Raskolnikov avait fait venir de Cronstâdt, par les canaux, quatre vieux torpilleurs. Nous projetions tous deux d'anéantir avec eux la flottille adverse, composée de barques plates armées de canons, et embossée devant Kazan. Un coude du fleuve, dans lequel se dresse une colline escarpée, nous séparait. A une heure du matin, nous franchîmes le goulet avec le premier torpilleur et, du premier coup, nous fûmes assez heureux pour mettre le feu aux réservoirs à pétrole de l'une des barques. Tout brûla.

« Nos autres torpilleurs ne purent nous rejoindre et je me demande encore comment nous avons échappé. L' incendie sans doute empêchait l'ennemi affolé de nous voir. Nous finîmes par rentrer sans encombre avec notre gouvernail brisé.

« L'impression fut énorme. Dès l'aube, après une courte lutte, les blancs évacuèrent Kazan, Le lendemain, Tukhatchevski prit Simbirsk. Notre armée possédait enfin la confiance. Elle n'a plus, depuis lors, connu que des succès (i).

« Alors commença le véritable travail d'organisation.

« Nos mobilisations partielles, sommaires, avaient peu rendu. Nous avons mobilisé régulièrement, par classe. Le nombre des insoumis a diminué- Af fiches, meetings, représentations de Icomédies satiriques dans les campagnes, tribunaux, tous les moyens ont été employés.

(i) I] faut excepter cependant l'expédition de Pologne, en 1920. L,a Russie, provoquée par sa jeune voisine qUe l'Entente poussait, battit complètement la Pologne, mais fut -ensuite battue par elle, l'armée rouge s'étant aventurée trop loin de ses bases. Les chefs de l'armée, et Trotski le premier — il me l'a affirmé lui-même — s'étaient opposés à la marche en avant, dont ils estimaient le succès impossible. Elle fut décidée malgré eux.

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a Nous avons rappelé les anciens officiers. La Révolution française, sur 15.000 officiers du roi, en a retrouvé cinq à six mille. Sur un million, nous en avons trouvé des centaines de mille. Certains ont trahi, c'est vrai. Notre 11e division par exemple, la division de Nijnî-Novgorod, notre orgueil, a été massacrée au printemps de 1919, pendant la rébellion des cosaques de Krasnov, par la faute préméditée de ses chefs. Nous avons arrêté les familles des officiers suspects et les avons prises comme otages. La menace a d'ailleurs suffi.

« Nous avons créé les Commissaires aux armées. Mais la Convention n'en plaçait qu'auprès des généraux en chef. Nous en avons mis dans toutes les divisions, dans toutes les brigades, dans tous les régiments en leur adjoignant dans chaque compagnie des « guides politiques » pour les seconder dans leur action. Près de chaque armée, deux Commissaires composaient avec le commandant un Conseil de guerre. Inviolables, mais responsables de toute trahison, ils possédaient droit de vie et de mort sur tous sans pouvoir s'immiscer dans la direction des opérations (1).

« Voilà comment a grandi et fonctionné cet organisme militaire qui nous a procuré toutes nos victoires et dont l'importance numérique vous a tant surpris. »

Toute cette histoire héroïque de l'armée rouge, dont je rapporte à peine les grandes lignes, Trotski me l'a contée pendant des heures, devant les cartes innombrables de son bureau.

Il me l'a contée avec cette simplicité que tous les Commissaires du Peuple ont si heureusement conservée au pouvoir, en s'interrompant pour me

(1) On trouvera l'arrête du 8 avril 1918, qui a institué les Commissaires aux armées, ainsi que le décret du 15 janvier qui a créé l'armée rouge, en annexe à la brochure de Roger Lévy.

dire : « Comme vous avez bien fait de me demander tout cela ! Comme cela me fait plaisir de me rappeler ces choses ! » jusqu'au moment où il terminait un chapitre en déclarant gentiment : « Maintenant, nous allons nous arrêter. Mon garçon joue au ballon sur la place du Kremlin. Nous allons aller le chercher. »

Ce qu'il ne m'a pas dit, ce qu'il ne pouvait me dire lui-même, c'est à quel point il a été l'animateur de la résistance aux cent actes que la création de l'armée rouge a permise.

D'autres me l'ont dit, à Petrograd (par exemple) en me parlant de l'attaque de Iudénitch contre la capitale, en octobre 1919. Les blancs arrivèrent alors jusqu'à la grande ville. Ils pénétrèrent dans les faubourgs et l'on croyait Petrograd perdue.

« Quand Trotski a débarqué de Moscou — me rapportait un camarade — la confiance est revenue en un clin d'oeil partout. Les barricades sont sorties de terre comme d'elles-mêmes. En quelques jours, Iudénitch a été battu, écrasé, et son année s'est évaporée littéralement. »

Trotski n'est pas qu'un organisateur, c'est un chef. Plus craint qu'aimé peut-être, c'est possible. Mais d'un ascendant prodigieux.

Il appartient à la race de nos grands Jacobins, dont on s'aperçoit souvent que les souvenirs le hantent. Il connaît bien la Révolution française et l'amour qu'il lui porte est l'origine des sentiments francophiles qu'il professe, malgré les événements de ces dernières années, comme beaucoup de communistes russes. x

Avant le Bloc National, il y a eu la Convention, heureusement. On se le rappelle à Moscou, mais je crois bien que Trotski s'en souvient plus que personne.

« Vous savez — me disait-il à notre dernière entrevue — vous savez, en Europe, c'est encore la France qui nous suivra la première. Ici, on dit : ce sera l'Allemagne, ce sera l'Italie. Mais ce n'est pas vrai... » Et il ponctuait ses paroles de vigou-

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